Résultat des élections fédérales pas très encourageant

Gilles Marchildon
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Comme je vous l’avais promis dans ma dernière chronique, voici ma perspective sur le résultat des récentes élections fédérales. Contrairement à plusieurs politiciens et politiciennes, je vais tenir ma promesse! Tout comme bon nombre de personnes (et de sondages!) nous l’annonçaient, la scène politique fédérale a subi un changement. Le Parti conservateur ayant remporté le plus grand nombre de sièges à la Chambre des communes, il forme désormais le gouvernement. Stephen Harper, son chef, est notre nouveau premier ministre. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les personnes LGBT. Avec la nomination de monsieur Vic Toews du Manitoba comme nouveau ministre de la Justice, ça va de mal en pis! Je m’explique. Tout d’abord, je n’ai rien contre les personnes du Manitoba, ayant moi-même passé plus de sept années très agréables à Winnipeg. Ensuite, je n’ai rien contre les mennonites comme monsieur Toews (prononcer « thé-z »). En fait, j’en ai marié un! Il faut dire que les mennonites sont beaucoup plus charmants après avoir renié leurs pratiques religieuses conservatrices.
Le problème principal que pose notre nouveau ministre de la Justice, c’est que ses croyances religieuses le guident beaucoup dans l’exécution de ses fonctions.
L’encre n’était même pas sèche sur son serment d’allégeance (à Dieu, bien sûr!) que le ministre annonçait une de ses priorités : augmenter l’âge de consentement pour les rapports sexuels (présentement à 14 ans).
M. Toews s’est également engagé à plus de sévérité à l’égard des jeunes qui brisent la loi. Il s’oppose également au droit des femmes de choisir quant à l’avortement. Il a dit, par le passé, que les personnes lesbiennes et gaies ne sont pas protégées par les dispositions d’égalité de la Charte.
À l’époque du débat sur le projet de loi de Svend Robinson pour ajouter l’orientation sexuelle comme motif protégé contre les propos haineux, M. Toews a déclaré que les personnes homosexuelles ne devraient pas être protégées contre les propos haineux.
Quant au droit égal au mariage pour les conjoints de même sexe, M. Toews s’y oppose de façon farouche! De plus, il trouverait acceptable d’utiliser la clause dérogatoire pour retirer notre droit égal au mariage. Pas du tout rassurant. Le fait que M. Harper l’ait choisi comme ministre n’est pas rassurant non plus.
On peut toujours espérer. Peut-être que maintenant que M. Toews occupe un poste de pouvoir, et donc de responsabilités, il va se transformer en défenseur des droits de la personne et de la Charte canadienne des droits et libertés.
Au fait, alors qu’il était sur les bancs de l’opposition, M. Toews a rappelé au ministre de la Justice de l’époque, Martin Cauchon, qu’« à titre de procureur général, le ministre de la Justice n'a pas de responsabilité envers le gouvernement. Sa responsabilité est d'assurer la primauté du droit... » (Hansard, le 16 septembre 2003)
Qu’est-ce que ça veut dire assurer « la primauté du droit »?
Maître Julius Grey, avocat bien connu de Montréal qui a défendu plusieurs causes portant sur les droits de la personne, nous le dit clairement : « Selon la primauté du droit, ce sont les tribunaux qui interprètent notre Constitution.» Grey ajoute : « Le ministre de la Justice est la personne au gouvernement qui, normalement, s’assure que tout projet de loi soit conforme à la Charte canadienne des droits et libertés, selon l’interprétation des tribunaux, et que la tradition d’égalité et de justice se poursuive.»
Il revient donc à M. Toews de « protéger nos foyers et nos droits » pour emprunter les paroles de l’hymne national du Canada. Compte tenu de son passé, autant dans ses propos que dans ses gestes, il y a de quoi être très inquiets à l’égard de M. Toews.
Sur la question du droit égal au mariage, je suis convaincu que M. Harper va vouloir à tout le moins que son ministre dépose une motion pour rouvrir le débat. C'est une promesse électorale facile à tenir et qui ne lui coûterait pas cher. Même s’il perd, M. Harper pourra dire qu’il a tenu sa promesse d'au moins donner la chance de revenir sur la question. Les membres de la droite religieuse au sein de son parti ne seront peut-être pas satisfaits mais, à tout le moins, il faudra qu’ils se taisent. Harper pourra alors cocher la case d'une autre promesse tenue. Ensuite, il laissera la question derrière lui dans l'écume politique pour foncer sur des cibles qui l'intéressent davantage.
Compte tenu du statut minoritaire des conservateurs de M. Harper, leur marge de manoeuvre sera plus étroite. Or, aucun parti ne veut une autre élection dans un avenir proche. De plus, l’administration conservatrice peut faire beaucoup sans présenter de projets de loi au Parlement, notamment au niveau des relations internationales. Le Canada risque de ne plus jouer son rôle de champion global des droits des personnes LGBT. Nous devrons donc demeurer très, très vigilants.


Gilles Marchildon est le directeur général d’Égale Canada, un organisme sans but lucratif qui fait la promotion de la justice et de l’égalité pour les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées, ainsi que leurs familles, partout au Canada. www.egale.ca.