Camille avec 2 L

2008 un vent nouveau?

Julie Beauchamp
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Samedi après-midi, la ville est enneigée, nous marchons tranquillement sur la rue Saint-Laurent. Catherine me tient la main, je suis tellement bien avec elle, je l’embrasse là, parmi tous ces gens déambulant comme nous, et je n’ai pas peur des regards, je suis avec elle, et ça me rend fière et heureuse. Elle me regarde avec son doux visage « Ça va? Tu es silencieuse » « Oui, excuse-moi, je pensais à Éloi…ça fait deux jours que je ne lui ai pas parlé!» «Mais il revient demain soir d’Ottawa, non?» «Oui, mais la question n’est pas là, on dirait que je lui en veux pour toute cette histoire! Ça me fait drôle qu’il ait gardé des liens avec mon ex!» «Mais il te l’a expliqué, Camille, il voulait juste bien faire.» « Oui, mais on sait toujours pas qui a envoyé ce fameux courriel!» «Y’a de grandes chances que ce soit ton ex.» Je hoche la tête en acquiesçant, mais cette histoire me laisse un goût amer, comme si mon meilleur ami avait gardé une espèce de relation secrète avec mon ex. Ça remue plein d’émotions, ça me rappelle aussi malgré moi beaucoup de souvenirs et je vais tirer ça au clair avec lui. Je serre plus fort la main de Catherine et profite de cet instant tant attendu. Nous nous dirigeons vers son auto, Catherine doit rentrer, elle travaille au resto ce soir. «Ok, veux-tu m’appeler plus tard ou…» «Euh…j’aimerais mieux qu’on s’appelle demain, je vais être claquée plus tard et ce sera pas l’fun. » Je me pince les lèvres, visiblement déçue, c’est que j’aurais aimé dormir avec elle encore ce soir, me réveiller dans ses bras demain matin, mais bon, je n’en fais pas de cas et ne dis rien (c’est sûr que c’est bien de prendre son temps, mais bon). Catherine vient me reconduire à la maison, je l’embrasse doucement en sortant de l’auto « Bonne soirée et à demain!» «Oui, à demain!» J’ai comme un pincement au cœur quand je descends, c’est fou ce sentiment intense, j’ai terriblement hâte de la revoir, comme si elle avait toujours été dans ma vie! Je rentre à la maison, Éloi est déjà revenu. «Hello! T’es déjà là?» «Salut, ma belle! Hé oui! Je suis revenu plus tôt, disons que je me suis fait jouer un petit tour de magie par mon beau Brad.» «De quoi tu parles?» «Tu connais pas l’expression?» «Non!» Éloi m’explique en fait que le Brad en question, rencontré au Sky il y a deux semaines, a déguerpi de sa chambre d’hôtel au petit matin avec un petit mot : «Call me later». Éloi l’a rappelé une et deux et trois fois, et comme le cellulaire était toujours fermé, Éloi étant lui-même un grand magicien, en a déduit qu’on lui avait fait le tour de magie. J’éclate de rire. «Alors, tu prends bien ça?» «Ben oui! T’inquiète, ça valait la peine, j’ai passé une nuit très ensoleillée! Et bon, ça devait ben m’arriver au moins une fois!» Éloi en me prenant dans ses bras me dit : «Et toi, ma Camille, t’es pu choquée contre moi?» Je regarde Éloi avec des yeux mi-tristes, mi-rieurs «Cette histoire me met un peu à l’envers, que tu ais raconté à mon ex toutes mes rencontres, que tu ais gardé avec elle des liens, ça m’fait bizarre, je m’sens comme trahie, et je sais que ce n’est pas ça, car en plus, tu la détestes, Marianne! J’comprends pas!» Éloi m’explique calmement que Marianne n’arrêtait pas de lui écrire, qu’elle lui a même téléphoné en larmes, qu’elle capotait parce que nous n’étions plus ensemble, qu’elle s’en voulait, etc…Alors, il voulait qu’elle comprenne que j’étais heureuse ici « En fait, Camille, j’avais comme peur que tu y retournes, je savais que tu ne répondais pas à ses courriels, mais quand même je voulais qu’elle décroche, j’voulais pas qu’elle se pointe ici…et ça me faisait quand même de quoi de la voir à terre, j’pensais jamais qu’elle se servirait de ça pour envoyer un faux courriel à Catherine, là, jamais!» «Oui, mais pourquoi tu m’en as pas parlé? Tu aurais pu me le dire!» «C’est pas comme si c’était important, j’étais pour t’en parler de toute façon; en plus, je lui ai pas raconté grand-chose, juste assez finalement pour qu’a vire folle, mais bon, j’pouvais pas savoir!» Éloi me regarde avec son sourire irrésistible, je le serre dans mes bras «Je t’aime, ma Camille, t’es presque ma sœur, j’te trahirais jamais, j’voulais juste laisser passer le temps.»
Je prends le téléphone et compose le numéro de Marianne que je connais encore par cœur, elle décroche : «Allô!» Ça me fait tout drôle d’entendre sa voix, si connue et si lointaine à la fois «Allo! Marianne! C’est Camille!» Je la sens hésitante, surprise «Camille, je…je, ben, ça va? Ça fait longtemps?» «Oui! Ça va et toi? » Je débite dans un seul souffle : «Écoute, Marianne, je voulais te dire que j’ai rencontré quelqu’un… et que je suis bien vraiment bien! Que je sais que tu as envoyé un faux courriel et que je ne veux plus avoir de liens avec toi!» «Tu m’appelles pour me dire ça! Franchement, Camille, tu me prends pour qui?… Mais ça tombe bien que tu appelles, j’ai une grande nouvelle pour toi… je déménage à Montréal!» Je suis estomaquée, c’est pas vrai, Marianne vient vivre ici! «Quoi! Tutu arrives quand?» «D’ici quelques semaines… mais étant donné que tu ne veux plus avoir de liens avec moi, je n’t’embêterai pas avec les détails!» «Comment ça, qu’est-ce qui se passe, pourquoi?» «J’ai envie de changer d’air! On sera pas obligé de s’voir!» Je raccroche étonnée, c’est comme trop pour moi, je pensais que 2008 serait comme un vent nouveau, voilà mon ex qui débarque!