Un rescapé tÉmoigne

«J'ai survécu à l'infarctus

Yves Lafontaine
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Patrick ne pensait pas avoir un jour une crise cardiaque. La quarantaine rayonnante, il a énormément de travail, mais mène une vie plutôt saine. Pourtant, un après-midi, son week-end a viré au cauchemar. «Je ne voulais pas croire que c'était un infarctus», se souvient-il. Récit d'un survivant. Professeur de droit, j'étais plutôt du style hyperactif, passant la plupart de mon temps à la fac. Ce vendredi-là, j'avais corrigé des copies toute la journée. Un étudiant était venu me parler de sa thèse, nous en avions discuté pendant plus de deux heures. Je lui avais demandé de ne pas fumer : je ne supporte pas le tabac! J'étais rentré à la maison crevé. Comme tous les vendredis soir, mon chum avait préparé nos affaires pour que nous puissions nous évader à la campagne dès mon retour. Il avait même chargé la voiture. Nous avons donc filé sans attendre. D'ordinaire, il faut une heure de route, mais, ce jour-là, à cause d'un accident sur l'autoroute, j'ai mis près de trois heures à atteindre notre chalet dans les Laurentides. Quand nous sommes enfin arrivés, épuisés et à bout de nerfs, nous avons avalé un sandwich vite fait avant de nous mettre au lit. Le lendemain matin, comme d'habitude, nous sommes allés faire nos courses au marché.

Bref, un week-end sans histoire, en apparence tout à fait semblable aux autres, qui allait me permettre d'oublier le stress du boulot... Pour ça, d'ailleurs, j'ai une méthode infaillible : fendre des bûches! Cela peut paraître étrange, mais c'est très efficace! Cet après-midi-là, je me suis donc fait un bonne corde de bois. Tronçonné, fendu, rangé, prêt à jeter dans la cheminée. J'étais complètement en nage. Je suis rentré à la maison me reposer. En m'asseyant, j'ai soudain senti une douleur fulgurante dans la poitrine, comme si un étau me serrait les côtes.

J'ai aussitôt pensé à une crise cardiaque, tout en écartant immédiatement cette idée. C'est impossible : je suis encore jeune, en bonne santé, et je ne fume pas. Bien sûr, je ne suis pas parfait. Le sport, c'est pas mon truc : je n'en pratique aucun. Et côté cholestérol, je suis un peu au-dessus de la normale. Mon médecin m'a un peu chicané en me demandant de mettre la pédale douce sur le fromage, mais j’adore ça...

J'ai tenté de me persuader que j'avais juste un bon point de côté et j'ai bu un grand verre d'eau. Mais, dix minutes plus tard, j'avais toujours aussi mal. Pire : la douleur s'était étendue à mon bras gauche. Je suis allé chercher mon chum, qui jardinait au fond de la propriété. Il m'a trouvé très pâle et m'a aidé à revenir à la maison. «Je ne sais pas ce que tu as, mais tu as mauvaise mine», m'a-t-il dit. Puis, voyant que j'avais la main sur la poitrine : «Tu as peut-être un problème au cœur… Prends une aspirine, il paraît que ça fait du bien.» Aussitôt dit, aussitôt fait. Il m'a ensuite conseillé de m'allonger. Un quart d'heure plus tard, la douleur était toujours là. J'ai commencé à paniquer. Lui aussi, au point d'appeler notre voisin, qui est médecin et qui s’est vite amené après avoir appelé une ambulance.

Le voisin médecin m'a posé des tas de questions : Quand ai-je eu mal? Dans quelles circonstances? La douleur s'est-elle accentuée? Suis-je fumeur? Puis il m'a examiné et ausculté. Visiblement, cela lui a permis de poser un diagnostic. Juste après, il m'a demandé de laisser fondre un comprimé sous la langue, pour essayer de calmer la crise. Sans grand succès…

Son verdict est tombé, sans appel : «Tu es en train de faire un infarctus. On va t’emmener à l'hôpital.» «Attends, lui ai-je répondu. Qu’est-ce qui m'arrive?» «C'est très simple. Ton taux de cholestérol est élevé. Une de tes artères coronaires, qui irrigue le cœur, doit être bouchée à cause d'un dépôt de graisse propice à la formation d'un caillot sanguin. Lorsque tu as fait un effort en début d'après-midi, ce caillot a complètement bouché l'artère au moment où ton cœur avait besoin de beaucoup d'oxygène. Une petite zone de ce muscle en a donc été privé.»

Là, c'est comme une gifle en pleine figure. Mon voisin docteur est tout bonnement en train de me dire que je vais peut-être mourir! Tandis qu'un infirmier arrivé avec l’ambulance me pose une perfusion contenant un antidouleur, le praticien téléphone à un collègue pour me trouver une place en cardiologie, dans un hôpital de Laval. Me voilà donc allongé dans l'ambulance, qui roule à fond de train. Mon voisin se veut rassurant : «Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer. Tu vas avoir droit à des vacances!». Tu parles de vacances…