Chouchou

Loin de la caricature facile

Yves Lafontaine
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Chouchou arrive précédé par un immense succès commercial en France (4 millions d’entrées). Un peu surprenant pour une comédie grand public mettant en vedette un personnage de travelo. D'une apparente légèreté, Chouchou évite tous les écueils de la caricature facile, grâce à Gad Elmaleh, dans le rôle-titre, qui en a fait un personnage à la fois drôle et émouvant. Chouchou, jeune travesti maghrébin sans papier, débarque en banlieue parisienne et se fait passer pour un exilé chilien. Le père Léon et le frère Jean l'hébergent dans leur paroisse et lui trouvent un emploi d'agent d'entretien chez une psychanalyste. Bientôt, Chouchou va retrouver son neveu, Vanessa, travesti et chanteuse dans un cabaret parisien, l'Apocalypse, et, en secret tous les soirs, endosser lui aussi robes à paillettes, perruques et faux cils argentés pour monter sur les planches.

C'est ici qu'il rencontre Stanislas, un artiste célibataire habitué des lieux. Le coup de foudre est instantané. Les deux tourtereaux vivent un véritable conte de fées. Jusqu'au jour où l'inspecteur Grégoire, un flic perturbé, lui-même patient du Docteur Milovavich, traque Chouchou sans relâche. Chouchou est née de l'imagination de Gad Elmaleh, le jour où celui-ci a remarqué un travesti perruqué de Pigalle avec un accent à la fois efféminé et maghrébin. Il a développé cette idée dans son one-man-show La Vie normale en créant le personnage de Chouchou, un travesti en pleine dépression "qui travaille Place Clichy". Ce sketch deviendra l'un des plus célèbres du comédien français, régulièrement sous le feu des rappels du public. C'est un ami de Gad Elmaleh, le réalisateur Merzak Allouache (pour qui Elmaleh a joué dans Salut Cousin), qui pousse l'artiste à transposer le personnage de Chouchou de la scène au grand écran, idée qui avait déjà germé dans l'esprit du comédien. Le résultat est un véritable un festival de quiproquos et de jeux de mots. La grande force du film, c'est qu'il n'en finit pas de jouer sur toutes les palettes de l'humour et de l'émotion. On y rit beaucoup, surtout lorsque Chouchou nous invente des expressions. Mais ne voir en ce film qu'une comédie serait injuste et réducteur. On ne rit jamais de, mais avec Chouchou. Pas si naïf que ça, irrésistiblement romantique, Chouchou devient sous nos yeux femme par petites touches. On est loin de l'outrance de Pédale douce ou d'une mauvaise version moderne de La Cage aux folles. Même si le film vise un large public, son atmosphère en apparence légère cache une âme et un cœur énormes. Jamais vulgaire, Chouchou nous laisse le sourire aux lèvres et un brin ému. Du bon cinéma populaire.

Chouchou, un film de et avec Gad ELmaleh, à l’affiche dans plusieurs salles au Québec en septembre.