Festival INTERNATIONAL MONTRÉAL EN ARTS - du 29 juin au 2 juillet

Quand l’art vient à notre rencontre

Michel Joanny-Furtin
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La 7e édition du Festival international Montréal en Arts (FIMA) se déroule, cette année encore, en plein cœur du quartier gai de Montréal et est l’occasion de découvrir plus de 150 créateurs d’Amérique et d’Europe. Le long week-end de la fête du Canada, du 29 juin au 2 juillet, l’art s’expose donc en plein air sur la rue Sainte-Catherine. Rencontre avec quatre artistes qui sont du rendez-vous cette année. La photographie intérieure de Dita Kubin
Si certains considèrent leur art comme un manifeste symbolique, culturel ou socio-politique, d'autres artistes préfèrent simplement témoigner de leur temps ou de leur environnement, sans fioritures. Dita Kubin est de ceux-là. Avec l'intériorité tranquille en plus. Une photographe intuitive et affective. «Je photographie souvent les gens avec qui j'ai une relation préalable à la photo», explique l'artiste anglophone avec cet accent touchant et dans un français courageux. «Il faut qu'il y ait une connexion entre mon sujet et moi, “a quiet place for...”. En fait, c'est comme une collaboration entre mon appareil et ce qu'il capte. Je ne recherche pas absolument une expression, mais plutôt un instant entre deux êtres, le sujet et moi. » Quand on visite son site (www.ditakubin.com), on comprend mieux comment Dita Kubin repère ces petits moments invisibles, qui en disent un peu plus que ce qu'ils montrent. Ses portraits d'enfants et d'animaux trahissent cette qualité de tendresse. Dita sait accrocher sur la pellicule cette joie du bonheur simple qui transparaît sur les visages ou dans un regard. «J'aime photographier le calme et l'apaisement des gens, comme ceux du dormeur pendant sa sieste...», explique celle qui ne s'est pourtant mise que récemment à la photographie. « J'avais suivi un petit cours vers l'âge de 15 ans. Puis, je n'ai rien touché pendant trois ans. Vers 18 ans, je m'y suis remise peu à peu, en cherchant un médium pour dire mes sensibilités. » Celle de son cœur aura su faire réagir celle de sa pellicule. Dita Kubin travaille en deux étapes. D’abord, la prise de photo est faite sur le support classique de la bonne vieille pellicule argentique. « Puis, je scanne mes négatifs, et tout le travail de développement se fait en numérique », explique Dita, qui, en passant, recherche une galerie intéressée à exposer ses photographies. En attendant, elle proposera ses oeuvres originales et quelques produits « dérivés » (cartes, plaquettes aimantées, etc.) lors du FIMA.

Francis Auclair ou l’érotisme sacré
«Peindre à hauteur d’homme» est l’idée centrale de l’œuvre de Francis Auclair. Pour remettre l’échelle des sens au coeur du sacré... Après une observation quasi tribale et sensuelle des êtres humains telle qu’on a pu la découvrir dans ses œuvres précédentes, Francis Auclair poursuit cette démarche en replaçant la fragilité humaine dans la charge érotique du sacré comme le démontrent les christs en croix qu’il présentera durant le FIMA. Si traverser la douleur sans périr demande un effort «surhumain», que certains nomment «transcendental», Francis Auclair propose aussi de joindre à l’esprit transcendé ce corps humain pétri autant de douleurs que de désirs, de le faire passer de l’autre côté, de légitimer le sensuel dans le spirituel... «L’art figuratif a pour objectif de situer l’homme dans son temps et ses lieux, explique Francis Auclair. Émotivité, expression, luminosité, le tout peint grandeur nature.» À partir de photos où il met des modèles en situation de modèles, Francis Auclair démontre que la sensualité, ainsi vue sous toutes les facettes et tous les angles, est indissociable du corps. Œuvre universelle s’il en est, celle de Francis Auclair témoigne ainsi sans cesse de la nature même de l’homme et de son rapport à l’autre. On trouve ses toiles à Paris, Séoul, Houston, Montréal, Toronto.

François Gougeon ou le pinceau comme porte-voix
François Gougeon veut «écouter cette petite voix intérieure dont le pinceau devient la caisse de résonnance». Sa peinture est un moyen d’aller au-delà de la perception usuelle de la réalité. Songeuses ou enthousiastes, certaines toiles de François Gougeon dissimulent donc, entre le bleu et le brun, l’ocre et le rouge, les paradoxes des sentiments. «Je connais, en commençant un tableau, le sentiment, la sensation que je veux exprimer. Je défais, je corrige et je refais jusqu’à parvenir à une forme qui reflète ma sensation, mais pas forcément ma vision de départ. Le hasard, l’invention, la suggestion sont ma démarche de peintre», explique-t-il. Plus inspiré par les grands formats, François fait peu de croquis, sauf pour les séries. Il travaille sur une idée de départ qui le guide ensuite comme un processus exploratoire : «Un tableau fini, c’est la fin d’une exploration. La toile suivante, je repars à zéro.» Pour François Gougeon, la peinture est donc davantage un véhicule pour affirmer une dimension inexploitée chez lui, «une sorte de quête de ce qui peut être perçu derrière et au-delà de la peinture». Passionné par cet art dès l’enfance, François Gougeon s’y consacre depuis quelqeus années «afin de redonner littéralement une voix aux couleurs». Et comme on parfait sa connaissance d’une langue étrangère, il travaille encore à maîtriser la grammaire et la syntaxe de la peinture. Bien qu’il s’agisse de rhétorique picturale, il faudrait toutefois parler de ses séries sous l’angle musical. En effet, à l’image d’un compositeur écrivant une suite de variations, les séries de François Gougeon partent d’un préalable, une œuvre «maîtresse» qui inspire, délimite ou extrapole les suivantes « pour voir les couleurs se livrer, entre elles, à de nouveaux jeux».

François Gougeon expose désormais en permanence à la galerie Des Mondes et Merveilles, 1642, rue Notre-Dame Ouest, à Montréal
T 514-933-6402 et sur son site www.francois-gougeon.com.


Le labo pictural de Marie-Danielle Leblanc
«Parce que j’aime l’imprévu, je travaille mes toiles par couches successives et complètes sur toute la surface!» raconte Marie-Danielle Leblanc. «Je fais quelques tests de matières, de couleurs, de variations à côté. Puis j’investis la toile dans son ensemble en jouant sur les transparences, la réactions des matériaux, le voisinage des couleurs... et j’essuie quelquefois, j’efface et je recommence... J’aime expérimenter des matières variées, acrylique : huile, goudron, encre de chine et encaustique. Mon atelier ressemble plus à un petit laboratoire où j’explore, explique Marie-Danielle Leblanc. Ainsi, par le jeu des accumulations, la composition de l’image dévoile tranquillement la mémoire de l’œuvre. » Son travail s’oriente en ce moment vers la résine qui lui offre une autre approche des couleurs et de leurs textures. Afin de mieux appréhender l’évolution de son parcours, Marie-Danielle Leblanc présentera au FIMA quelques œuvres anciennes, et surtout de nouvelles créations et des petits formats, des œuvres inspirées par l’enfance, les voyages, mais aussi la poésie et... la philosophie! «Ma démarche artistique est un peu une quête spirituelle où l’esthétique est seulement un moyen.» Les paysages y seront toujours présents parce que, comme elle l’explique, «ils m’amènent à peindre. Ils sont apaisants et offrent des possibilités illimitées. Comme l’écrivait Paul Verlaine, votre âme est un paysage choisi...». Ce vers était d’ailleurs le titre de sa récente expo à la galerie Balliz ce mois-ci. À Montréal depuis 1990, Marie-Danielle a réalisé plus de 600 œuvres au moyen de techniques variées (peinture, sérigraphie, numérique, photo) et plus d’une douzaine d’expositions solos. Alors qu’elle avait participé sans grande conviction au FIMA 2005, elle y a pourtant reçu le premier prix. www.mdleblanc.com

Infos : www.festivaldesarts.org EXPOSITIONS EXTÉRIEURES (du 29 juin au 2 juillet) L’art en plein air - rue Sainte-Catherine, jeudi, vendredi, samedi, de 11h a 20h30, dimanche, de 11h à 19h / FRACTIONS - dans le Parc Amherst ,jeudi, vendredi, samedi, de 11h à 20h30, dimanche, de 11h à 19h / EXPOSITIONS INTÉRIEURES (du 14 juin au 5 août) FRACTIONS : Galerie Dentaire, 1239, rue Amherst www.galeriedentaire.com (14 juin au 8 juillet) ; Écomusée du Fier Monde, 2050, rue Amherst www.ecomusee.qc.ca ; Galerie Cru, 1709, rue Amherst www.cruespacegalerie.comg / Le H d'happening - vendredi 30 juin, Métro Lounge, 1285, rue Amherst www.parkingbar.com