Le mariage gai aux États-Unis

Rosie se marie!

André-Constantin Passiour
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Le 26 février dernier, une véritable bombe a éclaté aux États-Unis, Rosie O'Donnell, ex-reine des talk-shows, s’est mariée civilement avec sa copine Kelli Carpenter. Tous les médias américains n'ont eu de cesse de montrer et de remontrer ces images. Rosie O'Donnel a ainsi défié le président George W. Bush qui, à peine quelques jours plus tôt, demandait qu'un amendement constitutionnel vienne sanctionner le mariage comme étant l'union d'une femme et d'un homme. Vêtues très simplement, O'Donnell et Carpenter se sont rendues à San Francisco pour se marier. Après la cérémonie sobre, Mme O'Donnell a fait une très courte déclaration sur les marches de l'hôtel de ville. Un bouquet de fleurs à la main, elle a dit que le président Bush avait choqué beaucoup de gens avec son discours et que cela l'avait, tout au contraire, poussée à se marier. Estimant que le geste suffisait, Mme O'Donnell ne s'est pas éternisée, terminant son discours par ces mots : "la liberté et la justice pour tous", en référence claire à la Constitution américaine, esquissant ensuite avec les doigts le signe de la paix, et ce, sous les applaudissements nourris du public. Après quoi, O'Donnell a embrassé sa conjointe et toutes deux ont quitté San Francisco dans les minutes suivantes.

Pour le président Bush, c'était une véritable gifle; pour les organisations de défense des droits, le mariage de O'Donnel et Carpenter a redonné un second souffle à la bataille, lui accordant ainsi une visibilité inespérée, plus glamour, puisque toutes les émissions d'entertainement ont repris la nouvelle, noyant ainsi les déclarations du président Bush. Au moment où les deux vedettes échangeaient leurs voeux, plus de 3200 autres couples gais ou lesbiens en avaient fait autant à San Francisco, où le maire lutte d'ailleurs pour préserver son droit à émettre des licences de mariage civil à des couples de même sexe.

Deux jours plus tôt, dans un discours prononcé devant un rassemblement de gouverneurs républicains, le président Bush a déclaré que "ce gouvernement respecte [les droits] de chaque personne", mais qu'il avait aussi le devoir de protéger le "mariage [entre un homme et une femme], qui est l'institution de base de notre civilisation". Bush se disait d'accord avec un amendement constitutionnel afin de préserver le mariage hétérosexuel. Le président soulevait ainsi le mécontentement, autant des organisations gaies et lesbiennes que des démocrates. De son côté, plus favorable à une forme d'union civile qu'au mariage, le sénateur et candidat démocrate John Kerry n'a pas tardé à accuser le président Bush de faire des déclarations électoralistes, "surtout qu'un amendement est improbable, a-t-il ajouté. Le président cherche à se défiler des vraies questions parce qu'il n'a rien à dire sur l'économie, […] etc. Donc, il parle du mariage gai", a renchéri Kerry.

Mais tout ceci a un effet boule de neige puisque, le 4 mars, des dizaines de couples ont défilé devant l'hôtel de ville de New York en espérant que la métropole leur accorde une licence de mariage. Mais pour l'instant, les autorités municipales ont indiqué qu'elles n'avaient pas l'intention d'imiter leurs vis-à-vis de San Francisco et du Massachussets. Le lendemain, plusieurs couples, appuyés par la Lambda Defense League, ont intenté une poursuite contre la ville. Pour sa part, le maire Michael Bloomberg, même s'il se dit personnellement favorable au mariage de couples de même sexe, affirme devoir respecter la loi qui n'autorise pas la municipalité à procéder à de telles unions. La bataille s'annonce donc longue, surtout avec la campagne électorale présidentielle qui vient de se mettre en marche.