Souvenirs d’Italie

Mamma Mia

Mado Lamotte
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Désolée d’avoir manqué notre rendez-vous mensuel le mois dernier, mais j’étais partie (encore en voyage, la chienne!!!) chercher mes ancêtres dans les montagnes de la Sicile. Est-ce que je les ai trouvés? Pantoute. Ils sont tous six pieds sous terre ou expatriés, mais au moins j’ai pu constater de visu que je suis bel et bien la fille de ma mère sicilienne, elle-même fille du mafioso qu’était mon grand-père, car à la quantité de femmes à moustache que j’ai croisées qui lui ressemblaient, je me suis dit que ce sera inévitable, un jour j’aurai la peau plissée comme une noix de coco, une touffe en dessous du nez et le cul large comme un melon d’eau! Détrompez-vous, ma mère et les Siciliennes que j’ai vues n’ont rien du profil de la veuve italienne toute de noir vêtue, le corps en forme d’aubergine, mais disons qu’à la quantité de pâtes, de pizzas et de gelati (la meilleure crème glacée au monde) qu’elles mangent, ce n’est rien pour leur donner un physique de nageuse synchronisée. Et quelle ne fut pas ma joie de constater qu’ici, en Sicile, tout comme dans les réunions de famille de mon enfance, c’est toujours la mamma qui mène. Je ne compte pas le nombre d’engueulades de couples auxquelles j’ai assisté en pleine rue (en fait, les Italiens gueulent pas, ils parlent fort) et qui se terminaient généralement par une bonne claque en arrière de la tête de l’homme, donnée par la femme, figure dominante de la société italienne. Raison de plus pour renforcer ma fierté de faire partie de cette belle société matriarcale. C’est sûrement pour ça que les hommes italiens sont si machos. Ils doivent constamment prouver qu’ils n’ont rien perdu de leur virilité devant l’autorité féminine. Et parlons-en, du beau macho italien. Laissez-moi vous dire qu’il n’a plus rien à voir avec le Gigi l’Amoroso de mon enfance, où la corne d’abondance et la croix du Christ trônaient fièrement sur la forêt amazonienne du torse des hommes. Moi qui m’en allais là pour brouter du gorille, quelle ne fut pas ma déception de voir qu’ici aussi, l’homme rose est en train de bouleverser les mœurs masculines. Je vous mens pas, j’ai vu plus de torses rasés, de cheveux gominés, de chemises roses, de jeans pailletés et de running shoes gold que dans un concours d’imitateurs d’Elvis. Mais qu’à cela ne tienne, ça ne m’a pas empêchée de me retrouver les jambes dans le cou plutôt trois fois qu’une. Et pour répondre à la question qu’on m’a posée le plus souvent depuis mon retour : oui, les Italiens sont aussi beaux qu’on le dit (jamais aussi sexy que les Espagnols et les Arabes, par contre), mais dès qu’ils se marient et tombent sous l’emprise de leur femme, c’est bonjour la bédaine de pâtes et arrivederci la petite fesse de plongeur. Et les gais, Mado, ils sont comment les gais? Comme chez nous, mes chéris : folles à 20 ans, fuckés à 30 ans, blasés à 40 ans et bien souvent moins beaux que les hétéros. Mais je ne peux pas généraliser, car sur les quelques millions d’habitants de la Sicile, j’ai dû croiser un gros 6 gais, c’est-à-dire le commis de mon hôtel à Palerme, la p’tite grosse qui m’a suivie un gros dix minutes pendant que je faisais mon magasinage sur la via Roma et les quatre grandes qui m’ont sifflée sur la place du Duomo à Catania. Ah oui, et aussi j’ai vu une drag queen vraiment pas très jolie, ficelée comme un rôti de porc dans du linge trois fois trop petit pour elle, qui magasinait du poisson, à 11 heures le matin, au marché de Syracuse! Plus absurde que ça, on se serait cru en plein épisode d’une certaine télésérie de drag queens à Radio-Canada. Mais gais ou pas gais, c’est pas ça qui m’a empêchée de finir le voyage à quatre pattes dans une ruelle de Caltanissetta (le village de mes ancêtres) devant ce qui devait être le plus gros et le plus touffu cannelloni que j’aie mangé de toute ma vie. Ah oui, mes enfants, la matante a fait un ben beau voyage. Malgré le fait que j’ai failli me tuer une bonne dizaine de fois, parce que l’innocente que je suis a décidé de faire le tour de la Sicile en voiture (dans un petite Smart qui manquait de prendre le bord du champ chaque fois que je me faisais doubler par une Alfa Roméo qui roulait à 200 km/h sur l’autoroute), une vraie gaffe quand tu viens juste de passer ton permis de conduire, car si vous pensez que les Montréalais conduisent comme des pieds, c’est que vous n’êtes jamais allés en Italie. Je comprends à c’t’heure pourquoi la Formule Un est un sport plus populaire que le hockey au pays du spaghetti. Pis si j’ai coulé mon examen de conduite la première fois pour un simple changement de voie sur une ligne continue, ben icitte, y’en a pas un maudit qui l’aurait, son permis, parce que les lignes, les lumières, les sens uniques, les virages interdits et la limite de vitesse, ils connaissent pas ça, les Siciliens!

Mais au delà de leur conduite en perpétuel état de «j’me câlisse des autres», ils ont de quoi être fiers de leur beau pays, car c’est pas une mais au moins vingt fois de suite que je suis tombée en amour pendant mes vacances. Avec les hommes, évidemment, même s’ils ont tous une dizaine de livres en trop (ah les raviolis et la pizza! c’est pas ça qui fait maigrir), avec le pays (plus de montagnes, cibole! J’ai passé deux semaines avec les oreilles bouchées à force de monter pis descendre des côtes), avec les villages tout beaux, tout mignons (mais si je vois une autre église, j’pense que j’vas me mettre à cracher des grenouilles pis à pisser de l’eau bénite comme la p’tite fille dans l’Exorciste!), avec la mer, la mer et la mer (y en ont trois qui entourent la Sicile), mais c’est pas de valeur, la litière de ma chatte Shirley est plus propre que leurs plages et, surtout, avec la chaleur, la douceur du vent et le soleil (envoye, viarge! brûle-moé en masse que je revienne brune comme une Cubaine pour faire chier ben comme il faut mes chums drag queens quand j’vas arriver toute belle, toute bronzée, habillée en Dolce&Gabbana de la tête aux pieds). Mais doux Jésus que le temps passe toujours trop vite quand on est en vacances! Dix jours, c’était vraiment pas assez pour tout voir. J’ai pas eu le temps de me rendre sur aucune île éolienne, comme me l’avait conseillé Isabella, la femme de ma barmaid Lizounne, mais je suis montée au sommet de l’Etna, le plus haut volcan d’Europe, à 2920 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer pour être plus précise, ça vous en bouche un coin, hein?

Même si je n’ai pas pu me rendre sur les plus belles plages de la côte ouest, j’en ai eu pour mon argent à Cèfalu, mon village préféré de tout le voyage, à Catania, maudite grosse ville crottée, et à Agrigento, la ville qui surplombe la vallée des temples grecs. Et Palerme, Mado? Tu parles même pas de la capitale! Qu’est-ce que je peux vous dire de plus que c’est beau, c’est plein de beaux monuments, on mange super bien, surtout les arancine (une espèce de boulette de risotto panée), y’a du monde en tabaslak mais contrairement à ce qu’on m’avait dit, ils sont tous d’une gentillesse désarmante (à part dans les marchés à ciel ouvert où j’ai rencontré plus d’airs bêtes derrière les comptoirs de t-shirts de soccer que dans un bar de la rue Crescent). Et pour finir, la fashion victim que je suis était folle comme d’la marde parce qu’y’avait une boutique Énergie que j’ai dévalisée tellement y’avait du beau stock (le double de la collection qu’on reçoit chez nous) à faire baver ma chum Dream qui, comme moi, est assez niaiseuse pour dépenser 300$ pour une paire de jeans toute déchirée! Ah les vacances, mes chéris, ça change pas le monde sauf que ça fait du bien en mautadit quand on se retrouve dans un endroit aussi inspirant que la Sicile. Allez-y, n’ayez pas peur, oubliez Cuba et le Mexique un peu et partez à la conquête de la planète pour vos prochaines vacances avant qu’il soit trop tard et que vous soyez six pieds sous terre en train de manger les pissenlits par la racine! Ciao bambini!