La bière et le tiroir du terroir

Francis Lagacé
Commentaires
Le terroir est un mot fort galvaudé. Le sens véritable de cette expression, c’est le lieu, le sol, le climat géographique particulier d’un coin bien délimité. Les confitures de votre tante Gertrude ne sont pas un produit du terroir si elle les fabrique à Montréal à partir des fraises de l’Île d’Orléans achetées au marché Jean-Talon. Il faut donc éviter de traiter le terroir comme un tiroir dans lequel on fourgue tout ce qui nous paraît artisanal. Un bon exemple de produit du terroir au Québec, c’est par exemple le fromage Pied-de-Vent des Îles de la Madeleine parce qu’il est fait sur place avec le lait des vaches du pays qui ont brouté l’herbe du pays. Pour les vins, le terroir fera la différence entre les vignes cultivées le long de la vallée de la rivière Richelieu et celles de la région de Dunham. Ça sent la bière
Rue Saint-Hubert (au numéro 6406) se trouve une boutique intéressante appelée Les Délires du terroir. Bien que le mot de « terroir » ne soit pas approprié dans 100% des cas, elle mérite une visite pour la qualité des bières qu’on y trouve. J’en ai dégusté six.
La Blonde du Moulin est une bière biologique à base d’orge, d’avoine, de kamut (le blé originel que cultivaient les Égyptiens), de blé et de seigle. Avec tout ça, plus besoin de manger de céréales le matin! Brassée par les Frères Houblon à Trois-Rivières et vendues en bouteille de 500 ml, c’est une belle blonde pétillante à la mousse légère. Le nez est fort en céréale (êtes-vous surpris?) et a une touche de laine mouillée avec une dominante d’avoine et de houblon. Elle est très savoureuse, goûte bon le blé et l’orge, puis offre une belle amertume. (No 628068051026; B+)
La Brunante est une bière à fermentation double située quelque part entre la Scotch Ale et la Rouge des Flandres, aussi produite par les Frères Houblon de Trois-Rivières. Plus forte que la précédente (8 % au lieu de 5), elle est également vendue en bouteille de 500 ml. D’un bel ambre roux, elle a un nez de scotch ale au typique caramel auquel s’ajoute un beau houblon. La bouche offre une bonne amertume et des touches de caramel. De bonne longueur, elle n’est toutefois pas très ronde. (No 62806806701; B)

Du jambon?
Quel drôle de nom portent les villages Ham-Nord et Ham-Sud! Et la bière que fabriquent à Ham-Sud les Brasseurs du Hameau porte le nom D’Ham. En tout cas, ce sont d’intéressantes bières sur lie (gage de plus de saveur et de meilleure valeur nutritive), titrant 5,5 % d’alcool, toutes vendues en bouteille de 341 ml et qui méritent qu’on les explore.
La D’Ham noire porte sa robe opaque colletée de mousse café. Beau nez de céréale torréfiée, mais pas de goût de café. La texture est veloutée et l’amertume désaltérante. On attendrait plus de rondeur. (No 890360001041; B-)
La D’Ham brune s’habille de brun foncé avec une mousse de café. Elle sent les céréales et la laine mouillée. Elle plaît avec une bonne amertume très présente. Le houblon et la rondeur moyenne en font un bon étanche-soif. (No 89036000 1034; B)
La D’Ham ambrée (mise dans une bouteille de bière blonde) est d’ambre roux avec une mousse riche. Elle se parfume de houblon et de céréale. La bouche est complexe. S’y mêlent amertume, céréales (surtout le blé), le houblon, une effervescence agréable et une bonne rondeur. Très désaltérante et très mousseuse. (Numéro non visible; B+)
La D’Ham rousse porte en fait un habit brun avec un col de mousse cacao pâle. Elle émet de gentils effluves d’orge et de mélasse. On tâte ensuite une boisson assez onctueuse, pleine et désaltérante dans laquelle le houblon offre une amertume satisfaisante. (No 890360001027; B+)

Des nouvelles d’Europe
Des dames québécoises, passons aux amis européens. Les Anglais commercialisent un vin concentré en anti-oxydants, appelé Red Heart. Fait du cépage petit-verdot, il est importé d’Australie. Les Français se demandent bien pourquoi aller si loin quand il y en a tant dans le Bordelais. (source : vinimarket.com/breve_52861_fr.htm)
En Italie, l’Université de Palerme a évalué le coût environnemental de la production d’une bouteille de Terra della Baronia 2004 (maison Milazzo, Sicile). Résultat : on a produit un demi-kilo de déchets et 16 grammes de dioxyde de souffre. (source vitisphère du 06/01/2007)
On n’arrête pas le progrès!
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