Chère madame Maltais

Une députée sort du placard

Denis-Daniel Boullé
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C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai lu dans le Journal de Montréal du 27 novembre dernier que vous aviez fait votre sortie du placard devant les étudiants du Groupe gai de l'Université Laval (GGUL). Il est toujours agréable de voir que de plus en plus d'hommes et de femmes publics brisent le silence. Le processus de la pleine acceptation de soi-même passe par différentes étapes. Certaines sont plus faciles que d'autres. Sans refaire le cours 101 sur l'assumation, vous savez qu'il faut le dire dans la sphère privée, aussi bien que dans la sphère professionnelle, puis - comme vous - dans la sphère publique. Les raisons qui nous poussent à "le dire" sont toujours individuelles. Il est difficile alors de comprendre pourquoi cela prend quelques mois pour certains et des années pour d'autres. Je ne peux pas croire non plus que ce geste relève d'un bas calcul stratégique ou politique. Même si les mentalités ont changé, même si des lois que votre parti a portées lorsqu'il était au gouvernement ont contribué à nous protéger, et même si d'autres personnalités ont osé faire leur sortie dans des temps plus hostiles, poser un tel geste demande encore du courage. Il faut donc le souligner. Il faut même l'applaudir.

Comme vous l'avez dit aux étudiants, selon le quotidien : "Si plusieurs portent encore un jugement envers les gais, il est encore plus dur envers les lesbiennes." C'est peut-être une des raisons qui fait que parmi les personnalités, qu'elles soient du monde politique ou artistique, peu de lesbiennes ont fait leur sortie publiquement. Vous connaissez sûrement les difficultés que Gai Écoute continue de rencontrer lorsque l'organisme cherche une porte-parole lesbienne connue.

Vous avez choisi la politique, un monde ardu où les femmes ont beaucoup de mal à se tailler une place, où la moindre erreur leur est fatale. Être lesbienne en plus relevait d'un double défi. Je comprends mieux votre silence à propos des grands enjeux de ces dernières années, aussi bien lors de l'adoption de la loi 32, de l'Union civile, de la lutte contre l'homophobie, ou encore, récemment dans la polémique entourant le mariage gai.

Connaissant vos convictions, je sens que vous avez dû ronger votre frein. Mais il aurait fallu pour cela dire publiquement que vous étiez lesbienne. Vous n'étiez pas prête à parler de ce que vous appeliez "votre vie privée". Du moins, c'est ce que j'avais cru comprendre lorsque que je vous avais approchée un dimanche de l'été 2002, quelques minutes avant la traditionnelle sortie collective du placard qu'est le Défilé de la fierté. Lors d’uine sollicitation une entrevue dans Fugues, vous m'aviez répondu avec beaucoup d’empathie : "Je veux bien parler de mon action au gouvernement, mais pas de ma vie privée." Et vous m'aviez planté là. Aujourd'hui, vous êtes la première femme politique au Québec à avoir fait sa sortie. Bravo !

Mais, devant les étudiants, vous avez fait encore plus. Vous leur avez demandé de s'engager. Vous leur avez dit : "Il reste toutefois beaucoup à faire et il ne faut pas avoir peur de s'impliquer, et chacun de nous peut faire changer les choses. Il y a encore du mépris et de la haine envers nous. Il faut poursuivre la lutte pour faire disparaître ces préjugés. Il ne faut pas seulement être tolérés, mais bien respectés."

Ce constat sur les réalités gaies et lesbiennes, et cet engagement que vous souhaitez, me touchent énormément comme ils toucheront bon nombre de ceux et celles qui, depuis de nombreuses années, ont contribué, chacun à leur manière à faire changer les choses et qui ont toujours senti votre soutien de tous les instants. De savoir que vous semblez prête à apporter votre pierre ne peut que me réjouir. J'espère que joignant l'acte à la parole, vous serez active publiquement lors des prochains dossiers touchant les communautés gaie et lesbienne. Vous ne seriez pas seulement un exemple mais une pionnière. Madame Maltais, je vous en prie, soyez des prochains rendez-vous.

Merci madame Maltais!