Le curé rose ose la politique

Raymond Gravel : heureux élu ?

Patrick Brunette
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Le 27 novembre dernier, le curé de la paroisse Saint-Joachim-de-la-Plaine, Raymond Gravel, mettait une croix temporaire sur ses activités ecclésiastiques pour devenir le député du Bloc québécois dans la circonscription de Repentigny. Le curé rose endossait ainsi les couleurs du Bloc dans une première expérience en politique. De curé à député, comment Raymond Gravel vit-il ses premiers pas en politique? Fugues le lui a demandé. Est-ce que tes premiers pas en politique sont aussi excitants que tu l'avais imaginé?

Mes premiers pas en politique sont à la fois excitants et déstabilisants, car je ne connaissais pas vraiment les rudiments de la politique. Je crois que je suis un peu et même beaucoup naïf; je ne pensais pas qu'il y avait tant de choses à apprendre. C'est agréable d'apprendre mais il m'arrive parfois de soupçonner qu'il me faudra beaucoup de temps pour exceller dans ce domaine. Il me manque le langage politique, l'attitude des politiciens et, comme je n'ai pas inventé la patience, il me faut apprendre rapidement, sinon ça me frustre et ça m'insécurise.

Ton assermentation a eu lieu après le vote sur la question du mariage entre conjoints de même sexe. Si tu avais été au parlement ce jour-là, de quel côté aurait penché ton vote?

Je dois rectifier des choses sur ce point-là. Mon assermentation n'a pas été retardée, car l'organisation de ce rituel et la fête qui suit ne pouvaient pas se faire avant le vote en chambre sur la motion. Il est vrai que j'ai dit que ça tombait bien que je ne vote pas sur cette motion, car j'aurais voté contre la réouverture de ce dossier, avec mes collègues du Bloc québécois, et je savais que les groupes religieux, même ceux de l'Église catholique, dont les évêques, souhaitaient la réouverture du dossier. Comme début de carrière, ç'aurait commencé plutôt de façon abrupte. Si la Chambre avait voté en faveur de la réouverture du dossier sur le mariage gai, le Bloc québécois laissait les députés voter selon leur conscience. Là-dessus, j'aurais voté selon ma conscience et tout le monde sait quelle est ma position sur le mariage gai. J'ai toujours pris la défense des homosexuels et je continuerai de le faire, au nom de l'Évangile, et je ne m'abstiendrai pas de voter en chambre pour la justice et l'égalité pour tous.

Est-ce que tu t’ennuies de ton travail de curé?

Ce qui me manque le plus, c'est la communauté chrétienne. Depuis 21 ans, je travaillais comme prêtre et comme curé au service de communautés. Vivre avec les gens, célébrer avec eux leurs joies, leurs peines et les passages importants de leur vie, ça me manque énormément. Ma première mission, c'est d'être prêtre, et le fait de ne pas exercer mon ministère de prêtre dans sa totalité, je vis cela comme une épreuve et une grande souffrance.

Ta mère a mal accepté ton enrôlement en politique. Aujourd'hui, comment voit-elle ça?

Ma mère a trouvé très difficile le fait que je devienne député. Elle aurait préféré que je demeure curé de paroisse, car elle sait jusqu'à quel point j'aimais mon travail et elle avait peur que je me blesse dans cette nouvelle fonction. Aussi, elle craignait que je sois obligé de défroquer pour m'engager en politique. Aujourd'hui, elle sait que je suis toujours prêtre, et ça la réconforte lorsque je lui dis que je reviendrai au ministère après une expérience en politique active.

Tu as sûrement reçu plein de commentaires depuis ton arrivée en politique. Celui qui t'a le plus marqué?

C'est vrai que plein de gens m'ont écrit et m'ont dit des paroles d'encouragement, de réconfort, de soutien, et ils m'ont témoigné leur confiance puisqu'ils ont voté pour moi à 67%. Les commentaires qui reviennent souvent, et qui me font espérer, c'est lorsque les personnes me disent de continuer à être vrai et à me battre pour la justice et la dignité des personnes. J'aime beaucoup ce que disait Foglia sur l'abbé Pierre : « Y'en a beaucoup des gens de bien... Mais, ce n'est pas tout de faire le bien; il faut s'indigner du mal qui est fait... Car faire le bien, c'est aussi une question de justice.»

Quelles sont tes batailles en politique?

Au Bloc québécois, on m'a confié le dossier des aînés et je siège au comité de l'Immigration. Comme il y a beaucoup d'injustices vécues par les deux groupes, mes premières batailles vont être dirigées pour aider les personnes âgées et les immigrants.

On parle d'élections fédérales à l'automne... Où te vois-tu à ce moment?

Il est trop tôt pour savoir ce que je ferai aux prochaines élections fédérales. Ça dépend quand ces élections auront lieu. Après une expérience de quelques mois ou d'une année, je serai en mesure d'évaluer si je dois continuer ou bien si je reviens à mon ministère...de prêtre... En attendant, je fais tout ce que je peux pour servir les gens autrement.