Exposition - du 12 octobre 2006 au 21 janvier 2007

L’expo Girodet

Yves Lafontaine
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Après le Louvre, le Musée des Beaux-Arts de Montréal nous fait découvrir le trajet du peintre français Girodet avec une exposition qui pourrait vous surprendre à bien des égards. On y découvre un artiste traversé par un romantisme noir, un homme en perpétuelle ébullition. Dessinateur somptueux, l’un des premiers de son siècle, Anne-Louis Girodet annonce aussi l’art pompier de la fin du XIXe siècle. S’il est peu connu maintenant, Girodet, élève de David, était une véritable star de son temps. Ses tableaux avaient du succès, beaucoup de succès. Napoléon lui-même lui passa une commande, alors que Girodet était en totale contradiction avec le style Empire préconisé par l’empereur. Il s’oppose au machisme de l’époque avec une personnalité délicate, place les figures féminines au premier plan de ses œuvres, s’interroge sur les identités sexuelles. L’ambiguïté entoure sa vie privée. Les historiens de l’art l’ont souvent qualifié d’homosexuel, parce qu’il a peint l’un des tableaux les plus homoérotiques du romantisme. Sa correspondance avec une comédienne qu’il n’épouse pas, retrouvée il y a une dizaine d’années, a beau laisser croire qu’il était un homme à femmes, plusieurs historiens de l’art et son biographe considèrent plutôt qu’il était homosexuel ou, à tout le moins, bisexuel. Pierre-Alexandre Coupin, biographe du peintre, évoquait dans Œuvres posthumes de Girodet-Trioson, peintre d’histoire l’homosexualité discrète de l’artiste qui était connue de ses amis. «Il ressentit, en effet, plusieurs affections passionnées et il les entretint avec une extrême discrétion. La grande quantité de lettres écrites à des hommes qui furent détruites le jour de sa mort, selon la demande qu’il avait faite à ses amis, prouve la place que ces affections occupaient dans son existence intérieure.» Le sommeil d’Endymion est l’une des toiles les plus célèbres de l’artiste et elle sera de l’expo. Girodet a peint ce tableau à Rome en 1791. Un jeune homme nu allongé dans la nuit sur un manteau brun et une dépouille de léopard. Il a les bras et le torse d’un homme, le sexe d’un adolescent, mais les boucles des cheveux, les ornements sont ceux d’une courtisane. Un enfant ailé — Zéphir ou Éros? — vient agiter un feuillage comme on écarte un rideau, et la lumière de la lune découvre le sommeil d’Endymion, caresse les lèvres du dormeur tandis que son sein étincelle comme si Endymion était source de sa propre lumière. La mythologie raconte qu’Endymion avait été condamné à un éternel repos pour avoir porté ses regards sur Héra. Le jeune homme semble s’abandonner dans une pose sensuelle qui place pratiquement le spectateur dans la position d’un voyeur. C’est ainsi que le peintre choisit de nous montrer le moment précis où la lune et le jeune berger sont en train de consommer leur union, pudiquement symbolisée par un brouillard luminescent. Le recours aux sujets tirés de la mythologie grecque ou romaine permettait aux peintres de contourner l’interdit social. Girodet a également réalisé de nombreux dessins pour illustrer L’Énéide, dont certains montrent des nus masculins aux fesses musclées. Il laisse transparaître dans ses tableaux et dessins une dimension homoérotique plutôt évidente, ancrée notamment dans la tradition grecque. Yves Lafontaine

Girodet, du 12 octobre 2006 au 21 janvier 2007, Musée des Beaux-arts de Montréal.