La conférence des droits humains des LGBT

Un événement historique

Denis-Daniel Boullé
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Avec plus de 1500 participants, conférenciers et auditeurs confondus, la Conférence internationale sur les droits des LGBT a dépassé les espérances des organisateurs, autant par la présence de personnalités de haut calibre que par la venue de travailleurs d’ONG, de militants ou d’autres professionnels qui sont, directement sur le terrain, confrontés aux questions LGBT. Les échanges de qualité lors des ateliers et des séances plénières, comme la richesse des rencontres, ont contribué à la constitution d’un réseau international plus formel. Comme le rappelait Martina Navritolova lors de la clôture de cette conférence, «nous devons développer la solidarité». Venus des quatre coins du monde, les participants ont pu pendant quatre jours dresser un état des lieux encore fragmentaire des problématiques locales, mais aussi comparer les stratégies mises en place pour faire avancer les droits des homosexuels de la Chine, en passant par l’Inde et le Sri Lanka, l’Amérique Latine et l’Afrique. Lors de la séance d’ouverture, le discours de Louise Harbour, haut commissaire aux Nations Unies pour les Droits de l’homme, a donné le ton. Rappelant de façon réaliste les difficultés auxquelles les Nations Unies devaient se confronter quant au respect de toutes les personnes LGBT, la haut commissaire a exhorté les participants à faire appel le plus souvent possible aux organisations internationales des droits de la personne, tout comme elle a exhorté ces dernières à prendre en considération les minorités sexuelles. Ovationnée, Louise Harbour a envoyé un message on ne peut plus clair en rappelant que «le principe de l’universalité exige que tous les êtres humains puissent jouir en tout temps de tous les droits, y compris du droit à la nourriture, à l’éducation, à des soins de santé de qualité, à une demeure, au travail». Il faut entendre par là que ce principe de base inclut les personnes LGBT, quelle que soit la perception que les États peuvent avoir de l’homosexualité.
Cette conférence témoignait bien des contrastes qui existent entre chaque pays en matière d’avancées des droits mais aussi en matière d’acceptation. «Cela a permis d’avoir un panorama général de la situation des personnes LGBT dans le monde», constatait Gloria Careaga Pérez, professeur de psychologie à l’Université Autonome de Mexico. Comme beaucoup d’autres, Mme Pérez considère que le changement des lois n’est pas suffisant et qu’il faut un véritable travail sur le terrain pour changer les mentalités. En ce sens, la lutte contre l’homophobie a fait tout de suite consensus pendant les séances plénières. Une lutte qui commence par la disparition de toutes les lois discriminatoires ou criminalisant l’homosexualité, mais aussi par des campagnes aussi bien nationales qu’internationales pour sensibiliser et éduquer les populations aux réalités LGBT. Cependant, les stratégies doivent être adaptées aux réalités particulières de chaque pays, selon la résistance des instances gouvernementales ou encore l’évolution de la population.
Même si, dans beaucoup de pays, pour les gais et les lesbiennes, le mariage semble un rêve inaccessible, il n’en demeure pas moins que le degré d’acceptation d’une société se jaugerait à sa capacité de reconnaître les unions de même sexe. Certaines interventions dans ce sens touchaient directement le Canada. Celle de Martin Cauchon revenant sur le droit au mariage sonnait comme un avertissement pour Stephen Harper qui souhaite rouvrir le débat à l’automne. Plusieurs personnalités, comme l’ancien premier ministre de la République Tchèque, Vladimir Spilda, et aujourd’hui commissaire à l’emploi, aux affaires sociales et à l’égalité des chances à la Commission européenne de Bruxelles, Edwin Cameron, juge d’appel à la Cour suprême d’appel d’Afrique du Sud, ou encore Waheed Alli, membre de la Chambre des Lords du Royaume-Uni, s’entendaient pour reconnaître le mariage comme un droit légitime pour les personnes LGBT. Impossible de parler de nos droits sans parler du sida et du droit à la protection, à la non-discrimination et aux soins des séropositifs. Et si les cas de discrimination les plus flagrants touchent l’Afrique, ils se retrouvent aussi en Amérique latine, en Inde, en Chine et même dans les pays occidentaux. Plusieurs intervenants séropositifs, comme le juge Edwin Cameron, seule personnalité publique en Afrique du Sud à avoir parlé de sa séropositivité, ou encore Jean-Luc Roméro, élu français séropositif, qui a fait reconnaître le sida en France comme grande cause nationale, ont démontré que les combats des personnes LGBT et ceux contre le sida étaient liés. Après tout, il s’agit toujours d’offrir la sécurité, les soins et la protection à tout être humain. D’ailleurs, à l’exemple des gais et des lesbiennes dans d’autres pays qui ont intégré des organisations sociales plus larges, il devient nécessaire que les dossiers concernant les LGBT soient portés par tous. En étant partie intégrante de toutes les couches sociales, ethniques, religieuses et professionnelles, les gais ont une vie traversée par d’autres enjeux et ils devraient être plus présents dans tous les dossiers touchant nos sociétés. Un souhait répété lors du discours de clôture par la juge retraitée de la Cour suprême du Canada, Claire L’Heureux-Dubé.
Pour de nombreux participants, l’engagement ferme de bon nombre de conférenciers, toutes orientations sexuelles confondues, à vouloir œuvrer aussi bien sur la scène régionale qu’internationale pour faire reculer l’homophobie et voir disparaître toute loi discriminante ou condamnant l’homosexualité les a réjouis. Instrument de référence, outil de travail, plan de travail, la Déclaration de Montréal, adoptée par ovation lors de la dernière séance plénière, jette les bases des changements essentiels que toute société devrait effectuer pour reconnaître et protéger les minorités sexuelles. En ce sens, la Déclaration reprend les enjeux et les défis qui ont traversé tous les débats de la Conférence. L’arrondissement Ville-Marie adoptait, le lundi suivant la conférence, ce document historique pour nos communautés. Espérons que d’autres institutions publiques et privées la ratifieront dans les prochains mois.