Été indien

Francis Lagacé
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On s’accroche toujours à la chaleur. C’est sans doute pourquoi on accueille avec tant d’émerveillement l’été indien, cette période douce qui, dans les campements d’été des Amérindiens, suivait normalement la première neige. Les Français connaissaient aussi l’été de la Saint-Martin, autour du 11 novembre. C’est après cette date que l’on cueillait les raisins surmûris qui, gorgés de sucre, allaient donner des vins doux naturels. L’été indien que je vous propose sera composé de vins qui réchauffent. D’où vient la chaleur?
Pourquoi dit-on qu’un vin est cordial, chaleureux ou ensoleillé? Il y a bien sûr le degré d’alcool. L’impression que notre intérieur se réchauffe au passage du divin nectar relève d’un taux d’alcool supérieur à 12,5 %. C’est agréable après la chasse au canard. C’est autre chose si l’on a passé la journée à travailler au soleil. Il faut donc choisir le degré du vin en fonction du climat et des sensations recherchées.
Autre élément qui ajoute à l’impression de chaleur, ce sont les tanins enveloppants des rouges bien riches. On pense au grenache, au tannat et au malbec. Ces cépages sont utilisés respectivement pour les vins de côtes-du-rhône ou du languedoc, les madirans et les cahors. L’impression de communier avec les racines de la terre et le sang du pays, est aussi un facteur de réchauffement que procurent, entre autres, ces cépages forts et bien colorés.

Allons au bois pendant que le loup n’y est pas...
Comme une cueillette automnale de champignons, cette impression de fouiller dans la terre, cette richesse d’encre, les cahors nous l’offrent avec générosité. Voici deux succès garantis :
Le Clos la Coutale 2001 est d’une belle teinte de jus de cassis. Au nez, on est surpris par des effluves d’orange, de vanille, puis de truffe. C’est un chaud plaisir en bouche où se côtoient le chocolat, le thé et d’autres sensations minérales dans une texture ronde, souple et corsée. (No 857171; 15,25 $) B+

Le Château Lagrezette 2000 de la maison Dominique Perrin à Caillac est un costaud avec ses 13,5 % d’alcool. Grenat à reflets pourpres, il a un nez minéral où fricotent la terre et la laine mouillée. La bouche est ample, ronde, et la langue est massée souplement par le cuir, le tanin et la vanille. (No 972612; 24,80 $) A-

Nous quittons le Lot et montons un peu vers le nord, dans l’Indre et la Loire, où le cabernet franc, un gaillard solide et calme, produit des élixirs riches et souples. Le Clos du Chêne Vert 2000 est un Chinon d’une réjouissante couleur pourpre à reflets violets. Le nez est aussi très terrien avec ses évocations de pomme de terre, d’iode et de poivron vert. La bouche souple et ronde rappelle aussi le poivron vert, le sel et une touche de merise. Parions que vous serez heureux de le joindre à votre civet de lièvre. (No 892182; 26,80 $) B+

Un peu plus léger
On ne boit pas toujours des vins forts en alcool et costauds comme des bûcherons. Le Pinot noir de Michel Laroche 2001 est un vin de pays de l’Île de Beauté. Il ne sera jamais bouchonné, car il est fermé au polymère. D’un beau rouge clair, il a un nez minéral qui combine les fruits rouges des bois et le thé. En bouche, toute souple et ronde, c’est le jus de fraise qui se marie au chocolat. Très agréable et très bon rapport qualité-prix. (No 309286; 13 $) B-

Le Côtes-du-Forez de Georges Dubœuf 2001 fait honneur à cette maison qui produit des vins toujours aimables. À 12 % d’alcool, c’est plus reposant pour le foie et l’estomac que les confrères agressifs. C’est un joli jus de cerise que l’on voit sortir du goulot, puis les narines frétillent devant la confiture de fraises des champs. La bouche n’est pas en reste avec ses touches de fraise poivrée bien minérale, son tanin léger et souple. Un vin de soif. (No 602805; 11,90 $) B-

La différence culturelle
La SAQ voudrait faire autant de profit que son homologue ontarienne. Or, il y a une différence culturelle importante entre l’Ontario et le Québec. Les Québécois boivent plus de vin de bonne qualité et consomment moins d’alcool fort. Devinez où les marges de profit sont les plus élevées? Oui, vous gagnez un toutou (une belle marmotte en peluche!), c’est avec les alcools que les dépenses sont moindres par rapport aux bénéfices. La SAQ nous demandera-t-elle d’être moins sophistiqués sous prétexte qu’elle veut faire plus de sous? Un beau débat de société en perspective!

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