Le mariage gai et L'Église catholique

Malhonnêteté intellectuelledu Vatican concernant homosexualité

Alain Lavoie
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Deux éléments importants, dans le texte rendu public le jeudi 31 juillet dernier par le Vatican à l'intention des évêques et des politiciens de la planète dans le but d'«éclairer» leur conscience, concernant la question des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles, ne me semblent pas être interprétés honnêtement et en toute rigueur intellectuelle. En effet, l'interprétation que fait le Vatican de certains passages de la Bible me laisse perplexe du point de vue de l'exégèse de ces textes. En premier lieu, ce texte mentionne : " Dans l'Écriture sainte, les relations homosexuelles sont condamnées comme des dépravations graves ". Tout d'abord, rappelons que, pour les catholiques de même que pour les chrétiens en général, l'Écriture Sainte est bipartite : elle se compose de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament. L'Ancien Testament représente l'héritage venu du judaïsme avec ses quarante-six volumes. Ceux-ci sont écrits entre le 12e siècle et le 1er siècle avant J.C. À l'intérieur de ces quarante-six livres, qui cumulent environ 2100 pages, nous pouvons dénoter quatre petites citations qui font explicitement référence aux relations sexuelles entre hommes : Genèse 19. 5-9, Juges 19. 22, Lévitique 18. 22 et Lévitique 20. 13.

Les deux premiers épisodes sont à lire en parallèle. Iles relatent sensiblement le même événement : " fait sortir cet homme que nous le connaissions " Connaître est ici un euphémisme pour exprimer les rapports sexuels. Prenez une Bible et lisez ces textes attentivement. S'agit-il d'une condamnation d'un groupe d'hommes qui violent collectivement deux filles? S'agit-il de la condamnation d'un père qui pousse ses filles à se faire violer? S'agit-il de la condamnation d'un homme qui pousse sa concubine vers le viol? S'agit-il d'une condamnation à propos du manque d'hospitalité des hommes de Sodome? S'agit-il d'une condamnation de la sodomie? S'agit-il de la condamnation d'un groupe d'hommes qui veulent violer un homme? Les questions sont ouvertes mais elles n'ont pas de réponses très claires à ce jour car nous ne connaissons pas suffisamment le contexte historique et social de l'époque afin de conclure, hors de tout doute, qu'il s'agit d'une condamnation de la sodomie ou des rapports sexuels entre hommes.

Les deux autres épisodes sont tirés du Lévitique. Ce livre apporte une législation à la tribu de Lévi, l'une des douze tribus d'Israël. Le Lévitique vient régler le culte, la morale, la vie sociale et les institutions de ce peuple. Ne pas avoir de relations sexuelles entre hommes, tout comme les autres préceptes de ce livre, aussi effrayants les uns que les autres –prenez le temps des les lire–, n'ont que pour seul objectif de distinguer le peuple d'Israël des autres peuples qui l'entourent. Si tous les préceptes du Lévitique étaient traduits de façon fondamentaliste, comme l'interprétation que l'Église fait des préceptes qui traitent des relations sexuelles entres hommes, très peu d'entre nous serions actuellement en vie. La race humaine serait certainement en voie d'extinction. Nous assisterions à une tuerie en règle et je ne cite en exemple ici qu'un seul verset, Lévitique 20. 10 : " Celui qui commet l'adultère avec la femme de son prochain sera mis à mort, lui, l'adultère, et la femme adultère ".

Le Nouveau Testament est écrit, quant à lui, au 1er siècle de notre ère. Il relate la vie de Jésus. Il se compose de vingt-sept livres qui totalisent environ 650 pages. Une seule citation fait clairement référence aux relations sexuelles entre femmes ou entre hommes : Rom 1. 26-28. Quarante mots. Jamais le personnage principal du Nouveau Testament, Jésus, n'en fait mention ou n'effleure même la question. Lorsque Paul y fait référence, dans son épître aux Romains, il énumère un catalogue de vices pour convaincre son auditoire du besoin pour l'homme d'être justifié par la foi. Évidemment, ce catalogue est issu du contexte social dans lequel Paul écrit son épître. Ici, Paul écrit aux gens de l'Empire romain. Pour ceux-ci, Paul a besoin d'être convainquant et il se sert de la culture orgiaque de l'époque pour faire passer son message. Ce texte nous redit, à sa manière, que les relations sexuelles entre hommes ou entre femmes sont vieilles comme le monde.

Après avoir situé l'Écriture Sainte, il convient maintenant de noter que le concept d'homosexualité est né vers la fin du 19e siècle avec les sciences humaines et la psychologie. Par le concept d'homosexualité, les sciences humaines ont voulu caractériser le fait, pour une personne, d'éprouver une attirance sexuelle plus ou moins exclusive pour les individus de son propre sexe. L'homosexualité, telle que nous l'entendons dans notre culture, comporte deux dimensions principales : l'homoérotisme et l'homoaffectivité. L'homoérotisme ou rapport sexuel et érotique entre deux personnes du même sexe est la dimension la plus ancienne de ce concept. L'homoaffectivité, que l'on pourrait décrire comme étant la manière dont deux personnes du même sexe s'apportent mutuellement support, amour et affection est beaucoup plus nouvelle. Effectivement, le fait de voir un nombre important de personnes du même sexe s'engager et construire un projet de vie à deux est un phénomène nouveau des dernières décennies.

Notons que la distinction homosexualité et hétérosexualité n'existe pas dans la Bible. Ce qui existe dans celle-ci ce sont des rapports sexuels inacceptables, en fait, des orgies et des viols collectifs peu importe qui baise avec qui et avec quel sexe. Il s'agit de cette même réalité lorsque Paul écrit aux romains dans le Nouveau Testament. S'il est vrai que l'homoérotisme se rapproche un peu plus de ce qu'on appelle " rapport sexuel entre hommes ou entre femmes" tel qu'on le rencontre dans l'Ancien Testament ou dans le Nouveau Testament, chez Paul à Rome, en revanche celui d'homoaffectivité y est tout à fait exclu et, par le fait même, tout à fait nouveau.

À ce titre et pour cette raison, il me semble à propos que l'Église catholique révise son approche concernant l'homosexualité ou, qu'à tout le moins, elle utilise ce concept avec transparence. Comment peut-on honnêtement comparer ce qui se passe dans la Bible et ce qui se passe actuellement si l'on tient compte des circonstances historiques, sociales et scientifiques? Comment peut-on utiliser le concept d'homosexualité, nouveau depuis seulement une centaine d'années, et l'appliquer à des versets qui ont entre deux et trois mille ans? Affirmer que " les relations homosexuelles sont condamnées comme des dépravations graves dans l'Écriture Sainte " me semble mensonger par rapport à la compréhension que nous avons présentement du concept d'homosexualité et également malhonnête par rapport à l'Écriture Sainte elle-même qui n'en a jamais traité en réalité.

Le Vatican utilise une compréhension très ancienne et plutôt nébuleuse de ce qu'on appelle dans la Bible " les rapports sexuels entre hommes " afin de caractériser l'homosexualité tout en sachant qu'au plan exégétique il n'est pas clair que ces condamnations portent vraiment sur ces rapports. Il y a là une malhonnêteté intellectuelle qui me semble non négligeable. Il serait à propos que certaines personnes haut placées au Vatican relisent Gaudium et Spes, " L'Église dans le monde de ce temps ", ce document conciliaire important du concile Vatican II. Paul VI y écrivait notamment que : " L'ébranlement actuel des esprits et la transformation des conditions de vie sont liés à une mutation d'ensemble qui tend à la prédominance, dans la formation de l'esprit, des sciences mathématiques, naturelles ou humaines et, dans l'action, de la technique, fille des sciences. Cet esprit scientifique a façonné d'une manière différente du passé l'état culturel et les modes de penser".

Le deuxième élément qui a retenu mon attention à la lecture de ce texte du Vatican concerne les obstacles à la croissance normale des enfants qui seraient éventuellement insérés dans une union homosexuelle. Le texte affirme : " Comme le montre l'expérience, l'absence de bipolarité sexuelle crée des obstacles à la croissance normale des enfants ". Une simple question : Quelle expérience a démontré cela? Cette affirmation me semble, à première vue, être plutôt le fruit de l'imagination que le résultat d'une étude sérieuse. À ce que je sache, les études publiées à ce jour ont plutôt démontrées le contraire. Il y a là une deuxième malhonnêteté intellectuelle. Rappelons-nous que des personnes ont témoigné de leur croissance et de leur épanouissement à l'intérieur d'une famille homoparentale lors de la commission parlementaire qui a précédé l'adoption du projet de Loi sur l'union civile à Québec.

Ces témoignages ont démontré qu'il n'y avait aucune différence entre des enfants vivant dans une famille homoparentale et des enfants vivant dans une famille traditionnelle. Ce constat a même encouragé les parlementaires québécois à légiférer, beaucoup plus rapidement qu'ils ne l'avaient prévu –en même temps que le projet de Loi sur l'union civile–, en faveur de l'adoption des enfants par cette nouvelle cellule familiale.

En conclusion, ces deux malhonnêtetés suffisent à réfuter les positions prises dernièrement par le Vatican contre les unions entre les personnes homosexuelles et, par extension, .contre l'adoption des enfants par ces couples. Redisons que l'interprétation des textes bibliques qui en résulte est douteuse et peu recevable pour l'esprit scientifique et qu'aucune étude n'est citée afin de prouver que l'absence de bipolarité sexuelle crée des obstacles à la croissance normale des enfants.