Notre Top-10 des militants gais et militantes lesbiennes

Yves Lafontaine
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Pour souligner le chemin parcouru au cours des 20 dernières années, voici notre Top 1o des militants gais et militantes lesbiennes qui ont le plus marqué la société québécoise au cours de cette période. Notre manière de les féliciter et de leur dire merci pour ce qu’ils ont accompli. Une manière également de susciter des vocations. 1.
Laurent McCutcheon

Ancien juge administratif, Laurent McCutcheon est actuellement président du Conseil de la justice administrative. Dès le début des années 70, Laurent McCutcheon vit ouvertement son orientation sexuelle et amorce une implication dans le milieu communautaire gai. Membre de nombreuses associations, dont la défunte Coalition des organismes gais et lesbiennes et l’Association pour la défense des droits des gais et des lesbiennes du Québec, c'est avec Gai Écoute, dont il devient président en 1983, que Laurent McCutcheon se fera connaître du grand public. Sous sa direction, l'organisme prend de l'expansion et devient un organisme subventionné par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Laurent McCutcheon a été responsable des dossiers d'action sociopolitique de la Table de concertation des lesbiennes et des gais du Québec entre 1997 et 2002. Impliqué dans le dossier de la reconnaissance des conjoints de même sexe, Laurent McCutcheon a été un artisan de la reconnaissance des conjoints de même sexe. Il s’intéresse également très sérieusement à la condition des jeunes homosexuels, à travers la démystification de l’homosexualitéet le combat contre l’homophobie dans le milieu de l’éducation. Pour ce faire, il crée la Fondation Émergence et lance, en 2003, la première journée nationale contre l’homophobie qui se voit de facto reconduite pour les prochaines années.

2.
Michael Hendricks

Néo-québécois d'origine américaine, Michael Hendricks est de toutes les causes depuis plus de 40 ans. On le connaît surtout pour sa participation aux luttes anti-guerre, anti-racisme, contre la brutalité policière (l'affaire Anthony Griffith, par exemple) et son soutien aux travailleurs underground, comme les travailleurs du sexe, et au cinéma engagé. Dans le milieu gai, c'est comme co-fondateur d'ACT UP Montréal que son implication directe a débuté, puis avec la lutte contre l'homophobie des services policiers (suite au Sex Garage, en juillet 1990). Il enquête sur une série de meurtres gais, ce qui l'amène à fonder Lesbiennes et gais contre la violence (LGV), puis le Comité sur la violence qui fut le principal acteur des Audiences publiques. Tour à tour trésorier du Centre communautaire des gais et des lesbiennes de Montréal (CCGLM), coordonnateur de la Table de concertation, cofondateur du Parc de l'espoir, membre de divers comités, ce chroniqueur dans plusieurs médias gais (dont Village et Orientation) est présentement à l'avant-scène depuis sa demande de mariage avec son conjoint, René Lebœuf. Il est évident que leur combat en cour a incité le gouvernement québécois à déposer sa loi sur l'union civile.

3.
Irène Demczuck

Sociologue, à la fois militante et chercheure, Irène Demczuk est l’auteure de nombreux articles et de quelques ouvrages. Elle a notamment dirigé Sortir de l’ombre. En regard de sa militance, mentionnons, entre autres, qu’elle est cofondatrice de l’Association des lesbiennes du Québec, de la Table de concertation des lesbiennes et des gais du Grand Montréal, du caucus lesbien (à qui l’on doit le dépôt de 22 mémoires traitant des lesbiennes à la Commission des droits de la personne du Québec), du Groupe d’Intervention contre la violence faite aux lesbiennes (GIVCL) et de la Coalition pour la reconnaissance des conjoints et conjointes de même sexe; elle a de plus fondé le comité pour la reconnaissance des lesbiennes de la Fédération des femmes du Québec et joué un rôle instrumental dans la tenue de la Marche mondiale des femmes. Elle a été une des instigatrices et organisatrices de Fiertés : cultures gaie et lesbienne du Canada à Paris, en juin 1998. Fugues lui rendait hommage en la nommant personnalité de l’année 1998, avec Laurent McCutcheon. Son action au sein de la Coalition pour la reconnaissance des conjoints et conjointes de même sexe, pour laquelle elle fut la porte parole, a été déterminante dans le dépôt du projet de loi 84 sur l'union civile.

4.
Roger LeClerc

Né à Magog, père de deux enfants, LeClerc a été journaliste avant de devenir activiste des droits sociaux. Son engagement dans le milieu sida a débuté en 1988, alors qu’il a siégé à divers conseils d’administration de groupes sida. Il a été fondateur d’Action Séro Zéro, le groupe de prévention de la transmission du VIH/sida dans la communauté gaie, et de Chez ma cousine Evelyn, maison d’hébergement pour toxicomanes ou itinérants vivant avec le VIH. Son implication dans la communauté gaie a débuté en 1990, alors qu’il devenait président du Centre communautaire des gais et des lesbiennes de Montréal et porte-parole du Comité sur la violence. Ce Comité, composé de Michael Hendricks, Douglas Buckley-Couvrette et Claudine Metcalfe, a provoqué la tenue des premières Audiences publiques sur la question gaie, en 1992, par la Commission des droits de la personne du Québec. Ce comité a également créé le groupe Dire enfin la violence, groupe d’accompagnement des gais et des lesbiennes victimes de violence homophobe. Il a également été le directeur général de la Coalition québécoise des organismes communautaires de lutte au sida, chercheur sur divers projets, dont l’un créant la plus importante cohorte d’hommes gais au Québec (Cohorte Oméga). Il était également membre du Comité conseil au ministre de la Santé du Canada sur les questions reliées au VIH/sida. Il a décidé de quitter le pays, à l'été 2002, pour s'établir au Burkina Faso, où il réside toujours.

5.
Réal Ménard

Le 22 septembre 1994, c’est à haute voix que Réal Ménard, député du Bloc québécois dans la circonscription de Hochelaga-Maisonneuve, a choisi de dénoncer, devant micros et caméras, les propos homophobes tenus par Roseanne Skoke, une députée libérale anglophone. "Je défends une communauté à laquelle j’appartiens", fut la phrase qui a conduit ce député fédéral tout droit vers sa sortie. Le tonitruant coming out de Réal Ménard est passé à l’histoire, de même que l’édition de Fugues où il a orné la couverture, simplement vêtu du drapeau arc-en-ciel... Depuis, il s’est tbeaucoup consacré à la reconnaissance des conjoints de même sexe et aux questions touchant la pauvreté, la prostitution, l’industrie pharmaceutique et la politique nationale sur le sida.

6.
Claudine Metcalfe

Journaliste et militante lesbienne, Claudine Metcalfe fut la première candidate politique ouvertement lesbienne dans l'histoire du Québec. Elle s'est présentée aux élections municipales de Montréal en 1994. Journaliste à Fugues de 1986 à 2003, elle a dirigé le magazine Gazelle pendant près de quatre ans. Elle a collaboré à de nombreuses publications axées sur les vedettes locales. Elle a été directrice du Centre communautaire des gais et des lesbiennes et de Dire enfin la violence. Tout en siégeant à une multitude de conseils d'administration d'organismes lesbiens et gais, elle a donné de nombreuses séances d'informations sur la communauté gaie et lesbienne. Elle fut collaboratrice à l'émission radiophonique Cupidon s'en fout et aux émission de télévision Sortie Gaie et C'est comme ça. Actuellement, elle est attachée politique de la ministre de la culture au Québec, Lyne Beauchamp.

7.
Thomas Waugh

Depuis 1976, Thomas Waugh enseigne en Études cinématographiques à l'Université Concordia, où il a mis sur pied un programme d'études sur les gais à la fin des années 80, programme qui a eu un retentissement exceptionnel. En 1993, il lance l’un des premiers cours sur le VIH/sida. Waugh fut critique de films pour The Body Politic et Le Berdache, à la fin des années 70, et a élaboré le programme du premier festival de films gais à Montréal, en 1982. Son livre publié en 1996, Hard To Imagine : Gay male eroticism in photography and film from their beginnings to Stonewall, fut largement considéré comme l'histoire définitive de l'imagerie homo-érotique, toujours le sujet de ses conférences à travers le monde et de son livre Out/Lines.

8.
Suzanne Girard

Issue du milieu culturel et communautaire, Suzanne Girard enseigne au cégep John-Abbot.Elle a travaillé pour le Centre communautaire des droits de la personne et œuvré dans l’équipe de production de plusieurs festivals de films : le Festival des films de femmes de Montréal, le Festival international du cinéma chinois et le Festival Image et Nation gaie et lesbienne. En 1991, Suzanne Girard fondait, avec Puelo Deir, le défilé de la Fierté gaie Divers/Cité. Sous sa gouverne, l’événement a connu une croissance phénoménale pour devenir l'un des plus importants événements de Montréal et l'une des célébrations de la fierté les plus populaires en Amérique.

9.
Robert Vézina

Spécialiste en relations publiques, le président de la Fondation BBCM, Robert Vézina, a fondé le BBCM avec Christian Beaudry (décédé des suites du sida en 1994) en lançant 700 invitations à "leurs amis" aux quatre coins de l’Amérique du Nord pour participer à un Thanksgiving Weekend, en 1991. Il est l’éminence grise derrière le festival Black & Blue et les nombreux partys qu’organise la Fondation BBCM : le Wild & Wet (devenu le Hot & Dry), le Red Party, le Bal des Boys et, évidemment, le Festival Black & Blue. Reconnu comme le plus gros et le meilleur du circuit des partys en Amérique du Nord, cet événement a largement contribué à mettre Montréal sur la liste des destinations gaies incontournables. Il a également été le président de Montréal 2006 jusqu’au début de 2003.

10.
Harvey Cohen

Homme d‘affaires prospère, issu d’une famille juive traditionnelle (il est actionnaire, avec ses deux frères, d’une entreprise de fabrication de produits plastiques qui possède des usines aux quatre coins du monde, et de Cytronics, une importante entreprise de services informatisés), Harvey Cohen a d’abord été connu, dans la communauté gaie, pour son implication dans le groupe gai juif montréalais Yakhdav dont il a été président et qui a réellement contribué à sortir de l’ombre les gais et lesbiennes au sein de la communauté juive. À travers la Fondation Farha, comme organisateur du marchethon Ça Marche, puis en tant que président, il a largement contribué à la lutte contre le sida. Rappelons que Ça Marche est le plus grand rassemblement parmi toutes les marches-bénéfices au pays.