D’Utrecht à Oslo

Eurogames et Europride

Éric Bergeron
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J’ai laissé le maquis corse et tout ce qui s’y cache pour aller jouer dans les herbes de Provence avant de reprendre le chemin du nord. J’ai encore en tête les odeurs de Provence, ses pâtisseries qui vous font prendre trois kilos juste à les regarder, ses marchés où l’on vend des saucissons et des fromages à la température ambiante et, bien sûr, ses innombrables calanques, des criques toutes plus belles les unes que les autres, qui bordent la Méditerranée. Me voilà finalement arrivé à Utrecht, quatrième ville en importance en Hollande, pour participer aux Eurogames. Ces jeux sont organisés tous les ans dans une ville d’Europe, bien qu’il y ait relâche l’année des Gays Games ou des Outgames. L’an dernier, ils ont eu lieu à Munich, et l’année d’avant à Copenhague. Le nombre de disciplines sportives varie d’une année à l’autre et tout le monde peut y participer, mais la priorité est donnée aux Européens. Après la période officielle d’inscription, les places disponibles sont offertes aux participants des autres pays.
Sous le thème Your fairytale comes true, nous avons eu droit à des cérémonies d’ouverture colorées, dont le point fort était sans contredit le spectacle multimédia du Palais des congrès. De nombreux écrans géants nous bombardaient d’images plus saisissantes les unes que les autres! Quelle ambiance, quelle fête! Les sourires s’affichaient sur toutes les visages. Cette soirée m’a également permis de retrouver les amis qui allaient jouer au volley-ball avec moi durant les jeux et représenter l’équipe officielle de Montréal 2006. Nous avons terminé 5e dans notre catégorie sur 20 équipes!
Un village, qui comportait différents kiosques de promotion, avait été installé au cœur d’Utrecht. L’organisation de Montréal 2006 y était représentée par une délégation importante, et si je me fie au nombre de t-shirts des Outgames que j’ai vus, elle a fait du bon travail. Celle des Gaygames de Chicago était également présente.
Les compétitions se sont étalées sur deux jours. Il y avait des partys tous les soirs, mais le plus gros, Final Fantasy, avait lieu samedi. Les organisateurs avaient choisi sept clubs différents, aux styles variés, et le billet d’entrée donnait accès à tous, situés à environ cinq minutes de marche les uns des autres.
Étant de Montréal, plusieurs Européens me posaient des questions sur la tenue des Outgames l’an prochain. Préparez-vous, car si je me fie aux commentaires recueillis, il va y avoir du monde en ville! Lors de la cérémonie de clôture, Mark Tewksbury, coprésident des Outgames, a fait un discours enlevant, et la projection d’un film promotionnel sur Montréal a soulevé l’assistance. Deux équipes se sont même présentées sur scène pour récupérer leurs médailles en portant un t-shirt des Outgames… Belle promotion !
Pour me remettre de l’excitation des jeux, j’ai pris quelques jours de repos à Amsterdam, située à quelques kilomètres d’Utrecht ou à 30 minutes en train. Ici, les distances se calculent en temps de train, de tramway et de vélo! Et des vélos, il y en a! Je crois qu’il y a plus de chances de mourir frappé par un vélo que par une auto. Il en sort de partout, tout le temps, et croyez-moi, ils ont la priorité. Les prostituées d’Amsterdam semblent bien se porter, les vapeurs de cannabis continuent de se mêler aux odeurs douteuses des rues, et moi, je continue ma route vers le nord, au pays où le soleil ne se couche jamais, du moins en été! Direction : Norvège, à Oslo plus précisément, pour l’Europride, le festival de tous les gais et lesbiennes d’Europe.
Je ne voudrais surtout pas comparer cette édition de l’Europride avec nos célébrations de la Fierté à Montréal, car dès le départ, la différence démographique entre les deux villes rendrait cet exercice périlleux. Oslo ne compte que 400 000 habitants, mais la solidarité des différents groupes et la joie d’accueillir cet évènement chez eux m’a permis de constater que la taille ne compte vraiment pas! J’essaierai donc simplement de vous faire partager des moments de plaisir et de bon temps qui confirment une fois de plus que la différence ajoute à la diversité et rend la vie encore plus belle!
Un festival du film gai et lesbien s’est tenu pendant la première semaine, pour laisser la place aux activités plus « sociales » lors du dernier week-end. Pour l’occasion, on avait érigé, dans le port, en face de l’impressionnant hôtel de ville où flottaient des drapeaux arc-en-ciel, un village Europride. Cette enceinte fermée — et où il fallait payer un bon montant pour entrer — renfermait différents kiosques de marchands, d’associations et de groupes de défense des droits. Les principaux spectacles avaient lieu sur une immense scène dotée d’un écran géant.
Pour l’occasion et pour répondre à la demande, les bars hétéros se sont transformés en bars officiels gais. Les principaux partys avaient lieu dans des endroits à faire pâlir d’envie les organisateurs d’évènements de Montréal. Vous auriez dû voir ce magnifique théâtre de quatre étages et l’ancien bureau de poste Posthallen transformés en pistes de danse! Ici, la majorité des garçons boivent de la bière toute la nuit, jusqu’à ce qu’ils n’en puissent plus. À certains moments, il en pleuvait. Fait notable, le vendredi soir, il n’y avait que deux personnes sans t-shirt… Devinez lesquelles? Le lendemain, nous étions un peu plus nombreux à afficher notre torse nu… évidemment, des gars de Montréal avec qui j’ai connu de très bons moment!
Je ne peux vous quitter sans vous parler de la parade, qui a fait une boucle à partir du village, pour monter l’allée principale d’Oslo face au palais royal, sous les applaudissements de la foule! Des chars multicolores et joyeux qui avaient tous leurs caisses de son pour faire bouger les spectateurs! Je lève mon chapeau aux bears, qui ont su nous divertir avec leur bal en tutu du vendredi et leurs prouesses aquatiques lors de la parade! Très divertissant!