Être fidèle aux Infidèles

Le Resto les infidèles

Claudine Metcalfe
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Il y a de joyeux anniversaires, comme celui du restaurant Les Infidèles, que je tenais à vous mentionner. Depuis un an, je me suis faite muette sur cette magnifique adresse… Était-ce pour garder jalousement le secret? La critique l’a encensé, dès son ouverture, comme un grand bistro classique, un incontournable pour les bonnes fourchettes. Et ces gourmets constituent une clientèle fidèle : beaucoup d’hommes d’affaires, des artistes et personnalités connues qui font découvrir Les Infidèles à leurs copains. Tous ces clients sont désormais infidèles aux endroits où Marc-André Paradis et Patrick Garneau travaillaient avant de concrétiser leur rêve d’avoir leur propre restaurant, d’où le nom Les Infidèles. "Patrick veille aux destinées de la cuisine, et moi, je vois à la salle, à la décoration, au bien-être des clients. Nous avons une belle complicité palpable dans l’atmosphère qui règne ici au resto", dit Marc-André. Leur succès ne tient pas du miracle, mais repose sur une excellente préparation, un travail acharné, un talent fou et surtout une passion des saveurs et un plaisir sans cesse renouvelé. Ils n’hésitent pas à changer la carte à toutes les saisons, tout en gardant les classiques mais apprêtés différemment.

J’y suis allée il y a un an, presque jour pour jour, alors que Marc-André faisait les dernières retouches avant l’ouverture. Afin de souligner le départ à la retraite d’une connaissance, ses amis cherchaient une bonne cuisine dans un bel endroit, et les futurs infidèles semblaient tout indiqués. Mais quand on est plus de 20 convives, ce genre de petit resto sympathique n’est pas approprié : les cuisines ne sont pas équipées pour recevoir des groupes. Qu’à cela ne tienne, j’y suis retournée quelques fois depuis l’ouverture, et ce fut à chaque visite des expériences culinaires mémorables.

Pas d’exagération, pas de clinquant dans le service, le décor ou la carte. Que de la pureté dans la présentation des assiettes et dans la composition des plats. Le service est courtois, gentil et sympathique, pas snob pour deux sous. Il a de la classe. Le jour de ma visite, c’est Marilène qui nous a servies avec toute la douceur et le doigté qu’on lui connaît.

Les 42 places sont bien distribuées dans l’espace et donnent le ton du type bistro français: chaises de bois (genre taverne) laquées noir, quelques places le long du mur sur une banquette, où sont disposés de jolis coussins rouges, seule touche vive dans ce décor sobre de terre, chocolat et crème. Au mur, quelques toiles aux tons sombres et agencements sobres, plancher de bois franc teinté brun foncé, nappes blanches impeccables, mignons bougeoirs, corbeilles de pain en fil d’inox tout en hauteur. Notons que le pain est un succulent croûté, à la mie bien présente.

Les Infidèles est un espace sans fumée, trop rare à Montréal, parfait pour une bonne dégustation. Vous apportez votre vin, ce qui allège l’addition. Il y a trois cartes: la table d’hôte, la carte pas très longue mais diversifiée et complète des plats, ainsi que… cette carte sophistiquée et détaillée des eaux embouteillées offertes à 6$ le litre.

Au menu, de la cuisine riche, avec quelques innovations, mais sans oublier les traditions et les recettes françaises, distinguées. Cerf de Boileau, canard, thon rouge, saumon, veau, lapin, filet mignon, abats et autres délices en vedette. Qui aurait dit, il y a cinq ans, alors que tout le monde ne jurait que par une cuisine hyper vide et plate, qu’un resto branché et raffiné du Plateau, rendez-vous de vedettes, donnerait dans l’os, la moelle, les onglets, le gibier, les abats? Enfin quelque chose qui goûte!

Un des plats les plus populaires est l’os à la moelle, un des meilleurs en ville. Pour que la moelle dégorge de l’os, juste avant la dégustation, on sauproudre l’os coupé sur la longueur. On va chercher la substance grasse et savoureuse que l’on tartine sur du pain croquant. On en voudrait encore et encore… mais passons à la suite. La langue de veau en sauce, offerte en entrée, est très bien apprêtée, ne rendant pas la viande caoutchouteuse. La crème d’asperge est bien fumante, légère. L’onglet de veau au poivre vert, le thon, l’escalope de saumon et la salade tiède de lapin ont été les choix des convives. Les desserts au chocolat ont primé.

Marc-André a ouvert le resto il y a un an afinde partager sa passion des saveurs, son goût de la bonne cuisine. Visionnaire, il a su trouver le créneau, la place qu’il avait à prendre dans le circuit montréalais.

Les infidèles, 771, rue Rachel Est, tél. : (514) 528-8555. Ouvert les mercredis, jeudis et vendredis midis, et tous les soirs. En moyenne: 15$-25$ par personne, le midi. 30$-35$ le soir, avant taxes et service.