Souvenirs de vacances...

Don’t cry for me Argentina : Evita Lamotte

Mado Lamotte
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Pendant que ma chum Louise est partie courir les buissons, mon Ipod crache à fond les tympans le dernier CD de Mary J Blidge. Entre deux attaques de sable, je maudis le vent qui pousse les nuages devant l’astre couchant. D’une gorgée d’eau de la Sierra de Minas, je rince ma bouche asséchée par le joint acheté à un jeune pouilleux sur la plage naturiste de Chihuahua. Un objet poilu non identifié s’approche de moi : «Non, yo no tengo fuego, pis enlève ton chorizo de devant ma face si tu veux pas qu’il finisse ses jours dans un pain à hot-dog!» Autour de moi c’est le festival du cornet à deux boules et de la banana split. Une baleine, deux baleines, trois baleines sautent à la mer. La vague les ramène au rivage. Crabes et coquillages les saluent au passage. La craque à l’air, le toton pendant, elles exposent fièrement leur cellulite aux quatre vents. Mais veux-tu ben me dire cossé chu venue faire icitte sur une plage de tout- nus en Uruguay, bout de viarge! Moé qui a de la misère à me regarder toute nue quand j’prends ma douche! Ben oui, je suis encore en voyage, n’en déplaise à ceux qui passent l’hiver au salon de bronzage pour se faire accroire que le soleil en canne, ça change le mal de place. Désolé, mes tout-p’tits, mais moi, ça me prend plus qu’une démarcation de costume de bain pour passer à travers l’hiver. Et quoi de mieux que le brûlant soleil de l’Amérique du Sud pour refaire le plein de vitamine C et de rayons UV. Deux semaines magnifiques en Argentine avec un p’tit saut du côté de l’Uruguay, c’est tout ce dont j’ai eu besoin pour recharger mes batteries et remplir ma tête de souvenirs inoubliables. Tout d’abord, ne va pas à l’autre bout du monde qui veut. Il vous faudra beaucoup de patience et environ 15 heures d’avion, escale comprise, pour effectuer le voyage jusqu’à Buenos Aires. Mais croyez-en mon expérience de grande voyageuse, le mal de tête et les oreilles bouchées à l’atterrissage valent pas mal plus que tous les surévalués Puerto Vallarta et Varadeiro de ce monde.
C’est donc par un splendide jeudi après-midi de fin janvier chauffé par un soleil de plomb que je débarque en plein centre de la célèbre ville du tango, où je participe à ma première marche pacifiste des Madres de la Plaza de Mayo sur la place en face de la Casa Rosada, le fameux palais présidentiel où, juchée du haut de son balcon, Evita a prononcé de nombreux discours devant des dizaines de milliers de pasionarias argentinas. Au son du Viva la Liberacion , le coup d’envoi était donné pour ce qui allait devenir un voyage culturel et passionnel, truffé d’histoire, de richesses architecturales et de rencontres exceptionnelles.
Moins d’une heure passée en sol argentin et j’étais déjà sous le charme de Buenos Aires et de la joie de vivre de ses habitants. J’empoigne ma chum Louise par la sacoche et, en moins de temps que ça prend à Obélix pour engloutir un sanglier, on part à la découverte des rues de la capitale argentine. Ah! mes enfants chéris, comment vous décrire tout ce qui défile sous nos yeux bouffis par le décalage? Buenos Aires, c’est un mélange harmonieux de plusieurs tendances et influences espagnoles, portugaises et italiennes enrichi d’art typiquement argentin, comme les fresques artisanales qui ornent les murs du quartier La Boca et les fioritures qui garnissent les somptueuses cryptes du « Cementerio de la Recoleta ». Si on m’avait dit que je passerais des heures à me pâmer dans un cimetière, moi qui ne peux supporter la vue d’un mort dans une tombe, je l’aurais pas plus cru que je crois Wayne Gretzky quand il dit ne pas avoir été au courant des paris illégaux de sa femme. Deux coups de soleil et des dizaines d’ampoules sous les pieds plus tard, on regagnait notre charmant gîte de la tapette en plein cœur de San Telmo, le quartier des antiquaires et des plus bandants spécimens d’hommes de Buenos Aires. Sous les bons soins du beau Javier, qui ne manqua pas une occasion pendant la semaine que j’ai passée au « Lugar Gay » de me faire savoir que je ne quitterais pas la ville sans avoir croqué de son chorizo, nous avons trinqué au vin rouge et au vin blanc sur la terrasse de notre hôtel avant d’aller savourer notre premier vrai steak argentin, dont on nous avait dit tant de bien, mais que l’incrédule végétarienne que je fus jadis refusa de croire jusqu’à ce que la première bouchée de ce délice royal se retrouve coincée entre ma langue et mon palais. Après avoir réclamé toujours plus de mousse sur son café, Louise, qui n’a pas l’habitude de souper à la tombée de la nuit, m’a entraînée dans le confort douillet de nos petits lits simples où nous nous sommes endormies au son de la guitare et de la flûte de pan qui nous provenait de la Plaza Dorrego, le rendez-vous des amoureux, des vendeurs de pacotilles, des insomniaques et des licheux de crème en glace. Une bonne nuit de sommeil et un excellent « cafe con leche » nous ont remis su’l piton et nous étions fraîches et disposes pour la suite de nos aventures au pays du tango.
Pour résumer les jours suivants de notre périple, se sont succédé balade exténuante dans le quartier Palermo, visite éducative au musée Évita, halte reposante à nourrir les poissons rouges géants au Jardin Japones, un autre sandwich chorizo ( on ne s’en lasse pas ) dans une parilla de la calle Florida, la rue piétonnière et principale artère commerciale de Buenos Aires, magasinage compulsif aux magistrales Galerias Pacifico et au Mercado de Abasto, où il est possible de faire un tour de grande roue et de manger dans un McDonald kasher, une visite guidée manquée au majestueux Teatro Colon parce qu’il faut réserver au moins 24 heures à l’avance et que nous étions sur le mode improvisation, une photo en face de l’imposant obélisque sur la Plaza de la Republica, une agréable visite des nombreux chefs-d’œuvre impressionnistes au Museo Nacional de Bellas Artes, une discussion enflammée avec une grand-maman au marché de San Telmo, une photo en face de l’imposante Floralis Generica, une fleur métallique de 20 mètres de diamètre qui se ferme au coucher du soleil et qui s’illumine la nuit, une sixième paire de gougounes brésiliennes achetées dans une boutique de l’avenue Santa Fe, un cours de tango sur la terrasse de notre hôtel et le meilleur steak de toute ma vie au restaurant Abril où nous sommes retournées deux fois tellement les serveuses étaient gentilles et le vin à 2 dollars la coupe excellent. Mais là, je sens que vous ne vous êtes pas rendus jusqu’ici dans la lecture de mon voyage extraordinaire pour que je vous fasse l’étalage de mes moindres faits et gestes sans vous parler de ce qui vous intéresse davantage, c'est-à-dire le sexe, l’alcool et le party! Laissez-moi vous dire une chose, mes tout-p’tits : tout ce que vous avez entendu sur la beauté des hommes, l’alcool à prix ridicule et le sens de la fête des argentins est encore plus vrai que tout ce que vous n’avez pas entendu sur l’incroyable beauté des hommes tout droit sortis d’un calendrier des Dieux du Stade, sur la quantité d’alcool qu’il est possible d’ingurgiter dans une même soirée pour moins de 20 dollars et sur le sens du party extrême des Argentins pour qui «the sky is never the limit»! Moi qui pensais être la reine de tous les excès, j’peux tu vous dire que j’ai pogné mon air bête quand je fus la première à quitter le club à 9 heures du matin pour aller vomir sur le quai de la station de métro San Juan les rhum and coke, les Chaipirhana (un drink brésilien assez fort pour assommer un taureau) et autres dizaines de cochonneries faites à base d’alcool frelaté que j’ai bues ce soir là au club Amerika, la Mecque gaie de Buenos Aires. Alors que ma chum Louise s’en donnait à cœur joie dans le backroom et après des heures de délires à danser la lambada pas de brassière, les bras dans les airs et les deux pieds dans la crème fouettée (on est tombé sur une soirée mousse mais ce qui s’échappait des tuyaux au plafond ressemblait plus à un renvoi de laveuse qu’à du Mister Bubble) j’ai dû abandonner mon Che Gueverra chilien ( ben oui la folle vient jusqu’en Argentine pour rencontrer des Argentins et elle passe la nuit à frencher avec un Chilien ) en maudissant tous les dieux de l’Olympe de m’avoir donné un foie de souris même pas capable de supporter quelques maigres 40 onces d’alcool! Pas besoin de vous dire que je me suis reprise dans les toilettes du Cain à Montevideo avec Martin, un p’tit Uruguayen aux yeux d’un bleu pénétrant qui m’a dragué en anglais, parlé en anglais et sucé en espagnol! Ah! mes enfants, je comprends pourquoi on dit que les voyages forment la jeunesse. Si je vous disais qu’encore une fois, j’ai fait un des plus beaux voyages de ma vie, me croiriez-vous? Au rythme où ça va, mon cabaret est mieux de continuer de marcher à fond de train pendant les 25 prochaines années si je veux être capable de me payer un appartement dans chacune des villes qui m’ont fait tripper au cours de mes voyages sur notre belle planète que j’me lasse donc pas d’explorer. Voyage, voyage, plus loin que la nuit et le jour…