Fugues y était, y est et y sera

Denis-Daniel Boullé
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En juillet 1996, je rendais mon premier article gai à Yves Lafontaine qui avait accepté, quelques semaines auparavant, que j’écrive pour Fugues. L’évolution récente du magazine correspondait à ce que je souhaitais trouver en tant que lecteur dans un magazine gai. Depuis, je participe modestement à cette aventure. Il serait facile de s’autocongratuler en soufflant sur les vingt bougies. Je pourrais vous parler de mon rapport passionnel avec l’objet, des soirées de blouclage avec mes petits camarades d’écriture; du plaisir que j’éprouve à tenir le dernier numéro imprimé. Chaque mois, c’est le même velours. Pas une once d’objectivité quand l’affect s’en mêle.

Il m’est souvent arrivé d’avoir à définir ce qu’est Fugues. Il m’est arrivé par commodité, et, parce que c’est vrai, de répondre que c’est un magazine pour les communautés gaies et lesbiennes, même si c’est un peu court. Tout en sachant pertinemment que rien n’est plus difficile à cerner que ces communautés, ni tout à fait homogènes, ni tout à fait disparates, composées de personnes ayant un seul point commun : l’orientation sexuelle.

Car, après tout, Fugues n’est pas qu’un journal militant. Et pourtant, Fugues s’est engagé pour soutenir toutes les grandes revendications des dernières années, aussi bien dans la reconnaissance de nos conjugalités, que dans la lutte contre l’homophobie ou dans la dénonciation des descentes arbitraires de police.
Fugues n’est pas qu’un journal communautaire. Et pourtant, Fugues a ouvert ses pages aux groupes politiques, sociaux, sportifs ou récréatifs et leur a consacré des reportages, et a apporté son soutien constant et infaillible dans leurs événements bénéfices.

Fugues n’est pas qu’un magazine mode de vie. Et pourtant, Fugues est aussi branché sur ce qui fait vibrer les gais et les lesbiennes, dans leur quotidien, de jour comme de nuit, chez eux ou ailleurs.

Fugues n’est pas qu’un magazine sida. Et pourtant, dès 1990, au départ par des témoignages, puis par des articles, Fugues a parlé du sida, très régulièrement, abordant toutes les problématiques de la recherche : du confort de vie des séropositifs aux trithérapies.

Fugues n’est pas qu’un magazine intellectuel. Et pourtant, la moindre recherche sur les gaies et les lesbiennes a été soulignée par Fugues. Certaines études ont été publiées en feuilleton dans le magazine, et de nombreuses entrevues ont été faites avec les chercheur(e)s.

Fugues n’est pas qu’un magazine de nuit. Et pourtant, il n’a jamais arrêté de privilégier la scène nocturne, aussi bien dans les petits événements que dans les grands.

Fugues n’est peut-être pas mais, pour utiliser le titre des pages des photos du mois, "Fugues y était" .

Caisse de résonance, relais de transmission pour des communautés riches, diverses, complexes, et en perpétuel mouvement, nous n’avons pas encore fini d’en faire le tour, nous n’avons pas fini de nous en faire l’écho. Avec honnêteté, respect, mais aussi passion, Fugues est un miroir grossissant de nos vies.


Denis-Daniel Boullé est journaliste à Fugues depuis juillet 1996. D'origine française, il est aussi technicien légal en immigration, spécialisé en rapprochements de conjoints de même sexe. Jusqu'en juin 1999, il a agit à titre de coordonnateur de la Table de concertation des lesbiennes et des gais du Grand Montréal. Il est aussi membre des Archives gaies du Québec depuis 1992 et a collaboré au Festival Image & Nation gaie et lesbienne. Enseignant de formation, il a écrit pour diverses publications gaies en France, dont la revue Homophonie.