Fish & chips

Mado Lamotte
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Pas aussitôt remise de mon été de fous à courir, à droite et à gauche comme une poule pas de tête, me voilà de nouveau plongée dans le tourbillon d’une autre semaine de fierté gaie, cette fois-ci à Manchester, en Angleterre. En fait, je suis allée là-bas à titre de représentante de notre belle communauté et surtout pour faire la promotion des Jeux gais qui se dérouleront chez nous en 2006. Grâce à ma chum Yvette de chez Tourisme Montréal, j’ai eu le grand bonheur de voyager en classe affaires avec Air Canada et j’ai été logée dans un des hôtels les plus prestigieux de Manchester. Plus chic que ça, c’est le château de Céline sur son île à Laval. J’vous mens pas, mes tout-p’tits, c’était tellement chic que même la télévision était enveloppée dans du papier de soie. Mais malheureusement, le glamour s’arrêtait au moment même où je mettais le pied en dehors de ma chambre d’hôtel. J’aurais dû m’en douter quand l’avion a attéri, pis que j’ai vu la rangée de monde qui vient voir les avions décoller, installés dans leurs chaises longues, le long de la piste, avec leur lunch pis leur cooler de bières! En fait, c’est pas que Manchester n’est pas une belle ville, au contraire, mais vous m’excuserez l’expression : câlisse que c’est plate! Un peu comme Québec en plein hiver. Viarge, on est en plein Europride pis, à part pendant la parade du samedi, où moi et Gigi, mon assistante, avons fait fureur, c’est à peine si j’ai vu une dizaine de gais dans les rues du centre-ville! Je demande pas à être entourée de moumounes quand je magasine, mais là, c’est leur semaine de la fierté gaie pis au lieu de prendre possession de la ville, ben ils restent enfermés dans leur village, sur Canal street, où on peut aller boire n’importe où dans la rue si on a préalablement acheté un bracelet à 10$ pour avoir accès au simple trottoir. (Une bonne idée que Divers/Cité devrait exploiter pour les aider à payer notre Gay Pride?) Pis dès qu’on arrive dans le quartier gai, ben c’est plein d’étudiants saouls qui viennent boire de la draft pas chère et cruiser les filles à tapettes et les lipstick lesbiennes.

C’est pas mêlant, j’ai quasiment eu plus de fun à plier les draps avec les femmes de chambre de mon hôtel, pis à déconner avec les vendeuses de souliers du seul magasin qui avait autre chose à vendre que du maudit linge de rapper extra-extra large pis des running shoes de Spice Girl. Moi qui pensais que l’Angleterre était un pays avant-gardiste, j’ai eu la preuve que c’est pas parce que Londres est une ville flyée que ça veut dire que le reste du pays lui ressemble.

En fait, c’est comme chez nous, il suffit d’aller faire un tour à Calgary pour réaliser que le Québec n’a pas grand-chose à envier au reste du Canada. J’vas peut-être me faire fusiller par mon public d’Ottawa, mais c’est à Manchester que j’ai compris pourquoi nos Canadiens anglais sont parfois si drabes. J’aurais jamais pensé faire l’éloge des Français un jour, mais j’peux-tu vous dire que chu ben heureuse que, nous autres, ce soit les Français qui soient venus nous coloniser. Parce que c’est pas en Angleterre que j’ai rencontré les plus beaux gars de ma vie, mes chéris. Croyez-moi, on est loin du charme ravageur des Italiens et des Espagnols.

J’ai peine à croire que c’est dans ce pays-là qu’ils ont trouvé les beaux acteurs de Queer as Folk. Pis avez-vous vu leur reine, cibole? Plus laide, la bonne femme! Avec une bouche de même, je l’imagine très bien à quatre pattes en train de brouter du foin. Pis là, on parlera pas du prince Charles, parce que je sens que j’vas avoir une indigestion de blé d’Inde. Heureusement qu’il y a eu la belle Lady Di pour lui donner deux fils tellement cute que c’est à se demander si elle les a faits avec lui.

Mais faites-vous en pas, mes chéris, après une couple d’aquariums de bière anglaise (parce qu’ils sont tellement alcooliques qu’ils ne peuvent pas boire dans un bock comme tout l’monde), j’commençais à les trouver pas mal beaux, les Anglais, et j’vous jure que ç’a pas pris de temps pour que je leur fasse découvrir qu’une femme italienne en chaleur, ça peut être aussi dangereux à approcher qu’un tigre qui a pas mangé depuis un mois. "Salope" est un mot encore trop poli pour décrire mon comportement pendant les trois jours que j’ai passés en terre anglaise. Pis si j’avais pas été là pour leur enseigner certaines de nos traditions, j’pense qu’ils n’auraient jamais pensé qu’on peut faire autre chose que pisser dans une ruelle. Pis allez pas penser que j’ai passé pour une traînée et que j’ai fait honte à notre peuple parce qu’à côté de ce que j’ai vu là-bas, le french que Madonna a donné à Britney et à Christina aux derniers MTV Awards, aurait eu l’air d’un baiser innocent échangé entre trois petites filles qui s’en vont faire leur première communion.

Je sais pas si c’est l’alcool qui les rend chauds comme des lapins ou s’ils se lâchent lousses de même une fois par année, au Gay Pride, mais s’ils étaient pas aussi laids, j’pense que je serais restée un mois. Hey, j’me suis même fait cruiser par des géants de six pieds 22, moi qui habituellement a de la misère à arracher un bec sur une joue aux gym queens que je rencontre. Icitte, c’est juste si j’me fais pas pousser en bas des marches quand j’fais un sourire à une grosse patate musclée de Toronto quand j’sors au Stéréo. Là-bas, ben étant donné que la plupart des Anglais sont maigres, j’vous dirais qu’il y a très peu de chances qu’un muscle se développe sur leur p’tit corps frêle de bonhomme allumette. Ça m’a pas empêchée de me ramasser avec un p’tit Bear de Liverpool, qui était venu de l’autre bout du Royaume-Uni pour me prouver que, si j’étais sortie de Manchester, j’aurais vite réalisé que c’est ailleurs qu’ils se cachent les beaux Anglais. Crisse qu’y’était cochon, mes enfants! J’vous jure que ça faisait longtemps que je m’étais pas fait labourer de même! J’ai dû perdre vingt livres juste dans la première demi-heure de baise, pis là, j’vous parle même pas de l’état de ma peau quand on est sortis de la douche après trois heures de "passe-moi l’savon, pis fais gigoter ta truite dans mon étang"! À cause de lui, j’ai failli manquer mon avion parce qu’évidemment, il fallait que je le rencontre la veille de mon départ. Mais j’peux-tu vous dire que j’étais ben contente d’avoir dormi juste 45 minutes, et ça me dérangeait pas du tout d’avoir la face gonflée comme si je m’étais fait piquer par un nid de guêpes, parce que c’est pas sur les pistes de danse installées dans le sous-sol de leurs clubs qui ont l’air de tavernes de la rue Ontario, ni dans leurs pubs remplis de lesbiennes agressives, qui ne se gênent pas pour te rentrer dedans quand tu les regardes trop longtemps, et pas plus dans les gros partys plates organisés dans des cafétérias d’université et passés à essayer de danser ben frostée sur du techno à 200 beats par seconde sous un éclairage au néon, que j’aurais gardé les plus beaux souvenirs de Manchester, oh! que non, mes tout-p’tits!

J’peux juste vous dire une chose, mes chéris, on aura beau chialer tant qu’on veut sur nos clubs, les partys du Bad Boy Club, le Bal en Blanc et la semaine de la fierté gaie, mais j’peux vous assurer qu’on se plaint la bouche pleine de crème 35% parce que là-bas, leurs partys, c’est du p’tit lait écrémé, si ce n’est pas carrément du lait en poudre, à côté de ce qui se fait chez nous. Pis j’oserai même pas vous parler de leurs habitudes alimentaires, parce que chu pas sûre que la décence me permette de vous décrire leur menu fait à base de panure, d’huile à friture et d’encore plus d’huile à friture. J’vous mens pas, c’est ben juste s’ils trempent pas leurs cornets de crème glacée molle dans la panure et l’huile à friture. Ils auraient vendu de la gomme à saveur de fish and chips au dépanneur que j’aurais pas été surprise. Moi qui adore la fine gastronomie, j’peux juste vous dire que j’aurais jamais pensé un jour m’ennuyer de notre poutine et de nos hot dogs michigan! Ça fait que la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un vous dire que c’est plate icitte, ou qu’on mange mal, ou que le monde fait dur, ou je ne sais plus quoi encore de négatif sur Montréal, ben vous leur direz ceci: il y a des vols directs de Toronto qui partent tous les jours pour Manchester!

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