Beijing - Chine

Beijing : La ville des métamorphoses

Logan Cartier
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Bien qu’elle se modernise à une vitesse folle, en vue des Jeux olympiques de 2008, Pékin reste cette cité carrée que décrivait Marco Polo, une destination de choix pour tout amateur de dépaysement. Après un séjour d’études de deux ans en Chine, le Québécois Richard Langelier nous fait découvrir cette ville qui ne cesse d’évoluer et le Pékin gai qui émerge à peine. L’histoire de Pékin est une suite de métamorphoses. Entièrement détruite par les Mongols au 13e siècle, elle est reconstruite par l’empereur Khan, qui décide d’en faire sa résidence d’été. Elle prend son essor politique lorsque l’empereur Yongle y transfère le siège de son gouvernement. Il la rebaptise Beijing, la résidence du Nord. C’est ce même nom que nous prononçons Pékin. Pékin, siège du pouvoir, est de fait agrémentée d’un certain nombre de constructions devenues légendaires. La plus célèbre d’entre elles étant évidemment la Grande Muraille de Chine, seule édification qui, dit-on, est visible de la lune. Long de 6000 km, ce rempart de 10 m de large sur 15 m de haut, élevé à une centaine de kilomètres de Pékin, marquait la frontière entre le monde civilisé et les barbares. Plus concrètement, il servait à se protéger des invasions mongoles. Une visite, épuisante en raison des multiples changements de niveau, s’impose tant ce monument dispense une impression solennelle de puissance. Autre légende, la fameuse Cité interdite. Au centre du vaste quadrilatère qu’est Pékin, dont la construction date du début du 15e siècle, se trouve un dédale de plus de 720 km2, comprenant 800 bâtiments et près de 900 chambres. La Place Tien an Men, la plus vaste du monde, paraît-il, s’ouvre devant elle.
Au moment où des célébrations de la fierté sont organisées dans les grandes villes occidentales, quelques bars «gais» de Pékin tentent d’exister et, dans une moindre mesure, d’être aussi de la partie. Situé au centre de la capitale, non loin du quartier des expatriés, le On & Off Café est sans doute l’établissement le plus célèbre de la capitale chinoise. Et pour cause : son patron, Han Feng, propose régulièrement des projections de films underground sur l’homosexualité ainsi que des spectacles de travestis. Ce lieu fait partie des cinq ou six cafés de Pékin dont la majorité de la clientèle est homosexuelle. Il est bondé à l’occasion des spectacles du week-end.
En face, le sympathique Drag-On possède une ambiance plus feutrée. Il n’en reste pas moins populaire et pas prétentieux. Pour les femmes, il y a Fragrance, le seul bar exclusivement féminin. Il est situé derrière le Magasin de l’amitié.

Très peu d’endroits donc pour une capitale qui compte 13 millions d’habitants. Mais, comme le reconnaît le patron du On & Off, «il faut que la Chine continue son long voyage avant que Pékin ait, elle aussi, son quartier pour homosexuels». Ce long voyage, c’est peut-être une image pour les débats de ces dernières années opposant chercheurs et médecins chinois qui les opposaient, et qui a été tranché en avril 2001 lorsque l’homosexualité a été retirée de la liste des maladies «mentales». Pour Li Yin He, sociologue à l’Académie des sciences sociales, et qui travaille depuis de nombreuses années sur la question de l’homosexualité en Chine, le débat est pourtant loin d’être clos. Si les homosexuels ne sont plus officiellement considérés comme déviants aux yeux des autorités, il est encore trop tôt, selon elle, pour les faire accepter dans les mentalités de la population. Pour cette sociologue qui a publié, il y a quelques années, un ouvrage sur l’homosexualité en Chine, «la définition même du terme homosexuel pourrait être réactualisée». En effet, dans le dictionnaire chinois contemporain, la définition de l’homosexualité est édifiante. »Relation entre deux personnes du même sexe, il s’agit d’une anomalie psychologique»?. Sur les campus universitaires, la question de l’homosexualité est évitée et elle est plutôt un sujet de rigolade. Lorsque la question est abordée de front, la réaction presque naturelle de la future élite du pays est claire : «c’est sale» ou «que peuvent bien faire deux femmes ou deux hommes ensemble!» s’exclame un étudiant de vingt-trois ans en économie.

Pour la majorité des homosexuels chinois, la difficulté est bien de s’assumer face aux amis, parents ou collègues, largement réticents à leur mode de vie. Pour faire face à ce genre de réflexions, il existe tout de même en Chine quelques structures évidemment non officielles permettant à certains homosexuels de trouver quelqu’un à qui parler. C’est le cas d’une ligne d’écoute basée à Pékin (la seule en Chine) et gérée bénévolement par deux homosexuels. Elle s’adresse uniquement aux homosexuels et leur permet, quel que soit le lieu où ils vivent d’obtenir un soutien affectif. Le responsable de cette ligne explique qu’il faut en effet «différencier les problèmes dont souffrent les homosexuels vivant dans les grandes villes de ceux des homosexuels habitant dans les provinces reculées du pays. Les conditions de vie des homosexuels qui résident dans les campagnes sont bien évidemment différentes de celles des urbains. Les pressions ne sont pas les mêmes.» L’idée confucéenne, selon laquelle il faut continuer la lignée, amène le plus grand nombre d’homosexuels à vivre une vie de famille «classique» pour ne pas être exclus.

Comment faire face alors au discours traditionnel largement répandu dans les campagnes mettant de l’avant l’obligation d’avoir une descendance? Devant ce problème, la plupart des homosexuels chinois «se marient, font un enfant et divorcent immédiatement», affirme Da Fei, lesbienne résidant à Pékin. Cela entraîne de graves crises familiales conduisant parfois au suicide du père ou de la mère ayant découvert l’homosexualité de leur enfant. Le problème est décuplé dans les campagnes chinoises où aucun lieu de rassemblement n’existe et où l’anonymat, que permettent les grandes villes, est absent. Pour ceux qui ont les moyens financiers et qui peuvent s’assumer, il est en effet plus «facile» de vivre sous un même toit dans une grande ville de Chine, et sans doute plus à Shangaï qu’à Pékin. Ceux qui vivent chez leurs parents pour des questions de revenus, ou qui ne peuvent pas prendre une chambre d’hôtel, n’ont parfois pas d’autres solutions que de se retrouver dans les toilettes publiques, des lieux qu’il est préférable d’éviter pour un Occidental, car les policiers y font régulièrement des arrestations.

Il est plus prudent de fréquenter les cybercafés (wangba), peu chers (moins d’un dollar US l’heure). On les trouve pratiquement à tous les coins de rue et ils permettent de rencontrer sur le Net des Chinois qui parlent un peu l’anglais, à moins que vous ne vouliez pratiquer votre chinois.

Où dormir?
Les occasions de dormir dans des maisons à l’ancienne deviennent rares. Dans le quartier historique de Dongcheng, choisissez le Lu Song Yuan Hotel (22, Banchang Hutong, pour 75 à 120$ US la nuit) ou le Bamboo Garden Hotel (21, Xiashiqiao, pour 45 à 75 $US la nuit).

Où magasiner?
Mao est au rayon des antiquités kitsch (statues, effigies, portraits, porcelaines…) du marché aux puces de Panjiayuan. En dehors de ces babioles, on peut heureusement y dénicher du bon artisanat local.

Où manger?
«N’importe qui peut devenir un capitaliste rouge.» Telle est la devise du Red capital (66, Dongsi Lio Tiao), un club sans membre et l’une des meilleures tables de la ville. Le menu propose une sélection des plats préférés des dignitaires communistes. Au Village Food Street (61, Wanquanhe Lu), on trouve ce que le peuple était obligé d’avaler pendant la révolution culturelle, pour échapper à la famine : scorpions et vers à soie. Toute une expérience! Pour la cuisine széchuanaise, allez au salon de thé Gold Barn, fréquenté par beaucoup de gais, où tout est à vendre : même la table sur laquelle vous mangez (52, San Li Tun South St.). Branché : dans la même rue, au no 6, le Pink Loft offre sur plusieurs niveaux une fabuleuse déco et une cuisine thaï et chinoise assez chère.