Pas soif pour la discrimination

Gilles Marchildon
Commentaires
Tout comme la bière à pression qui coule abondament dans les bars, beaucoup d'encre a coulé au sujet de cette plainte récente contre un bar du village gai, devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec. L'objet ici n'est pas de faire le procès du bar, ni de son employé, mais plutôt d'explorer la question soulevée par l'incident. Les lecteurs montréalais de Fugues n'ont peut-être pas besoin des détails pour savoir de quoi il s'agit, mais pour le bénéfice des autres, rappelons les circonstances. Une jeune femme a voulu prendre un verre avec son père sur la terrasse d'un bar gai. Le serveur, ignorant la jeune femme, informe le père que le bar n'accepte pas de clientèle féminine et leur demande alors de quitter les lieux. Les deux sont stupéfaits. Le père informe le serveur que sa demande est contre la loi. On leur répond que c'est la politique du bar. En effet, le patron du bar le confirme plus tard aux médias, indiquant que les femmes sont toutefois admises lors de certains soirs désignés. La jeune femme dépose une plainte auprès de la Commission. Elle invoque l'article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec – le même article qui défend les personnes homosexuelles contre la discrimination basée sur l'orientation sexuelle. L'article 10 stipule que toute personne a droit « à la reconnaissance et à l'exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne » sans égard à un certain nombre de caractéristiques, dont le sexe et l'orientation sexuelle. La Commission étudie présentement si la plainte de la femme est fondée ou non. S'ouvre alors le débat. Dans une société comme la nôtre, supposément libre de discrimination, un bar gai a-t-il le droit de choisir sa clientèle? Le bar se défend en invoquant la nature de sa clientèle et les activités de « cruising » intense qui y ont lieu entre hommes. Il est vrai que l'atmosphère de « meat market » que l'on y retrouve pourrait choquer plusieurs non initiés. Ou encore, les activités pourraient être une source intarissable de divertissement pour une clientèle « straight ». On pourrait imaginer un scénario selon lequel un nombre croissant de femmes hétérosexuelles viendraient observer de beaux spécimens mâles s'exhibant en pleine «chaleur» (saisonnière et hormonale!). Les femmes ne se sentiraient pas me­nacées, n'étant pas elles-mêmes l'objet de désir. Dans un tel contexte, sous l'effet de l'alcool, le comportement de part et d'autre pourrait viter glisser vers les moqueries, les insultes et même les menaces.
Les maris et boyfriends des femmes pourraient décider de les accompagner, soit pour les protéger, les surveiller ou, encore, participer à l'activité d'observation. Bref, les hétérosexuels pourraient désormais former la majorité dans certains bars gais. Et qu'en est-il de la liberté du commerce, du droit des propriétaires d'entreprise de faire leurs affaires comme bon leur semble? Voilà pourquoi la Chambre de commerce gaie du Québec (CCGQ) et la Société de développement commercial du Village se sont raliées toutes deux au bar en question, «reconnaissent aussi le droit légitime pour certains organismes et entreprises d'offrir des produits ou des ser­vices à des clientèles spécifiques.» On ne peut nier leur prérogative de favoriser les intérêts de l'un de leurs membres. Nous les comprenons… même s'ils ont tort. Dans certains cas, la discrimination peut sembler justifiée. Il existe des programmes d'action positive qui permettent l'embauche préférentielle d'employés provenant de groupes sous-représentés. On peut aussi justifier la discrimination dans le cas d'un refuge pour femmes violentées. Mais un bar qui ne voudrait pas servir de consommation ? Ceux qui ont soif de justice devraient avoir un mauvais goût dans la bouche. La communauté LGBT ne peut défendre le droit de pratiquer la discrimination dans ses établissements alors que nous avons tant lutté contre la discrimination dont nous avons été si souvent victimes. Le scénario évoqué plus haut où les straights formeraient la majorité dans un bar gais est peu probable, voire invraisemblable. De plus, des règlements non discriminatoires peuvent être mis en place pour empêcher des comportements nuisibles. La discrimination n'a jamais bon goût, même lorsqu'elle est servie fraîche en été.

*Gilles Marchildon est l’ancien directeur général d'Égale Canada, un groupe pancanadien qui se porte à la défense des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées.

Du courriel de lectEURS sur CE sujet...

Ce sera quoi le prochain combat de la jeune demoiselle? Une visite dans un sauna pour hommes, serviette autour des hanches pour crier haut et clair à la discrimination?
Richard Caron

À mon tour, je suis choqué de voir tout le monde s'attarder sur un sujet aussi insignifiant que celui du STUD et surtout de la plaignante. Faut pas être trop trop intélligent pour remarquer qu'il y a là seulement des hommes à moustaches pour la plupart et que l'ambiance transpire l'homme. Alors qu'il y a un choix de bars ouverts à tous à n'en plus finir dans le Village, Mme Vachon et son père ont choisi le plus gai des bars gais du Village. Ça doit être la curiosité qui les amène là ou bien tout simplement pour attirer les médias. M. Vachon a sans doute besoin d’exposure comme on dit dans le jargon des médias. Je mets au défit un couple homosexuel d'aller s'embrasser à répétition normale dans un bar de l'ouest de la ville ou bien sur la rue Saint-Laurent. Vous allez voir des réactions vives et sans aucune tolérance. De même que dans un bar lesbien, car certains exigent que les hommes soient accompagnés par une femme pour entrer. Même chose dans les clubs de danseurs et de danseuses. Si les gais se réunissent dans des endroits en préférant n'être qu'entre eux, c'est parce qu'ils ne veulent pas être jugés ou attirer les curieux. Peut-être qu'Audrey devrait découvrir les associations du genre Les filles d'Isabelle ou bien Le Cercle des Fermières ou tout autre organisme refusant l’ombre d'un homme.
Éric Lavoie