Sydney

Le Nouveau Mardi Gras de Sydney

Éric Bergeron
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Après avoir connu la faillite il y a quelques années à la suite d’une gestion douteuse, c’est que le Nouveau Mardi Gras (NMG) de Sydney, c’est le moins qu’on puisses dire, constitue un rendez-vous à ne pas manquer et à mettre à votre agenda pour les prochaines années. Cette célébration de la diversité et des revendications des droits des gais, lesbiennes, transsexuels et bisexuels a lieu chaque année depuis maintenant près de 20 ans. S’étirant sur une période d’un mois, de février à mars, ce festival de la culture gaie comprend des volets culturels comme le cinéma, le théâtre, l’opéra, différentes expositions et, bien entendu, les partys et, point culminant de l’événement, l’extravagante parade de nuit. En entrevue, le président du NMG, Marcus Bourget, dont le grand-père était originaire de Montréal, a déclaré que l’implication des bénévoles et leur passion de la réussite étaient la clé du succès du festival. Ce sont de pareils événements qui sensibilisent la population et leur font comprendre la réalité gaie. Avec émotion, Marcus disait : « Il y a dix ans, j’ai dit à mes parents que j’étais gai. Il y a deux mois, mon père m’a demandé pour la première fois si j’avais un copain.»
Si la ville de Sydney s’implique au niveau des infrastructures et des services publics, aucune aide des gouvernements supérieurs n’est accordée à cet événement majeur qui attire des milliers de visiteurs en Australie et occasionne des retombées économiques de l’ordre de millions de dollars. Bien que les bars et clubs de la rue Oxford profitent énormément des retombées de l’événement, leur contribution économique reste marginale. Cependant, selon M. Bourget, l’argent ne doit pas être le seul moteur de pareils événements et ne doit surtout pas faire perdre les valeurs principales de la communauté gaie au profit d’une seule organisation. Des commanditaires d’envergure se sont d’ailleurs joints à l’organisation cette année.
L’Australie a longtemps été un chef de fil pour l’avancement des droits des gais et lesbiennes dans le monde, mais l’élection d’un gouvernement conservateur dirigé par John Howard depuis 10 ans a fait reculer la cause des GLBT dans ce pays. La parade de cette année lançait un message clair aux politiciens sur l’importance d’accorder aux GLBT les mêmes droits qu’à tous les citoyens et prouve une fois de plus que les droits que nous croyons acquis sont toujours menacés par des individus homophobes et non sympathiques à notre cause. Les conjoints de même sexe n’ont aucune reconnaissance en Australie et le gouvernement refuse de reconnaître les unions contractées dans d’autres pays plus ouverts, comme le Canada. Pour être venu à Sydney à plusieurs reprises, je peux affirmer que cette ville n’a rien perdu du charme qui en fait une destination de rêve et un lieu où je pourrais facilement vivre. La beauté de l’Opera House et ses alentours, dont le jardin botanique, font de cet endroit au bord de la baie de Sydney, sous le Harbour Bridge, l’un des plus beaux et romantiques au monde.
C’est d’ailleurs au bord de cette baie, sur les terrains du jardin botanique situé au pied du centre-ville et face à l’Opera House qu’avait lieu le premier party majeur du NMG, le AZURE.
La présence de beaux garçons prêts à la fête, les bateaux tout autour, une musique entraînante et des éclairages éblouissants complétaient la liste des ingrédients pour faire de ce party un succès assuré. Seul ombre incontrôlable au tableau : la pluie qui a quelque peu assombri le paysage des danseurs étourdis. Si une petite averse ajoute à la grâce d’un tel événement, les éclairs et les orages lui font prendre une autre tournure.
Durant la semaine qui suivait ce party, la majorité des touristes sont arrivés en ville. Chaque jour, la présence gaie se faisait voir plus explicitement. Le festival continuait à nous offrir son programme varié et la ville vibrait d’une énergie nouvelle. Les couleurs du NMG étaient affichées partout sur les poteaux de la ville et battaient au rythme du vent, comme le cœur des participants au rythme des sensations qu’ils anticipaient.
La parade de nuit du dernier week-end constitue toujours un moment très attendu du NMG. Cette année, sa représentante honorifique était nulle autre que Mme Deborah Cheetham, soprano de renommée internationale qui avait d’ailleurs chanté à la cérémonie d’ouverture de Jeux olympiques de Sydney en 2000. Aborigène d’origine et lesbienne, cette femme remarquable mène un double combat pour l’obtention de droits égaux.
Mais une parade de nuit doit faire du bruit et doit être vue. Avec plus de 120 chars et groupes communautaires, 6000 participants, 1400 bénévoles affectés au parcours, de l’éclairage et de la musique entraînante sur toute sa longueur, le succès était assuré. Haute en couleur et en énergie pour revendiquer les droits de la communauté qu’elle représente sous le thème I Believe , les différents messages ont sûrement eu leur écho jusqu’à Canberra, capitale de l’Australie. On estime d’ailleurs à un demi-million de personnes la foule qui a assisté au défilé.
Mais la fête ne s’arrêtait pas là. Après la parade, plus de 16 000 personnes se sont dirigées vers les studios Fox pour un mégaparty de nuit. Dans cette enceinte, on trouvait quatre différentes salles offrant des styles de musique spécifiques où chacun trouvait ce qu’il cherchait. Jimmy Sommerville était l’artiste invité cette année et DJ Brett Henrichsen de Los Angeles comptait parmi les nombreux DJ qui se sont succédé pour assurer du bon temps aux danseurs insatiables.
À la fin de cette nuit, certains choisissaient de dormir, d’autres d’envahir les bars et discothèques de la rue Oxford, car ici rien ne ferme et on boit et vend de l’alcool en tout temps. D’autres encore ont choisi le dernier party officiel du NMG nommé le Toybox, qui se tenait dans le parc d’attractions Luna Park, situé juste de l’autre côté du Harbour Bridge. Jamais je n’aurai vu autant de lasers dans une salle et, même si le party a été un succès, j’étais bien déçu de voir qu’il se tenait à l’intérieur.
Finalement, je n’ai que de bons mots pour cette organisation bénévole qui a réussi à donner du bon temps à autant de personnes tout en faisant avancer les revendications du droit à l’égalité des gais, lesbiennes, bisexuels et transsexuels.