Études universitaires sur les Aînés gais

Faut-il rentrer dans le placard?

André-Constantin Passiour
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Une récente étude de l’École de service social de McGill démontre que la discrimination envers les aînés gais et lesbiennes est bien réelle. Cette recherche, qui a duré quatre ans, atteste de l’inaptitude du système de santé et des services sociaux à vraiment prendre en compte les besoins des gais et lesbiennes âgés qui, souvent après avoir passé par plusieurs étapes douloureuses de coming-out, doivent presque à nouveau taire leur orientation. Certaines personnes interrogées ont même dû faire face à des gens qui voulaient les ramener sur le droit chemin grâce à la religion. Une réalité pas très rose pour ces aînés. Menée à Vancouver, Halifax et Montréal, cette enquête a rejoint 90 personnes âgées entre 57 et 86 ans. Elles sont souvent victimes de discrimination de la part d’intervenants en santé et services sociaux qui connaissent mal la réalité gaie et lesbienne et qui manquent «d’éducation et de conscientisation envers un phénomène marginalisé et méconnu». Ce sont les professeurs Bill Ryan et Shari Brotman qui ont été les principaux chercheurs de cette enquête. Clairement, les intervenants ne sont pas outillés pour soigner ces aînés. «En l’absence de formation formelle ou d’un ensemble de règles [guidant] les organisations de services, cela laisse la porte grande ouverte à l’ignorance et aux préjugés des intervenants», a indiqué Mme Brotman.
Certaines des personnes interrogées avaient été arrêtées plusieurs fois avant la Loi omnibus de 1969 décriminalisant l’homosexualité (loi promulguée par Pierre Elliott Trudeau à l’époque).
On note l’isolement de ces personnes, surtout lorsqu’elles vivent dans des foyers. «L’isolement qu’elles vivent dans les centres d’accueil est semblable à celui vécu par les jeunes à l’école, a dit Bill Ryan en conférence de presse, le 14 mars dernier. On a vu des résidants de foyers pour personnes âgées entrer avec une bible dans la chambre d’un locataire homosexuel pour le convertir», a rajouté M. Ryan. Dans un autre cas, une participante à l’étude, alors qu’elle a été admise aux soins intensifs, n’a pas pu voir sa conjointe parce qu’elle n’a pas été considérée comme un membre de sa famille par le centre hospitalier. Ce ne sont là que quelques exemples d’événements malheureux vécus par les aînés gais.
Également, la militante et vidéaste bien connue Diane Heffernan, du Réseau des lesbiennes du Québec, a effectué une tournée dans une cinquantaine de foyers pour personnes âgées. Elle y a constaté que la «quasi-totalité des femmes interrogées, même si elles s’affichent avec une «amie», n’avoueront jamais être homosexuelles».
«Le rapport venant de paraître sur les besoins des aînés gais et lesbiennes en matière de services sociaux et de santé […] est encore un exemple de la façon lamentable dont le système de santé canadien traite les besoins des Canadiens et Canadiennes gais, lesbiennes, bisexuel-les et transgenres (GLBT) », a souligné, pour sa part, Gens Hellquist, directeur exécutif de la Coalition santé arc-en-ciel Canada (CSAC), un organisme qui fait pression sur les gouvernements pour l’amélioration des soins de santé pour les gais et lesbiennes.
Manifestement, l’analyse des professeurs Brotman, Ryan et de leur équipe prouve l’incapacité des divers systèmes de santé à travers le pays de fournir des services adéquats qui respectent l’orientation des gens. L’éducation et l’information doivent donc se faire à plusieurs niveaux, autant du côté du personnel médical que chez les intervenants des services sociaux, de même qu’auprès des responsables de maisons d’accueil et autres fournisseurs de services pour les personnes âgées GLBT. Une enquête précédente de la CSAC auprès de diverses institutions prouvait le manque flagrant de formation des médecins, du personnel infirmier et des travailleurs sociaux en matière de soins aux gais et lesbiennes. Selon M. Hellquist, « on constate que les établissements ayant des programmes qui offrent un contenu spécifique sur la santé des personnes LGBT sont peu nombreux, et plusieurs des établissements ciblés pour l’étude ont refusé de répondre aux questions. […] Il n’est pas étonnant que les intervenants et intervenantes du milieu de la santé aient de la difficulté à répondre adéquatement aux besoins des personnes LGBT en matière de santé puisque, lors de leurs études, on ne les a pas formés pour répondre aux besoins de cette population.»
«Plusieurs personnes âgées au Canada, alors qu’elles vieillissent, ont indiqué aux chercheurs qu’elles voudraient déménager à Montréal en raison de sa plus grande ouverture », a rapporté pour sa part Advocate.com, qui a relayé l’étude canadienne auprès de la communauté gaie américaine.
À plusieurs reprises dans le passé, le président de Gai Écoute et de la Fondation Émergence, Laurent McCutcheon, a souligné la nécessité de la sensibilisation auprès de la population et des fournisseurs de services à l’endroit des personnes âgées GLBT. «J’ai vécu ouvertement toute ma vie, est-ce que je dois à nouveau rentrer dans le placard lorsque j’irai vivre dans une maison de retraités?» a-t-il lancé plusieurs fois. L’enquête des professeurs Brotman et Ryan reflète donc, malheureusement, les appréhensions de plusieurs.