Camille avec 2 L

Je suis venue te dire...

Julie Beauchamp
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Je me réveille en sursaut! Quelle drôle de nuit! J’entends du bruit dans la cuisine, ça doit être Marianne qui est réveillée. On m’aurait dit ça, je ne l’aurais pas cru. Je l’entends partir la machine à café, ça me fait tout drôle de la savoir dans l’appartement. J’ai de la misère à croire qu’on a passé la nuit à discuter, comme avant, c’est comme si je retrouvais un peu de mon ancienne vie, j’suis contente, on est toutes les deux passées à autre chose, et ça m’a fait du bien d’être avec elle, elle me connaît tellement. Éloi a dû faire le saut quand il l’a vue sur le sofa! La sonnette retentit. J’entends la voix de Marianne : «Camille, est-ce j’ouvre?» «Oui, vas-y! J’arrive!» Je sors de ma chambre et me pointe à la porte… C’est Catherine! Je deviens blême. Elle se tient là, devant Marianne. Merde! Quel cauchemar! Elle me regarde et me lance : «J’étais venue porter des croissants, mais je vois qu’la boulangère est déjà passée!» « Catherine… attends, c’est pas ce que tu crois, j’vais t’expliquer. Entre. S’il te plaît, entre!» Je prends la main de Catherine pour l’emmener près de moi. Elle résiste en me disant : «Je vais y aller, Camille!» L’ambiance est glaciale et je me sens comme dans un mauvais épisode de Melrose Place! Marianne prend la parole : «Non, c’est moi qui vais partir.» Catherine n’attend pas, elle tourne les talons, descend les escaliers. Je lui cours après en l’appelant. Rien n’y fait. Ma voix résonne dans le vide et je me sens comme si je perdais tout contrôle, comme si je ne pouvais rien y faire. Je la laisse partir.
Je remonte chez moi. Marianne me regarde avec ses yeux désolés. Elle me prend le bras. «Camille, est-ce que je peux faire quelque chose?» «Y’a rien à faire, Marianne. Tu aurais dû partir cette nuit. Tout ça est irréel, j’vais m’réveiller. J’peux pas croire que j’vis ça!» «Oui, mais Camille, y’a rien là! Dis-lui qu’on a passé la nuit à parler.» «Je sais. Mais comment je vais lui expliquer ça, moi? Surtout après tout le bordel entre nous!» Les larmes glissent doucement sur mes joues. Marianne me prend dans ses bras : « Si elle t’aime vraiment, elle va t’écouter.» « J’aimerais bien être toute seule maintenant.» Mari me répond qu’elle comprend. Elle ramasse ses affaires sur le divan et elle s’habille. Elle me serre très fort et me glisse à l’oreille : «Y’a une chose que je ne t’ai pas dite cette nuit…» Je reste stupéfaite, après toutes les révélations qu’elle m’a faites. «Ben… le courriel que Catherine a reçu… c’était moi.?C’était du désespoir à l’état pur.» Elle reprend son souffle : « J’voulais pas te faire de mal. J’ai été complètement ridicule, égoïste, j’étais perdue et j’m’en veux beaucoup…» Je ne la laisse pas finir sa phrase et réplique rouge de colère : «Va t’en! Fais juste t’en aller!» «Camille, je suis honnête avec toi. J’te dis que j’voulais pas te blesser. Je t’aime… plus encore que tu n’peux imaginer.»
«Va t’en! Loin d’ici, Mari, t’as un problème. J’veux rien savoir! Après tout ce qu’on s’est dit cette nuit! Tu joues encore, tous tes discours sur l’amitié, l’respect, d’la bullshit… Tu m’prends vraiment pour une conne!» Marianne prend ses choses, elle me regarde avec tristesse. «Pense à ce que je t’ai dit.» Puis, elle s’en va. Comment ai-je pu être aussi naïve? J’ai le crâne qui veut m’exploser, il faut que je parle à Catherine, je me lance sur le téléphone, ça sonne et le répondeur déclenche, je laisse un message : «Catherine, c’est moi, écoute rappelle-moi, il faut qu’on se parle, j’suis désolée pour ce matin, j’vais tout t’expliquer!» J’appelle sur son cellulaire, pas de réponse non plus, je laisse un message. Je rappelle, encore le répondeur. Je raccroche, je revoie encore la scène, le visage décomposé de Catherine, il faut que j’arrête d’angoisser, elle va rappeler. Après vingt minutes d’attente, j’appelle de nouveau et me décide à laisser un message plus explicite : «Catherine, je ne sais pas si tu es là, mais écoute-moi, il ne s’est rien passé entre Marianne et moi, on a parlé toute la nuit, c’est tout, et elle m’a finalement avoué que c’est elle qui t’avait envoyé le faux courriel! Je ne veux rien savoir de Marianne, elle joue encore, même après tout ce temps.?Appelle-moi, s’il te plait, je suis désolé pour tout!» Une demi-heure passe, toujours pas de nouvelles de Catherine, je ne tiens plus en place quand le téléphone sonne enfin! Je réponds énervée. «Allô!» «Salut beauté, c’est moi.» «Éloi? Ben t’es où, j’pensais que tu dormais.» «Ben non, j’ai dormi chez Mike ou Michael… en tout cas, t’as ben d’l’air stressée!» «C’est l’enfer! Marianne a passé la nuit ici et Catherine est arrivée et…» «Attends, attends…Marianne à la maison? Et Catherine aussi? J’comprends rien! Bon, j’m’en viens, ce sera pas long OK?» «Oui, arrive vite!» Je raccroche et vérifie, il y a un message, mon cœur se met à battre plus fort, c’est Catherine : «Camille, j’ai eu tes messages, j’sais pas trop quoi penser de tout ça, mais j’ai l’impression que c’est toi qui joues en ce moment… En passant, ce matin, j’étais venue pour te dire que la date du départ a été devancée, je pars pour New York demain!» Prise de panique, je n’écoute pas la fin du message, je mets mon manteau et je fonce chez elle.