Camille avec 2 L

Bienvenue en 2007 !

Julie Beauchamp
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Une nouvelle année, loin de mon patelin, de ma famille, de mon ancienne vie. « Tu es songeuse, Camille, depuis que tu es revenue de la région. C’est le temps des fêtes qui t’a mise dans cet état? » « Ouais, un peu. J’ai réalisé que j’ai pris la bonne décision en venant à Montréal, que je n’ai pas foutu ma vie en l’air, au contraire… C’est juste que d’être là-bas, ça m’a donné le cafard, ça faisait bizarre, mon premier Noël en célibataire. Tout le monde était tellement heureux et moi, j’avais l’air d’une crevette cramée!… Je te jure, ces fêtes m’ont épuisée, je me sens comme stone tout le temps depuis le 1er janvier! J’ai l’impression de faire une DM. » « Une DM? » « Une dépression momentanée! » « Eh bien, ce soir on sort. Ça va te changer les idées! » « Ha! Non! Éloi, j’en peux plus, j’sais pas comment tu fais, mais moi, je reste ici et en plus, y’aura pas personne, le monde doit être écoeuré de sortir… et il fait froid… » « Voyons, Camille, il fait zéro dehors en plein mois de janvier! »
Quelques heures plus tard, nous arrivons au bar. Je m’accroche à Éloi et lui dis : « Dire que je pourrais regarder Lost en ce moment… » Il rit et m’embrasse sur le front. « Tu vas me remercier plus tard. » « On verra, je fume une clope et je te rejoins. » Pendant que je savoure ma cigarette, j’aperçois Laure qui se dirige vers moi… Impossible de l’éviter, elle m’embrasse sur les joues et m’interroge sur mes vacances de Noël : « Je t’ai appelée ça doit faire au moins trois semaines. Éloi m’a dit que tu étais partie, tu as eu le message? » « Oui, il me l’a dit, mais j’ai été hyper occupée. » « Je voulais t’inviter à souper, j’avais envie de te voir, discuter… » Je lui réponds : « Ah ! On se reprendra, ces temps-ci, j’ai un horaire de fou… J’ai repris la maîtrise et… j’n’ai pas une minute à moi » en me collant d’un peu trop près, elle me répond : « Je comprends… En passant, tu es très jolie, ce soir!» Je m’efforce de sourire pour la remercier. Je rejoins Éloi au vestiaire, lui relatant ma courte conversation avec Laure. « Elle, qui ne voulait rien savoir de moi, me cruise long comme le bras. Elle ne sait vraiment pas ce qu’elle veut. Le monde est weird!» J’ai déjà envie de rentrer.
Nous passons directement au 2e. Le bar est bondé de gars qui se zieutent, se frôlent, se déhanchent, parlent et rient. On y retrouve aussi beaucoup de filles ce soir. Plusieurs accompagnent leurs amis gais, d’autres se tiennent en groupe, accotées au bar. Sur le plancher de danse, j’entrevois Laure entourée de quatre autres filles, elle a l’air sur le party, les bras dans les airs et le sourire mielleux. « Tiens, Camille, une vodka canneberge, ça va te mettre dans l’ambiance! » « Merci! Y’a des gars intéressants? » « C’est sûr, sinon je ne sortirais pas ici!» « On ne peut en dire autant des filles…» À l’instant où je prononce ces mots, je remarque cette fille : elle est grande, brune, les cheveux longs raides tombant sur les épaules. Elle se tient là, à quelques mètres de moi. Je ne peux m’empêcher de la dévisager et Éloi s’en rend compte « Elle est vraiment belle! Tu la connais? » « Non, c’est la première fois que je la vois. » « Y’a de la cruise dans l’air, ma Camille! Elle n’arrête pas de se retourner. Va lui parler! » « J’suis ben trop gênée! » Je tente un sourire et lorsque mes yeux croisent les siens, je suis submergée par une vague de chaleur. Elle me sourit à son tour et me fait un signe de tête, comme une invitation. Je me décide à aller la voir quand je me fais accoster par une fille : « Salut, j’peux te parler? » Je réponds oui, hésitante, ne sachant pas trop de quoi il s’agit. Elle poursuit « Tu peux arrêter de cruiser ma blonde, ça commence à être gênant! » Sidérée, je ne sais quoi répondre et feins de ne pas trop comprendre. En réalité, je voudrais pouvoir me volatiliser instantanément. Elle repart retrouver sa blonde. Éloi me rejoint : « Et puis? » « Tu ne sais pas ce qu’elle vient de me dire! » J’essaie de retrouver mon calme. « Elle m’a demandé d’arrêter de cruiser sa blonde! » Éloi est aussi surpris que moi. « J’espère que tu lui as répondu que c’est elle qui n’arrête pas de te reluquer! » « Je n’ai rien dit, faisant semblant de ne pas comprendre ». Éloi et moi ne pouvons faire autrement que de les observer fixement. « En tous cas, sa blonde n’a pas l’air très contente! » En effet, cinq minutes plus tard, elles ne sont plus là. Cette soirée s’avère encore plus pathétique que je l’avais imaginée et j’ai vraiment envie d’une cigarette. « Éloi, je vais rentrer, je suis fatiguée et… » « Mais, tu vas pas t’en aller maintenant! Tu vas pas te laisser dicter ce que t’as à faire par une blonde jalouse!» « Je ne pars pas à cause de cette fille-là… et de toute façon, je ne suis pas le genre à cruiser une fille en couple! » « En tout cas, elle avait l’air très intéressée même si elle est en couple! Moi, si j’étais à ta place…» « Je sais, mais tu n’es pas à ma place! » J’embrasse Éloi et me sauve rapidement. Enfin dehors, je m’empresse d’allumer une cigarette, je relève les yeux et elle est là devant moi. « As-tu du feu? » Étonnée, je sors mes allumettes maladroitement. Elle continue : « Je suis désolée…pour tout à l’heure… C’est compliqué! » « Ça va, c’est…correct… », et j’ajoute, en regardant dans tous les sens : « Où est ta copine? » « Sylvie, elle est partie… » Je me décide enfin à craquer l’allumette,. Elle me regarde avec des yeux brillants. « Je m’appelle Catherine et toi? » « Camille!