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Mado Lamotte
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Mardi midi, je reviens tout juste à la vie après un week-end de débauche avec ma chum Lyne de Los Angeles. J’ai mal aux jambes, aux reins, au dos, au cou, j’ai les oreilles bouchées, j’ai la tête qui tourne et j’ai comme l’impression que j’vais avoir ben d’la misère à dormir. Je me fais couler un bon bain chaud. En attendant que la baignoire se remplisse, je fais la larve sur le plancher du salon et je flatte intensément la bédaine de ma chatte Shirley. Une chance que je l’ai, celle-là, pour décharger mon trop plein d’affection. J’me sens un peu piteuse toute seule, évachée sur le plancher frette, en bobettes, en train d’essayer de faire l’amour à ma chatte. Ouiiiiiin! S’cuse minoune, maman te frotte un peu trop fort? C’est parce que vois-tu, ma p’tite poutine, j’ai pris une pilule qui fait planer; pis là, j’pense que je contrôle plus ma force. Un peu plus et je me mets à frencher ma pauvre chatte qui doit ben se demander pourquoi je la regarde de même avec des gros yeux. Non, non, j’ai pas pantoute les pupilles dilatées, moé là. Au secours, j’viens de me voir la face dans l’miroir. Stie qu’on fait peur un lendemain de party. J’pense que je vais aller mariner dans le bubble bath jusqu’à temps que j’aie le corps aussi ratatiné qu’une datte d’Algérie. Quelques heures plus tard...
Quoi! Y’est pas 6h30? On est-tu le matin ou le soir? Fuck que j’haïs ça me réveiller encore plus mêlée que quand j’me suis couchée. Pis veux-tu ben me dire quossé que je fais couchée toute nue en petite boule sur le tapis de la salle de bains? Ayoye ma pauvre tête! J’ai la tête comme d’l’asphalte, j’voudrais seulement dormir, me noyer dans l’cognac et me laisser mourir... Ouch, mon ventre! J’pense que j’ai faim, moé là! Un sandwich aux tomates toasté, une banane, pis un demi-bol de céréales en 28 heures, demande-toi pas pourquoi t’as mal au ventre, ma pitoune. Bon, prends ton courage à deux mains, Madeleine, mets ta jaquette, pis marche! J’avance en rampant jusqu’au frigidaire et j’attends patiemment que ma tête dise à mon corps d’ouvrir la porte. Je passe un bon cinq minutes à fixer la douzaine d’œufs qui se met tout à coup à danser le continental autour du pot de mayonnaise. Je referme la porte et j’m’en vas me commander une pizza. Tiens, mon afficheur qui flashe. Veux-tu ben me dire c’est qui le zouave qui m’appelle un lendemain de party? Oups, c’est ma mère. Fuck, j’avais un souper d’Action de grâce chez eux à 6 heures! Y’est quelle heure là? 7h15... "Allo Maman? Euh, comme tu peux voir je suis un p’tit peu en retard, c’est que j’avais un meeting ben important qui vient juste de finir. Avez-vous commencé à manger? La soupe seulement? Attendez-moi pour la suite, je saute dans un taxi et je suis là dans 20 minutes." Bon ben, j’pense qu’on va oublier la pizza. J’avale deux tylenols extra-fortes, j’cale un grand verre de jus de canneberges et j’m’en vas faire mon devoir de bonne chrétienne. Maman chérie, fais chauffer le jambon aux ananas pis débouche le vin de dépanneur, j’m’en viens vomir sur ta belle nappe en dentelle que j’t’ai ramenée du Portugal!

Quelques verres de vin cheap plus tard...
Y’est 4 heures du matin, ch’t’encore sur le chemin… Pis j’peux-tu vous dire qu’en ce moment, chu en beau joual vert! Après le souper familial, je suis allé noyer tout le mauvais vin que j’ai bu à coups de shooters de Jack Daniels avec ma copine Lyne et son chum au chic club Adonis. Comme c’était leur dernière soirée en ville, pas besoin de vous dire qu’on a arrosé ça ben comme il faut. Je sais même pas comment chu rentrée chez nous. Je cherche toujours à comprendre ce que je fais avec une contravention de 138 piastres pour m’être trouvée dans un parc après minuit. Dis-moi pas que j’me suis encore endormie en d’ssous d’un sapin au parc Lafontaine? J’espère juste que j’avais pas les culottes baissées quand j’me suis fait arrêter! Mais c’est pas ça qui me met dans tous mes états. J’vous avais pondu un super article dans un état second, complètement frostée on va dire, avec les yeux dans la graisse de bines pis les cheveux collés dans le fond de la tête. Demandez-moi pas ce qui s’est passé, mais en essayant de sauvegarder mon texte, mon ostie d’ordinateur de mes deux… (excusez mon langage, mais y’a toujours ben des limites à me faire niaiser par une boîte en plastique que chu à veille de gârocher en bas du troisième, si ça continue) a décidé de flusher des heures de travail acharné quelque part dans une autre dimension. Ça fait qu’évidemment, j’me rappelle pus pantoute de quoi je vous causais, mais tout ce que je peux vous dire, c’est que présentement chu dans un état d’ivresse encore plus avancé parce que j’ai vidé le fond d’une bouteille de cognac et, là, si je fume pas un gros batte dans les quinze prochaines secondes, j’sens que j’vas encore finir à terre sur le plancher du salon la face au creux de la bédaine de ma chatte Shirley. Ah, mes chéris, j’ose à peine imaginer si c’que chu en train de vous écrire va avoir du sens demain matin, quand j’vas me réveiller pour me relire avec la bouche pâteuse, l’oreiller imprimé sur la joue et le torse croûté de mes jeux de poignet libidineux. Bout de viarge! Y’est pas déjà 6 heures et demie? Au secours, dans dix minutes il va faire clair! Vite le vampire, dans ton cercueil! "Dring, dring!" Bon veux-tu ben me dire qui c’est qui peut ben m’appeler à une heure pareille? "Allo? Lyne? quossé qu’tu veux, vieille saoûlone? T’es où là? Non, pas chez Franky, le beau p’tit danseur blond de l’Adonis qui a la tête en forme de courge spaghetti et dans l’entrejambe duquel tu t’es perdue pendant que moi et ton chum, on essayait de comprendre pourquoi l’autre danseur qui était sur la scène en train de faire son slow érotique sur une toune de NSYNC (ouach, ouach et triple ouach!) portait des bas blancs et des loafers en vinyle noir à pompons? Sorry darling, mais là, chu en train d’essayer de recommencer mon article pour la huitième fois, ça fait que j’ai pas le temps d’aller me joindre à vos ébats folâtres à 100 piastres de l’heure. Désolé de te décevoir, mais là, tu vas être obligée de te faire tripoter le minou sans moi, ma noire! Pis j’pense à ça, t’as pas un avion à prendre à midi, toé? Tu m’excuseras, ma crotte, mais là, faut que j’te laisse, j’ai un article à finir et une vingtaine de shooters à vomir."

Et pour finir...
Finalement, c’est pas un, ni deux, mais cinq jours que ça m’a pris pour me remettre de mon week-end de débauche. Une semaine sur la déprime, sans énergie, c’est long en calvaire! C’est pas mêlant, j’étais tellement finie que j’avais l’impression d’être un céléri mou oublié dans le fond du tiroir à légumes. C’est là que je réalise que j’ai pus 20 ans, mes chéris. J’ai abusé, pis là j’paye pour mes folies, mais j’m’en fous parce que j’ai eu du fun en crisse! Chu peut-être maganée, mais j’ai encore de nombreuses ressources pour vaincre la dépression qui suit un long week-end de bamboula. D’abord, quand chu su’l cul pis que j’en peux pus de passer mes journées à me rougir les yeux devant les reprises de Wonder Woman et des Golden Girls, j’avale une demi-douzaine de bouteilles de Red Bull et je fais une cinquantaine de push up en bobettes, la fenêtre ouverte, pour me réveiller ben comme il faut avant d’aller entreprendre un long chemin de croix en douze stations, question de recharger mes batteries et de faire prendre un peu d’air frais à mon cerveau abruti. Je termine toujours mon pèlérinage régénérateur devant une grosse poutine extra fromage que j’rote avec un bon Coke Classique. Et naturellement, avant de rentrer chez moi, je fais une halte relaxante au sauna du Plateau. Chanceuse comme je suis, à cette heure-là, il y avait seulement deux clients. Et comme un malheur ne vient jamais seul, je les connais tous les deux. Qu’à cela ne tienne, j’ai une poutine à digérer moé là. Et si ma mémoire est bonne, y’en a un qui a la queue large comme un shish taouk et l’autre a les fesses dodues comme une dinde de l’Action de grâce. Pas besoin de vous dire que ça pas été long que j’me suis retrouvée entre les deux à faire la tranche de jambon. Finalement, même si j’ai déjà dit cent fois que c’est la dernière fois que j’me dévergonde de la sorte, je rentre chez moi la plotte à terre, les ovaires en d’ssous du bras, avec un peu de bave qui coule le long de mon grand sourire béat, en rêvant au prochain long week-end de party. Ah si c’est pas ça la vraie vie, mes tout-p’tits, qu’on me pende pour ne pas la vivre plus souvent!

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