Histoire de Pâques

Gilles Marchildon
Commentaires
Les parallèles entre l'histoire de Pâques et la sortie du placard m'ont toujours fasciné. Mais j'y reviendrai plus loin. J'ai tellement de petits œufs dans mon panier ce mois-ci (désolé, ils ne sont pas en chocolat!) qu'il est difficile de savoir par où commencer. Tout d'abord, un grand anniversaire est passé… presque sous silence! Rappelons que, depuis le 19 mars 2004, cela fait trois ans que la Cour d'appel du Québec a reconnu le droit égal au mariage pour les conjoints de même sexe. Le Québec devint alors la troisième province canadienne à reconnaître le droit égal au mariage. Plus tard, en juin 2005, la loi fédérale donna le sceau d'approbation des élus fédéraux à une si­tuation qui s'étendait, grâce aux tribunaux, pratiquement «ad mari usque ad mare». Trois ans se sont passés depuis que notre communauté a franchi ce grand pas vers l'égalité. Toutefois, cela ne fait que trois ans ou 36 mois. C'est bien peu pour qu'une société digère véritablement un tel changement social décisif. Pour quiconque penserait que la discrimination serait maintenant chose du passé, détrompez-vous. On n'a qu'à penser aux récents propos d'un certain animateur de radio à l'égard d'un certain parti politique qui supposément serait «un club de tapettes». Mais notons, ce mois-ci, un autre anniversaire tout aussi important. C'était le 4 avril 1968, à Memphis, qu'on assassina Martin Luther King fils, grand défenseur des droits civils aux États-Unis et de l'émancipation des personnes noires. Bien que le révérend King n'ait jamais parlé publiquement de sa position à l'égard des personnes homosexuelles, nous pouvons raisonnablement conclure qu'il aurait appuyé notre droit à l'égalité. Pourquoi ? Tout d'abord, il faut se rappeler qu'à l'époque, on ne parlait pas du tout de l'homosexualité. Il s'agissait d'un sujet tabou. Le comportement homosexuel était illégal et ceux qu'on prenait en défaut pouvaient être incarcérés.
Malgré cela, le révérend King s'associa avec Bayard Rustin, un homme dont l'orientation homosexuelle était connue, et résista même à la pression qu'on exerça sur lui pour exclure monsieur Rustin des hautes sphères stratégiques et politiques du mouvement pour les droits civils.
Selon l'auteur Earl Ofari Hutchinson, le fait que King ait soutenu Bayard Rustin pendant longtemps révèle la sympathie du premier envers les personnes homosexuelles. (Lire l'article en anglais ici www.alternet.org/story/20732 )
Enfin, si Martin Luther King fils a déclaré qu'une injustice envers une seule personne était une injustice envers tous, c'est qu'il comprenait que l'égalité gagne en étant acquise par toute communauté minoritaire (qu'elle soit fondée sur le genre, la religion, la race ou l'orientation sexuelle).
Le révérend King, récipiendaire d'un prix Nobel de la paix, paya le prix de son courage avec sa vie. On pourrait dire que c'était un Jésus-Christ des années 1960, n'en déplaise à certains qui ne peuvent s'imaginer le Sauveur qu'avec la peau blanche.
Puisque Pâques tombe en avril, j'en profite pour dresser le parallèle entre cette histoire chrétienne et la sortie du placard. Dans les deux cas, il est question de déception, puis de trahison, de persécution et de mort, avant la résurrection et d'évangélisation.
Jésus aurait sans doute vécu plusieurs déceptions : des gens qui prétendaient être ses amis se révélèrent autrement, le meilleur exemple étant Judas qui l'a trahi. Dans le même ordre d'idées, les personnes dans le placard qui cachent leur orientation sexuelle peuvent bénéficier de l'appui et de l'amour de certaines personnes dans leur milieu… jusqu'au jour où elles décident de vivre ouvertement leur orientation. Elles sont souvent déçues, voire trahies, par les réactions vives.
Tout comme le Christ qui s'est fait persécuter pour avoir partagé la «vérité» telle qu'il la voyait, les personnes qui s'affichent et vivent selon leur véritable nature deviennent souvent l'objet d'une discrimination.
De plus, ce n'est pas une exagération que de tracer le parallèle au niveau de la mort : Jésus crucifié et de jeunes LGBT suicidés. Au fond, la haine tue, peu importe si ce sont les victimes elles-mêmes qui terminent la persécution entamée par la société.
Heureusement, il y a aussi la résurrection et l'évangile! Autant du côté de Pâques que de la sortie du placard, l'amour se fait vainqueur. La sortie du placard conduit à la liberté et à une vie plus saine et heureuse.
Ça, c'est la bonne nouvelle qu'il faut répandre – avec autant de zèle que tout bon missionnaire. De plus, qu'on soit chrétien ou non, on peut utiliser l'histoire de Pâques comme outil pour prêcher l'évangile de l'égalité!

*Gilles Marchildon est anciennement directeur général d'Égale Canada, un groupe pancanadien qui se porte à la défense
des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées.