Camille avec 2 L

Comme au cinéma

Julie Beauchamp
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Je commence à peine à me remettre d’avoir vu Catherine au resto; en fait, je ne pense qu’à elle depuis…plus d’une semaine, je me revoie encore ébahie, avec mon air niais en la regardant. J’attends un signe d’elle, mon dernier courriel date d’il y a trois jours et toujours pas de réponse. «Tu devrais l’appeler!» me conseille Éloi. «Non mais Camille, arrête de tourner en rond en attendant une réponse de Catherine, go get her girl! C’est elle la pire si elle ne veut plus rien savoir, appelle et tu verras! Bon, je n’ai rien à perdre de toute façon, je laisse nerveusement un message sur son répondeur. Les heures passent, il est rendu 20h, vendredi soir, elle ne rappellera pas, c’est un classique, personne ne rappelle le vendredi soir. Je m’installe devant 24 heures, question de voir si Jack va réussir à sauver les USA d’une tragédie nucléaire et à me sortir de mon marasme ambiant. Vingt-deux heures, mon cellulaire sonne… le cœur me fait trois tours, je répond « Allo?» «Allo, est-ce que c’est Camille?» «Oui!» «Salut, c’est Catherine, j’ai pris mes messages à distance, j’ suis encore au resto, j’t’e dérange?» «Non…non, je… suis à la maison.» «Ça va?» «Oui, et toi?» «Correct, j’ai vraiment hâte de rentrer chez moi, j’suis partie depuis une semaine en stage et il fallait que je rentre ce soir au boulot, donc… j’suis crevée.» «Ha! Oui! En stage...» Pendant que nous continuons à discuter, je comprends qu’elle n’a pas pris mes courriels, je lui dit que j’ai envie de la revoir, elle semble contente, nous fixons un rendez-vous pour le lendemain, au Parc Lafontaine. En raccrochant, je pense à Jack qui me murmure à l’oreille : «I promise! Everything’s gonna be fine!»
Le lendemain, ça me prend jusqu’à une heure à m’habiller, je sens que cette fois-ci, c’est la bonne, elle sera là et je veux être à la hauteur, à la hauteur de quoi, je ne sais pas trop mais je ressens un urgent désir de vouloir lui plaire. J’arrive au parc Lafontaine cinq minutes à l’avance, elle est déjà là, assise sur le bord de la statue, elle est tout simplement belle, d’une beauté naturelle unique, dire que je ne voulais plus la voir. J’approche. «Salut!» «Salut, je suis arrivée 15 minutes d’avance, je voulais être certaine d’être là à l’heure.» Nous éclatons de rire en même temps, nous nous embrassons ma­ladroitement, en nous frôlant les joues délicatement, elle retient ma main doucement, j’ai un sourire plus grand que nature et elle me dit : «On va marcher?» Lentement, nous avançons en parlant, riant, je refais le chemin inverse en partant de maintenant pour remonter jusqu’à mon an­cienne vie, Catherine m’écoute et m’interroge, elle s’intéresse. Le temps file à la vitesse de la lumière, 2 heures plus tard, nous sommes étendu sur l’herbe côte à côte lorsque je me penche sur elle, nos yeux se croisent et un silence intense nous envahit, je pose délicatement mes lèvres sur les siennes et une décharge électrique me submerge. Catherine me sourit et dit : «Tu me plais, Camille, j’pensais pas te revoir, enfin… comme ça.» «Je sais…moi non plus, je trouvais ça trop compliqué et, finalement,… en tout cas, y’a rien de simple dans les rencontres.» Elle rit. «Pas pour nous deux!» Je reprends « Et juste pour savoir, ton ex, est-elle encore ton ex ou la situation a changé? » Elle me regarde sérieusement, me dit que c’est bien terminé et qu’on aura sûrement le temps d’en reparler et elle me demande : « Euh…et toi, cette fille au resto, est-ce que tu la vois ou…» « Ha! Barbara, non c’est une amie du non-chum de mon meilleur ami, enfin, non je ne la vois pas, j’vois personne présentement, j’avais juste envie de te voir, toi.» Nous nous embrassons là en plein cœur du Parc Lafontaine sous le soleil, c’est magique…comme au cinéma.
Il est presque 17h, Catherine se lève et me dit « J’ai rendez-vous avec des amies au Drug, c’est la fête d’une des filles et je leur ai promis que je passerais les voir, mais j’ai vraiment pas envie de te quitter! » Wow! Tous les mots que je veux entendre sortent de sa bouche comme par enchantement, je me risque « Si tu veux, on peut se rejoindre plus tard, j’veux pas avoir l’air d’une dépendante affective, mais si t’as envie…» «Oui! C’est sûr que je veux, j’irai te retrouver chez toi… si ça te va.» Nous partons. En me quittant, elle me serre très fort, je l’embrasse et lui dis : « À plus tard, le plus tôt possible! »
En arrivant à la maison, je ne marche pas, je vole, je flotte. Éloi me voit rentrer « Hey! Camillou, on dirait que t’as pris de l’extasy. Ç’a bien été?» Je raconte à Éloi mon après-midi de rêve en lui annonçant que je ne serai pas seule cette nuit. «Ben! Pourquoi qu’on va pas la rejoindre au Drug, tu pourrais lui faire une surprise!» «Elle est avec ses amies, j’veux pas m’imposer.» «Ben voyons, elle va être ravie de te voir!» «C’est pas un peu trop d’me pointer là…Et elle ne m’a pas invitée!» «Depuis quand qu’y a un livre de règlements sur les rencontres amoureuses! J’ai un plan à te proposer!» Je souris indécise. Et je ne peux pas m’empêcher de penser aux événements des deux derniers mois: le party, notre rendez-vous manqué, la colère de son ex, moi collée sur Barbara, son regard, et je ne sais pas si je veux encore me retrouver dans une situation incongrue, mais j’ai presque envie d’y aller.
Une heure plus tard, nous partons pour le Drugstore. Avant de rentrer, j’arrête 10 secondes, je ne peux faire autrement, je me sens hypernerveuse, j’ai la gorge sèche. Éloi me pousse dans le dos : «Relaxe, on va juste prendre une bière avec ta Catherine!» «Je sais, je sais!