Chansons interlopes 1906-1966

Denis-Daniel Boullé
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Coffret L’homosexuel n’a pas fait son entrée dans la chanson française avec «Je suis un homo comme ils disent» de Charles Aznavour ou avec Ziggy dans Starmania. Toutes les époques ont connu des chansons souvent à saveur satirique mettant en scène des hommes efféminés. Si les textes ont traversé l’histoire, il faut attendre le début du vingtième siècle pour retrouver des enregistrements de ces raretés avec les voix sinon de leurs auteurs du moins de leurs créateurs. Martin Pénet, historien de la chanson française, voue une passion pour ces chansons qui souvent n’ont connu de succès que dans l’intimité des cabarets. Certaines ont eu la chance d’êtres gravées sur 78 tours et plus tard sur 33 tours. Ces curiosités témoignent de la perception de l’homosexualité dans la France du XXe siècle et, en général, sont un florilège de lieux communs. Le personnage homosexuel est efféminé, maniéré, snob, fragile et d’une sentimentalité exagérée. Avec 54 chansons répertoriées et classées en deux catégories, la dérision puis l’ambiguïté, Martin Pénet, révèle une réalité qui ne fait pas partie des grandes anthologies de la chanson française et, dans le livret joint au coffret, évoque ces chansonniers, dont certains étaient homosexuels et n’hésitaient pas à se mettre en scène avec humour et autodérision pour amuser un public cherchant à s’encanailler dans un Paris interlope. Cette plongée dans un monde parallèle révèle des surprises. O’dett, un travesti qui dirigea plusieurs cabarets du côté de Pigalle, et qui accueillit Charles Trénet à ses débuts, ou encore Charpini et Brancato, deux hommes qui reprennent les duos d’opérettes célèbres, Charpini, de par ses dons de soprano, interprétant le rôle de femmes. Dans la seconde partie du coffret, l’ambiguïté, des artistes s’approprient des textes destinés généralement à l’autre sexe. Plusieurs chanteuses françaises des années cinquante comme Suzy Solidor ou Mick Micheyl, pourront ainsi exprimer, dans l’intimité des cabarets, leur attirance pour les femmes et même célébrer sur scène les amours saphiques. D’autres préféreront aborder le sujet sur le mode conditionnel. Des chansons comme «Si j’étais un homme», «Si je devenais un homme», «Ah ! si j’étais fille», «Si j’étais midinette» abordaient l’émancipation des femmes, la dévirilisation des hommes ou encore l’indifférenciation des sexes. Pour les amoureux de la chanson à texte, pour les amoureux des mots, Chansons interlopes est un petit trésor lexicologique où l’humour, souvent teinté de mépris et de préjugés, est au bout de chaque rime. En plus de rendre hommage à certains artistes, qui dans des temps moins cléments, ont su bousculer les codes. La grande tradition des cabarets parisiens avec leur spécialité pour travestis, pour lesbiennes. On y retrouve Coccinelle chanter «Chercher la femme» dans laquelle elle souligne qu’elle est plus femme qu’elle en a l’air ou Suzy Solidor avec «Obsession» qui rappelle que «chaque femme je la veux…»
En vente exclusivement à la librairie Serge et Réal.