Paul Colpron, sculpteur

Les «bois» de l’attraction

Christian Bédard
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Artiste autodidacte, Paul Colpron nous fait découvrir depuis bientôt dix ans les nombreux personnages de sa statuaire profane. Son parcours artistique est bref : pas d’expositions dans des galeries branchées, et que quelques articles ici et là dans des journaux ou magazines populaires. Pourtant, ses œuvres, aussitôt terminées, trouvent preneurs. Certes, les sculptures de Paul Colpron ont un fascinant pouvoir d’attraction, et ses prix sont bien en deçà de ce qu’ils devraient être si l’on considère la rareté et surtout la qualité du travail accompli. Mais cela explique-t-il l’engouement qu’elles suscitent? Si plusieurs, à Montréal, ont déjà pu admirer son travail sans savoir qu’il en est l’auteur, c’est que Colpron accepte à l’occasion des commandes d’œuvres décoratives pour façades commerciales. C’est lui qui, en 2002, réalisait l’amusante caricature de l’artiste montréalaise Mado Lamotte actuellement en devanture du Cabaret Mado, rue Sainte-Catherine, à l’angle de la rue Amherst. Sur la même rue, presque en face, un coloré surfeur trônait jusqu’à tout récemment au-dessus de l’entrée de la boutique de vêtements Bo’Goss fermée. Plus loin, à l’angle d’Alexandre-de-Sève, un magnifique ensemble sculptural agrémente une autre devanture, celle du café Kilo. Ailleurs, un homme et une femme de près de trois mètres de haut se draguent au bar Le St-Sulpice, rue Saint-Denis. Au moins trois autres devantures de commerces de l’avenue du Mont-Royal ont le privilège d’être agrémentées par ses sculptures ou ornementations : les boutiques Cruella et Scandale et l’École de conduite Mont-Royal.

Né à Montréal en 1957, Paul Colpron est passé par des études en théâtre avant de faire le saut vers les arts visuels. Il débute comme illustrateur, en particulier pour des affiches de théâtre et des magazines. À part quelques cours d’appoint pour apprendre certains aspects techniques du métier, il est autodidacte. Puis, un jour, au début des années 90, son frère lui donne un ensemble de couteaux à sculpter dont il ne veut plus ainsi qu’un tas de pièces de bois. Colpron, qui n’a jamais abordé la sculpture, se met aussitôt au travail. Bientôt, les unes après les autres, commencent à sortir de leurs écrins de bois toute une galerie de statues profanes qu’il peaufine et colore de façon réaliste. À peine terminées, leur vernis de finition encore humide, des amis d’abord, puis des collectionneurs, se les arrachent. C’est ainsi que, quasi spontanément, débute sa carrière de sculpteur. Depuis, Colpron produit de huit à douze sculptures originales par année en plus de répondre à des commandes d’œuvres décoratives pour des entreprises commerciales. La majorité de ses sculptures font partie de collections privées.

Inspirées par la faune urbaine contemporaine, ses sculptures polychromes figent pour la postérité les quidams que l’on peut rencontrer au hasard de nos déambulations citadines. Tout en étant vaguement satirique, Colpron n’est en rien réducteur ou condescendant. Au contraire, il maîtrise si bien son art qu’il sait faire ressortir la fragilité et la vulnérabilité de ses personnages, leur profonde humanité. Et c’est probablement là que réside le pouvoir de séduction de ses œuvres, cette impression d’avoir déjà rencontré ou de connaître le personnage représenté, cette illusion d’une certaine familiarité avec les sujets. L’art de la sculpture sur bois a une longue histoire, et ce jeune artiste québécois poursuit la tradition tout en se démarquant fortement de celle-ci par l’actualité de ses sujets et la vision personnelle qu’il nous transmet. Il faudra voir avec le temps vers quels horizons évoluera le style de cet artiste.