Allons donc!

Francis Lagacé
Commentaires
Les relations entre Français et Anglais sont tissés de liens nombreux et inextricables nourris par l’attraction que par la répulsion. Les invasions successives de part et d’autre, les influences linguistiques et culturelles, tout permet de susciter des comparaisons et des confrontations. Une récente visite à London (vous reconnaissez mon titre? Ah, subtils lecteurs!) m’a encore une fois confirmé cette différence de personnalité tout en me permettant de cerner des nuances qu’il ne faut pas négliger. La réaction au bouchon
Les Français et les Québécois sont très réfractaires au bouchon de métal dévissable. Les Anglais et les Canadiens, au contraire, y sont beaucoup plus favorables. Et je vais vous faire frémir en vous disant que ce sont ces derniers qui ont raison. À moins d’avoir affaire à un grand vin, il n’y a pas de motif sérieux de rester attaché au bouchon de liège, qui risque de faire contracter ces vilains goûts de bois de bouchon (le goût du liège) ou de moisi (quand le liège est malade). On devrait insister auprès des producteurs pour qu’ils adoptent les bouchons dévissables pour tous les vins qui ne sont pas destinés à vieillir longtemps.
Les Ontariens sont allés plus loin en acceptant des vins livrés dans des Tetra Pak, les mêmes contenants que ceux des jus de fruits. Je n’irais pas jusque-là pour la plupart des vins, mais pour un petit vin de pays qui doit être consommé dans l’année, je pense que ce format est encore mieux que le fameux vinier, dans lequel on trouve parfois de petits vins très acceptables pour la nourriture de semaine.
La maison Laroche a décidé d’adopter le bouchon métallique dévissable, et l’un de ses cabernets sauvignons produits au Chili, goûté à Vinexpo et regoûté à Londres, puisqu’il y est disponible, est tout à fait correct. Laroche y développe aussi un Pinot noir de belle couleur pourpre profond, au nez de fraise cuite et à la bouche souple et chocolatée. (B+) On espère que ces produits arriveront ici sous peu. En attendant, nous n’avons toujours que des produits au bouchon de polymère, dont j’ai déjà parlé il y a plusieurs années. Ils sont très jolis, mais leur évolution est difficilement prévisible; ils peuvent laisser passer de l’air (oxydation, goût de vinaigre) et se décomposent parfois en une masse informe comme un vieux chewing-gum.

La bouffe, le vin et la bière
Une bonne bière anglaise se boit tiède: c’est ainsi qu’elle exerce tout son pouvoir désaltérant. Dans les pubs, buvez bien sûr les bières en fût, à la pompe. Cherchez particulièrement les bitter, les bières produites pour les propriétaires (Directors) et les bières spéciales (par exemple la Christmas Ale consommée à la RoundHouse, un charmant pub rue New Row tout près de Covent Garden). Soyez vigilants : on trouve maintenant des bières très ordinaires dans les pubs telles la Corona, la 1664 et la Carling. Par ailleurs, la plupart de ces bons débits de boisson offrent la célèbre Guinness (bière noire irlandaise) et la Harp’s.
Comme nourriture, les pubs offrent toujours les célèbres meat pie. Hybridation aidant, on trouve des pâtés de viande épicés à l’indienne ou garnis de légumes exotiques. La valeur sûre reste le steak and kidney pie. Le compagnon idéal de ces mets est la pint (20 onces) de bière à la pompe. Dans les restaurants (italiens ou indiens de préférence), il est possible d’avoir du vin au verre. Les prix sont en général élevés : de 4 à 6 livres (8,75 $ à 13 $) le verre, alors que la bière est à des tarifs nettement plus raisonnables : de 2 à 3 livres (4,30 $ à 6,50 $) la pint.
Dans un restaurant italien au nom évocateur de Zizzi, sur le Strand en plein centre de Londres, nous avons pu manger une pizza de bonne qualité et accompagner le tout d’une demi-bouteille de Barbera d’Alba très correcte, laquelle ne se détaillait qu’à 6 livres (environ 13 $). De quoi s’étonner en comparaison des prix pratiqués dans les restos montréalais. Nous avons même vu une bouteille de Veuve Clicquot à 66 $ dans un pub (exactement le prix qu’elle coûte ici à la SAQ).

Les prix en magasin
On peut trouver des vins australiens et néo-zélandais en grande quantité, mais ils sont en général aussi chers qu’ici, souvent plus. Les vins d’Amérique du Sud sont la plupart du temps plus chers qu’au Québec. Quant aux vins français, c’est extrêmement variable. Certains seront plus chers que les prix pratiqués à la SAQ et d’autres nettement moins.
Les mousseux et champagnes nous sont proposés à des prix plus intéressants qu’à Montréal, aussi nous en sommes-nous régalés presque chaque jour. Le Veuve Clicquot non millésimé se détaillait en magasin entre 21 et 23 livres (44 $ à 48 $, contre 66 $ à la SAQ).
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Le vin chouchou du mois
Pour la Saint-Valentin, si vous n’avez pas les moyens de vous offrir du champagne, rabattez-vous sur le très agréable Freixenet Cordon Negro Brut. Ce produit espagnol est d’un beau jaune vieil or, a des bulles assez fines, sent la pomme et la meringue et paraît très sec en bouche même s’il est loin du faible taux de sucre résiduel des grands champagnes. Excellent en apéro, tout au long du repas et avec du chocolat noir.
(No 088591; No 00088601003002; 13,95 $) B++