combattre le virus

Le choix d’un premier traitement anti-VIH

Dr Pierre Coté
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Même si le sida est encore une maladie incurable, les dernières années ont été marquées par des percées remarquables de la médecine dans ce domaine. Depuis l’utilisation des thérapies anti-VIH très efficaces, nous avons observé une nette diminution des complications reliées au VIH de même que de la mortalité. Mais ce traitement nécessite, la plupart du temps, que la personne infectée prenne des médicaments pour toute sa vie, et ces médicaments peuvent provoquer des effets secondaires importants. Dès le premier jour où le virus s’introduit dans l’organisme, nous savons qu’il est très actif. Le VIH pénètre à l’intérieur du système immunitaire, principalement à l’intérieur des lymphocytes CD4 qui se retrouvent dans le sang et le système lymphatique. Le rôle des CD4 est de diriger la réponse immunitaire contre les organismes étrangers comme les bactéries, les virus, les champignons, les parasites et les cellules cancéreuses. Le VIH utilise les CD4 pour se reproduire. Après qu’il se soit reproduit, il les détruit. Donc, plus il y a de virus dans le sang qui pénètrent dans ces cellules et les détruisent, plus le système immunitaire s’affaiblit et rend la personne vulnérable aux microbes pouvant entraîner des infections ou des cancers potentiellement mortels.

Quand devrait-on commencer un traitement anti-VIH?
Le temps idéal pour commencer un traitement contre le VIH peut varier d’une personne à l’autre. Plusieurs facteurs doivent être pris en compte. Tout d’abord, le niveau du système immunitaire. Plus le système immunitaire est bas, plus le risque d’être malade est grand. Les lignes directrices de traitement du VIH considèrent qu’un traitement devrait être instauré lorsque les CD4 se situent entre 200 et 350 cellules/ mm3. (Chez une personne n’ayant pas de déficit du système immunitaire, les CD4 sont supérieurs à 500 cellules/mm3) Certaines personnes, particulièrement celles ayant une concentration élevée du virus dans le sang (charge virale élevée), risquent de voir leur système immunitaire diminuer rapidement, entraînant un risque plus grand d’être malade. Pour ces personnes, on peut suggérer un traitement plus précoce.

Les buts visés du traitement sont de diminuer la multiplication du VIH dans le corps en réduisant la quantité de virus dans le sang et d’empêcher la destruction du système immunitaire ou de le renforcer pour qu’il puisse mieux protéger la personne infectée contre les germes ou les infections.

Plusieurs médicaments ont été mis sur le marché pour contrôler la réplication du VIH en agissant à plusieurs niveaux. Le virus doit d’abord se fusionner au CD4 avant de pénétrer à l’intérieur de celui-ci. Une fois qu’il y est entré, plusieurs enzymes interviennent pour l’aider à changer le code génétique du CD4, le rendant incompétent, et à reproduire de nouveaux virus qui sortiront de cette cellule pour aller en attaquer de nouvelles.

Les médicaments agissent en empêchant au maximum le VIH de se multiplier dans le corps. Pour y arriver de façon constante, la concentration du médicament doit rester toujours suffisante. Lorsque le niveau du médicament diminue, le VIH peut se répliquer, entraînant plus ou moins rapidement une résistance du virus au traitement, ce qui peut conduire à l’échec de ce traitement ou même à compromettre l’utilisation d’autres médicaments dans le futur.

Il faut donc prendre de façon très constante ses médicaments pour s’assurer qu’ils soient efficaces.

C’est pourquoi, même s’il peut être indiqué d’amorcer le traitement, il est parfois préférable d’attendre quelque temps avant de commencer pour être certain de bien le suivre et d’éviter ainsi de nuire à sa santé. Le meilleur moment pour le début d’un traitement, c’est quand vous êtes prêt. Se préparer à prendre son traitement peut prendre du temps. Vous devrez parler avec votre médecin, votre infirmier(ière) ou votre pharmacien et bien comprendre ce qu’il faut faire pour prendre vos médicaments de façon sécuritaire.
Il faut cependant savoir que quelquefois un délai trop long peut compromettre l’efficacité du traitement.

Le choix des agents qui composent le traitement anti-VIH est aussi important que le choix d’un bon momment pour le commencer. Au cours des dernières années, les traitements ont beaucoup évolué et il y a maintenant plus de flexibilité pour adapter le traitement au style de vie des personnes. Certains médicaments peuvent être pris :
- une ou deux fois par jour;
- sans restriction alimentaire ou d’entreposage;
- de façon plus sécuritaire quant aux effets toxiques à long terme;
- de façon co-formulée (certains médicaments peuvent être intégrés dans une même pilule).

Tout cela permet une meilleure fidélité au traitement.

La plupart des médicaments comportent des effets secon­dai­res. Ils sont la principale cause d’arrêt ou de mauvaise prise de traitement. Certains ont plus de chance de provoquer des éruptions de la peau, d’autres de donner des nausées, des crampes au ventre ou des diarrhées, d’autres peuvent perturber le sommeil. Certains peuvent aussi augmenter le taux de gras dans le sang ou amener de l’anémie, etc. Il n’existe pas de médicament parfait. Il faut donc être bien informé des les effets secondaires possibles pour choisir le traitement le mieux adapté et se préparer à contrôler le mieux possible ces effets secondaires.

Le choix d’un traitement doit se faire en tenant compte de son efficacité, en réduisant au maximum les effets secondaires et en respectant la préférence de la personne qui devra le prendre. Dr Pierre côté

Le Dr Pierre Côté est médecin de famille à la Clinique Médicale
du Quartier Latin, à l’Hôpital Saint-Luc à l’UHRESS du CHUM
et Président du Programme National de Mentorat .


Ressources
C.P.A.V.I.H. (comité des personnes atteintes de VIH) : (514) 847-855-8991
www.cpavih.qc.ca
Info traitement de Catie : 1-800-263-1638 www.catie.ca/f/index.html
www.guidetherapeutiquevih.com
www.aides.org

Liste des médicaments anti-VIH
Inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (INTI)
-Abacavir (Ziagen MD)
-Combivir MD (AZT MD + 3TC MD)
-Didanosine, DDI (Videx EC MD)
-Lamivudine (3TC MD)
-Stavudine, D4T (Zérit MD)
-Ténofovir, inhibiteur nucléosidique (Viread MD)
-Trizivir MD (AZT MD + 3TC MD + abacavir MD)
-Truvada MD (ténofovir MD + FTC MD)
-Zalcitabine, DDC (Hivid MD)
-Zidovudine, AZT (Rétrovir MD)

Inhibiteurs non-nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI)
-Délaverdine (Rescriptor MD)
-Éfavirenz (Sustiva MD)
-Névirapine (Viramune MD)

INTI + INNTI
-Atripla MD (ténofovir MD + FTC MD + éfavirenz MD)

Inhibiteurs de la protéase (IP)
-Amprénavir (Agénérase MD)
-Atazanavir (Reyataz MD)
-Darunavir (Prézita MD)
-Fosamprénavir (Telzir MD)
-Indinavir (Crixivan MD)
-Lopinavir-ritonavir (Kalétra MD)
-Nelfinavir (Viracept MD)
-Ritonavir (Norvir MD)
-Saquinavir (Invirase MD)
-Tipranavir (Aptivus MD)

Inhibiteur de fusion
-T20 (Fuzeon MD)

Inhibiteur de l’intégrase
-Raltégravir (Isentress MD)

Inhibiteur d’entrée
-Maraviroc (Celsentri MD)