Le calme avant la tempête

Mado Lamotte
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Du Village à Châteauguay, en passant par les banlieues du 450, la semaine prochaine, nous serons près d’un million à descendre dans les rues de Montréal pour la célébration annuelle de notre belle fifure. Au grand dam de certains et pour le bonheur de la plupart d’entre vous, mes chéris, cette année, je serai de retour à la télé aux côtés de la belle hyperactive Pénélope McQuade à la co-animation de notre belle parade. Une fois par année, n’en déplaise à Franco Nuovo, homos, lesbiennes, transsexuelles, bisexuels, drag queens, gym queens, cuirettes, moumounes, brouteuses, filles à tapettes et amis hétéros marcheront main dans la main sur le boulevard René-Lévesque ou dans les rues du Village en agitant leurs petits drapeaux aux couleurs de l’arc-en-ciel pour rappeler au reste du monde qu’être gai, ce n’est pas un mode de vie fantaisiste d’une poignée d’excentriques, pas plus qu’une maladie contagieuse qui s’attrape en se laissant masser par un beau musclé dans un after-hours. Être gai mes chéris, c’est aussi être ben ordinaire, voire même plate à mourir, pis ç’a rien à voir avec le fait qu’on couche avec une personne du même sexe. Les personnes les plus folles de mon entourage ne sont pas toutes gaies, croyez-moi. Pis quossé ça c’t’affaire-là de catégoriser le monde par leur sexualité? Es-tu gai ou straight? Es-tu top ou bottom? Tu fourres ou tu t’fais fourrer? Hey j’en ai-tu rien à branler de savoir avec qui mes amis couchent! À moins qu’il s’agisse de mon beau gérant Marco qui essaie de me voler le mec que je reluque depuis des heures à mon cabaret parce qu’il a plus de guts que moi pour aborder le monde et surtout un plus gros paquet entre les deux jambes. Et en ces temps modernes où Queer as Folk, Six Feet Under et Mambo Italiano font partie du quotidien de plus que seulement la communauté gaie, j’espère sincèrement qu’un jour, on va finir par arrêter d’entendre les petites madames de Rosemont dire du nouveau couple de mounes qui vient d’emménager à côté de chez elles : "Ils sont donc fins, c’te monde-là!" D’abord, on n’est pas "c’te monde-là" pis quand on est fin on est juste fin, comme quand on est épais, on est épais, that’s it, that’s all ! Ça fait que j’aimerais dire une fois pour toute aux gentils hétéros qui m’écrivent pour me dire qu’ils me trouvent ben flyée, colorée et courageuse de vivre mon homosexualité au grand jour que premio, chu pas flyée, chu juste "très à l’aise", deusio, y a pas grand couleur sur mon corps à part de la crasse grise quand je passe trois jours sans me laver, pis tertio, je vis rien au grand jour parce que le jour, je dors, pis à part de ça, j’peux-tu vivre un point c’est toute, bout de viarge! Ce qui ne m’empêchera pas d’être de tous les évènements importants pendant la semaine de la Fierté gaie, juste pour le plaisir de faire partie d’une grande famille de trippeux et aussi par solidarité pour tous les humains qui souffrent encore de rejet et de discrimination dans notre société qui se dit pourtant si évoluée. Ils ont peut-être aboli la loi qui interdisait encore la sodomie dans les derniers États redneck américains mais ça veut pas dire que les jeunes gais cesseront de se faire écœurer à l’école et qu’il n’y aura plus jamais de gay bashing nulle part sur la planète. Parlez-en aux gais jamaïcains et musulmans pour voir si c’est facile d’être homosexuel dans leurs pays. Alors mes chéris, la semaine prochaine, c’est à notre tour de se laisser parler d’amour, ne serait-ce que pour dire aux homophobes, aux catholiques enragés ou autres George Bush de ce monde que la communauté homosexuelle ne compte pas que des individus qui s’adonnent à toutes sortes de perversions dans le noir de leur chambre à coucher ou dans les vapeurs d’un sauna. Comme beaucoup d’hétéros, on se fouette et on se pisse dessus aussi! J’aurais envie de crier à ces chers extrémistes intolérants, qui qualifient les homosexuels d’abominations de Satan, qu’avant de chercher la paille dans l’oeil du voisin, allez donc faire un tour sur Internet et vous réaliserez que la nature abonde de pervers qui sont loin d’être tous homosexuels. Quand c’est rendu que les gais d’aujourd’hui rêvent de se marier, d’adopter des enfants et de vivre bien tranquille en couple dans un condo des shops Angus à deux pas du Loblaws et du Canadian Tire, j’me demande ce qui est plus condamnable: deux gars qui se font un pompier en écoutant du Céliiine ou un fermier qui enfile une chèvre pendant que sa femme se fait monter par un poney? Après ça, ils viendront dire que ce sont les gais qui sont des dépravés.
Pédale Douce
Question de penser à autre chose avant mon marathon de la semaine prochaine et surtout pour faire prendre un peu d’air à mes ovaires, je vais aller faire la pédale sur la piste cyclable du canal Lachine... Plus de monde, cibole! Grrrr, y a ben d’la belle bédaine icitte! C’est donc ici que se cachent tous les beaux gars de la ville. Et moi qui croyait qu’ils étaient tous en train de jouer du tam tam sur la montagne le dimanche après-midi. Watch out le poilu! Hey mon minou, roule moins vite, j’ai même pas le temps d’évaluer si la paire de fesses qui trône au sommet de tes magnifiques cuisses musclées vaudrait la peine que j’déssouffle un de mes pneus pour te voir penché à mes pieds en train de te faire aller la pompe à vélo sur ma trippe dégonflée. Pas de chance, la seule personne que j’arrive à suivre depuis quelques minutes, c’est une lesbienne en rollerblade bâtie comme un cheval. Comment je sais qu’elle est lesbienne? Il y a un autocollant de Réno-Dépôt sur son sac à dos. Bon ben au lieu de perdre mon temps à traîner derrière des joueuses de tennis en patins et de risquer de me faire renverser par des enragés en dix vitesses, j’vas plutôt m’écraser dans l’herbe en attendant que la manne de gouines à roulettes et de fous du guidon passe et j’vas admirer le beau paysage qui s’offre à ma vue. Depuis sa réouverture à la navigation de plaisance, le canal pullule de vacanciers qui se laissent flotter au gré du vent. Tabaslak, quossé ça c’te yacht-là? Plus gros, viarge! Évidemment, il y a deux pitounes bronzées étendues sur le toit, sûrement des trophées de chasse ramassés au Newtown hier soir par les deux machos qui sont à la barre de cette espèce de gros motel flottant. Tiens, un p’tit couple de végétariens qui font du canot en amoureux. Comment je sais qu’ils sont végétariens? Le gars a les cheveux plus longs que sa blonde pis la fille est plus maigre que sa rame. Mon doux, vous voyez pas c’que j’vois, mes enfants? Quatre japonaises en kimono qui font du pédalo. Ben voyons, qu’est-ce qu’elles font? Elles débarquent du pédalo. Non, elles s’en viennent vers moi. Qu’est-ce qu’elles me veulent. "Ogenki des ka?" Quossé? Danser le ska? J’vas leur dire le seul mot que je connais en japonais: Kodak? Moi pis ma grande gueule, me v’là pognée à les photographier avec leur appareil photo numérique gros comme un dé à coudre : en face du canal Lachine, sous un arbre, sur un banc, assises dans l’herbe, devant le comptoir à crème glacée, devant une poubelle. Bon là, ça va faire les geishas, chu pas photographe pour le National Geographic.

C’est ça, c’est ça, Arrigato, Sayonara pis r’tournez pédaler avec vos gougounes en paille! Wow, ce qui s’en vient m’a l’air d’avoir pas mal plus d’allure. Watch out les trois pétards en chaloupe à moteur. Pis y en a un qui a les cheveux frisés, ah oui, chu déjà toute trempe. Pis il joue de la guitare en plus, là j’pense que j’vas m’évanouir. Ah non, pas du Pink Floyd. Ça pis du Fleetwood Mac, j’peux pas. Pis en plus, ils boivent de la Molson Export. Quel gachis! Bon, bon, v’là encore un autre yacht gros comme un 18 roues. Coudon, c’est pas supposé être réservé aux petites embarcations ce canal-là. Pis à part ça, veux-tu ben me dire c’est quoi le trip de venir naviguer sur une étendue d’eau large comme un corridor de piscine olympique? Hey les show off, ça vous tenterait pas d’aller shaker vos bourrelets au son de votre musique plate sur le lac des Deux-Montagnes à la place? Agadou toi-même, maudite quétaine! Bon ben y a vraiment rien à faire icitte, j’vas aller voir du côté de la plage Doré si y aurait pas un beau gars perdu dans le coin des sapins qui aurait besoin de se faire ronger l’os. Niet! Y a pas un fif à l’horizon. Veux-tu ben me dire oussé qu’ils sont tous rendus? Aux chutes 69? Sont toujours ben pas tous empilés un par-dessus l’autre à la piscine Fullum? Pis quossé ça toutes ces familles dysfonctionnelles-là? On se croirait en plein milieu d’un épisode des Osbournes. Bon ben savez-vous, j’pense que j’vas aller m’étendre dans mon gros bain rond en attendant que le mercure redescende un peu pis après ça, j’vas faire comme les p’tites madames de l’Île-des-Sœurs, j’vas aller partir mon BBQ avant que ma visite du samedi soir arrive. J’vous souhaite de passer de merveilleuses célébrations de la fierté gaie mes amours et surtout, manquez pas mon Bingo au Casino le lundi 28 juillet et Mascara, le meilleur show de drags queens au monde, le samedi 2 août sur la rue Berri. Be there and Be "fiers"!

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