Camille avec 2 L

Joyeux Noël!

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Noël arrive à grands pas, les préparations des fêtes entraînent le monde dans un tourbillon de partys et de magasinage. On dirait que le temps file à la vitesse de la lumière et que toute la collectivité est propulsée sur la planète de l’amour infini pendant deux semaines (à Noël, c’est bien connu, tout le monde aime tout le monde). N’allez pas vous imaginer que je fais bande à part. Non! Non! Éloi chante Noël avec Ella Fitzgerald vêtu de guirlandes et de glaçons pendant que je m’émerveille de bonheur devant les décorations ornant notre sapin lumineux. J’en oublie presque mes aventures des derniers mois et je savoure la fin de l’année à venir en me disant que le pire est dernière moi. « Alors Camillou, comment t’habilles-tu ce soir? » « Ce soir? Je n’y ai pas encore pensé. » J’accompagne Éloi à son party de bureau. « Toi? Veston, cravate? » « Oui, tenue de soirée; nous allons être le plus beau couple de la soirée, tu vas voir. » « Le seul couple gai de la soirée, tu veux dire? » « Chère Camille, tu pourrais être surprise des rencontres que l’on peut faire dans un party de bureau, fie-toi à mon expérience! » Éloi me pousse jusqu’à ma chambre où il ne me reste que trois heures pour me métamorphoser en une star d’un soir.
Le party se fait dans une salle louée pour l’occasion, l’endroit est magnifique; adjacent à la salle principale, on retrouve deux petits salons où l’on peut discuter plus intimement. Je me sens comme dans Sissi l’impératice, je serre des mains, je fais des sourires et, surtout, je distribue des «ça me fait plaisir, j’ai beaucoup entendu parler de vous». Éloi est l’incarnation de la galanterie; nous avons tellement l’air d’un couple que nous pourrions passer pour mari et femme s’il n’avait pas fait son coming-out, et le mien par le fait même, dans tout le bureau (un courriel et le tour est joué). Je me retrouve assise avec Sylvianne et Patrick, des collègues d’Éloi. Patrick, le macho de service, me bombarde de questions et de commentaires sur mon homosexualité. Pendant toute la durée du repas, nous leur prodiguons un exposé assez exhaustif sur la question, nous terminons le souper sur le mariage gai et les enfants. Le débat s’annonce plus houleux, car huit autres personnes se sont jointes à nous. Les opinions sont maintenant très partagées, et chacun y va de sa propre théorie. Je décide de me lever avant de faire un scandale. Éloi me suit en douce, nous abandonnons notre groupe pour nous rapprocher de la piste de danse. «Deux téquilas, s’il vous plaît! Regarde Camille, c’est le beau Yan! Tu sais, je t’en ai parlé, c’est un client du bureau…» «Oublie ça, Éloi, malgré ton charme irrésistible, il faut que tu regardes la réalité en face, ce gars-là est straight… il est très beau mais très hétéro!» Éloi me regarde avec défi. «Tu m’attends, je peux te laisser seule dix minutes, le temps de faire une vérification de routine!» «Éloi, je gage 25$ avec toi qu’il est straight!» «Pari conclu ma belle, sors ton argent!» Je l’observe s’éloigner d’un pas décidé, rien ne l’arrête. Je me retourne pour commander un verre de rouge. «Deux fois, s’il vous plaît!» Sylvianne vient d’apparaître. «Je ne t’ai pas vu arriver» «Je vous ai suivis, Éloi et toi… Alors, tu t’amuses?» «Oui, c’est bien, le souper était très bon.» «C’est beau ta robe, Camille. Ça… fait très classe.» Je la remercie, nous discutons de tout et de rien en continuant à boire assidûment, elle est de plus en plus comique, et je commence à être un peu pompette, ça tombe bien. La piste de danse est maintenant pleine à craquer. Sylvianne va danser et revient chaque fois pour s’assurer que je ne m’ennuie pas, elle me prend la main, se colle un peu, c’est un vrai party de bureau, quoi! Éloi n’est toujours pas revenu, Sylvianne me propose d’aller visiter le premier salon du hall d’entrée, je la suis, amusée et curieuse. Nous entrons dans la pièce; elle referme doucement les portes et se jette sur moi (je croyais que c’était le genre d’histoires qui n’arrivaient qu’à Éloi). Sylvianne semble presque plus à l’aise que moi, j’essaie de garder une certaine retenue, pourtant je me retrouve assise sur elle, la robe relevée jusqu’aux cuisses, ses mains autour de ma taille, je l’embrasse avec envie lorsque soudainement… je sens… une autre bouche se glisser contre mon cou et d’autres mains me prendre la taille. À ce moment-là, je me retourne et pousse un cri de surprise. Là se tient devant moi Patrick, l’autre collègue de bureau!!! Je me relève sidérée, j’entends Sylvianne balbutier: «Camille, on pensait que… ça te tenterait peut-être?» Patrick, qui ne sait plus où se mettre, me dit : «Je pensais que tu… savais… que…» Je réponds, de toute évidence, très mal à l’aise et hésitante : «Non, je ne savais pas!» Et j’ajoute en regardant Suzanne : «Je ne pensais pas que Patrick était ton chum…» Patrick me répond : « Ben non, on n’est pas ensemble, c’est juste que parfois on trippe et…» Je coupe court aux explications, la situation est assez gênante ainsi. « C’est correct… je comprends… je vous laisse tripper ensemble, c’est juste que les trips à trois, c’est pas vraiment mon style… rien de personnel…» En marchant lentement vers la sortie, je leur dit : «Bon… euh… bonne fin de soirée, je vais… je vais y aller… maintenant.» Je quitte la pièce en catimini. Je cours, chambranlante sur mes talons (c’est très élégant), pour retrouver Éloi au plus vite. Il est accoudé au bar. « Hey Camille, je te cherchais, je te dois 25$, t’avais raison… mais t’étais où?» «Éloi, il faut partir, je t’expliquerai plus tard. » Pendant que nous nous dirigeons vers le vestiaire, je raconte mon aventure à Éloi qui ne peut s’empêcher de rire : « Un trip à trois avec Sylvianne et Patrick?! » « Arrête de rire, je ne me doutais de rien!» «Camille, voici la preuve que tu es tout simplement irrésistible et visiblement un peu naïve!