Frénésie nocturne

Julie Beauchamp
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Le party tire à sa fin, je commence à divaguer légèrement. Il y a une éternité que je n’ai pas dansé dans un party de maison. Laure me fait tournoyer sur moi-même et me rattrape sans l’ombre d’une hésitation, je me sens comme l’héroïne de Dirty Dancing, version lesbienne. Notre danse se termine contre le cadre de porte de la cuisine, où Laure se colle à moi lascivement. Elle m’embrasse la première, lentement, et puis… plus énergiquement, et nous nous embrassons avidement comme si une urgence physique nous soudait l’une à l’autre. Je me détache, le temps de reprendre mon souffle, et je reprends les lèvres de Laure avec la même intensité. J’entends Éric nous dire : «Tassez-vous les lesbiennes, on veut passer!» Éric nous sépare temporairement puisque nous bloquons l’entrée de sa cuisine. Nous allons nous asseoir au salon, et je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’il y a de si pressant dans ces premiers baisers… L’assouvissement d’un désir physique relève-t-il d’un manque? Qu’en est-il de l’attente de la naissance du désir? Dans le fond, est-ce que je désire Laure ou plutôt je désire la représentation que je me fais de Laure? Peut-être est-ce pour me sentir libre de Marianne ou simplement pour l’unique jeu de la séduction? Trop de questions en suspens pour le moment, j’y gâcherais moi-même mon propre plaisir. Je prends donc une pause de mon cerveau et je vais saluer Marco qui quitte avec un certain Daniel (le gars au chandail orange). Surprise! Je fais un tour d’horizon et aperçois Éloi avec Matt (le gars de la veille). Tiens, je ne l’ai jamais vu arrivé celui-là! Je fais un signe à Éloi qui me répond avec un large sourire d’impuissance. Laure s’approche, me prend la main, y dépose délicatement un baiser et me demande : «Alors Camille, est-ce que tu viens terminer la soirée chez moi?» Je lui souris allégrement et répond avec un aplomb que je ne me connais pas encore: «Oui, je veux bien, est-ce que ta coloc est là?» «Non, je suis seule ce soir, ma coloc est partie, et c’est sûr qu’elle ne rentre pas coucher; on peut donc faire tout le bruit qu’on veut…» «C’est super…c’est bien, ça tombe pile ce soir…»
Je vais rejoindre Éloi la tête dans les nuages et le corps aux aguets, prête à foncer. «Alors, ma belle Camille, tu t’amuses à ce que je vois! Tu te souviens de Matt?» Je salue Matt et me retourne vers Éloi en lui disant : «J’espère qu’il sait qu’il a affaire à un libertin en puissance!» Éloi me fait signe de me taire en plaisantant. Je continue : «Je vais prendre un verre chez Laure, je crois bien que vous aller rentrer sans moi.» «Elle t’a finalement invitée!» «Oui, comment le sais-tu?» «Hé bien, Camille, cette fille est complètement folle de toi, elle m’a parlé de toi pendant au moins une heure, m’a posé beaucoup de questions, elle est accro! Si elle veut t’attacher, dis non! Hahaha!» «Cher Éloi, n’importe quoi, elle me plaît, m’attire et… c’est tout! » J’embrasse Éloi et vais retrouver Laure qui m’attend impatiemment. Nous traversons de l’autre côté du palier et j’entre chez elle. Immédiatement, elle se jette sur moi et me plaque contre le mur, l’entrée en matière est assez intense et je fais de mon mieux pour garder mon équilibre lorsque sa main se faufile jusqu’à mon bas-ventre. Quinze minutes plus tard, nous sommes affaissées contre le mur à moitié déshabillées. Laure me serre contre elle en me disant : «Oh! Camille, c’est fou ce que tu me fais, c’est vraiment magique, tu me fais flipper, je n’ai pas vécu ça depuis des années». Je la regarde surprise et la remercie, je suis flattée, je l’embrasse doucement. Laure m’entraîne au salon pour la pause cigarette en me parlant de son appartement, sa coloc Véronique, de ses soirées de célibataire depuis les huit derniers mois (tient-elle à préciser pour la troisième fois ce soir), de son désir d’être en couple, etc...«Et toi, Camille, tu veux être en couple?» La question me prend de court, je n’y ai pas vraiment pensé depuis Marianne. En fait, je ne m’attendais pas à ça cette nuit, je réponds candidement : «Oui, oui, un jour, j’imagine que ça va m’arriver encore de vouloir être en couple.» Genre de réponse qui ne veut rien dire, je vois le visage de Laure qui s’assombrit légèrement. Du coup, je lui tends la main et elle me dit : « Viens, Camille, on va s’allonger…» Nous passons une partie de la nuit à nous embrasser, nous caresser, somme toute, à baiser. Les premières lueurs du jour se pointent dans la chambre, Laure me dit en me regardant «Tu es belle Camille, tu me renverses, je ne pensais pas rencontrer quelqu’un comme toi, je me sens tellement privilégiée, tu comprends…» J’essaie de comprendre, mais je tombe de fatigue (la nervosité du début de la nuit m’a bouffé toute mon énergie, ma première vraie baise depuis…je ne compte plus le temps) et Laure semble vouloir plonger dans une longue conversation. Je réponds par des signes de tête, des sourires, des «c’est gentil», mais le tout me paraît un peu trop excessif pour une seule nuit. Je glisse doucement un «on ne se connaît pas beaucoup… c’est spécial… mais je me sens bien avec toi.» «Oh Camille! J’ai envie de faire plein de trucs avec toi, es-tu occupée demain? » Stupéfaite, je réponds impulsivement : «Je vais dormir, je crois.» «Non, sérieusement, je me sens fébrile avec toi, je te l’ai dit nous deux, c’est magique!» Devant la magie qui ne m’a pas encore ensorcelée, je décide de m’habiller doucement, je ne vais pas réussir à dormir et je commence à voir envie de mon lit. «Laure, je vais rentrer chez moi, je me sens épuisée, et mon lit me semble la meilleure option pour le moment, tu comprends, ça ne te choque pas?» «Bon, c’est comme tu veux, Camille, on aurait pu déjeuner ensemble, mais si tu préfères partir… je te laisse aller, tu m’appelles quand tu rentres pour que je te souhaite une bonne nuit? Tu as encore mon numéro?» «Oui, on s’est échangé nos numéros il y a à peine quelques heures, je l’ai, c’est sûr.» Tout compte fait, c’est une très bonne idée de partir, j’enchaîne : «Je t’appelle plus tard d’accord, vers la fin de la journée, j’ai passé une très belle nuit.» J’embrasse Laure rapidement, elle me serre très fort en ouvrant la porte. En quittant le building, je me demande si Laure n’est pas un peu trop… rapide, lorsque mon cellulaire retentit. Je réponds: «Allo?» «Salut Camille, tu me manques déjà…