Vers l’acceptation...

À propos De la sortie du placard et de l’Homophobie

Yves Lafontaine
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Le comédien Michel Poirier nous disait en entrevue, il y a quelques mois, avoir pris conscience, lorsqu'il jouait Mambo Italiano en tournée, qu'une pièce pouvait changer les mentalités. Il se souvenait plus particulièrement d'une femme venue assister à la représentation avec sa fille. Lors des échanges entre les spectateurs et les comédiens, une fois le rideau tombé, cette femme, visiblement émue, s’est levée pour clamer tout haut qu’elle avait récemment appris que sa fille était lesbienne et qu'elle voulait que tout le monde sache qu'elle l'aime. Michel Poirier s’est rendu compte, ce soir-là, du pouvoir et de la force des mots. Mambo Italiano, la pièce de Steve Gallucio qui traite, sur un mode humoristique, de la difficile sortie du placard et de l'homophobie dans les familles italo-montréalaises, est devenue, comme on le sait, un énorme succès de théâtre. Le film d’Émile Gaudreault, qui s'en inspire et auquel on prédit un succès planétaire, repose sur la même dynamique. Il est fort probable qu'au-delà des rires irrésistibles qu’il provoquera, le film réussira à toucher d’autres spectateurs, d’ici et d’ailleurs, sur les méfaits de l'homophobie. Il participera à modifier les comportements, à améliorer les attitudes envers l’homosexualité. Cette lutte contre les préjugés, contre les propos et les attitudes homophobes, contre l'ignorance, est l'affaire de tous. Chaque citoyen et chaque citoyenne, pour qui le respect de l'autre dans toutes ses différences ne se résume pas à quelques lignes d'une Charte, devraient travailler en ce sens. C’est pourquoi la Fondation Émergence propose, avec le concours de nombreux partenaires, une journée nationale de lutte contre l’homophobie. Le mercredi 4 juin se veut donc une journée de réflexion, un moment prévilégié pour aborder des thèmes reliés à l’homophobie dans tous les milieux. S’il faut se réjouir que cette journée ait reçu le soutien de l'actuel gouvernement, il faut aussi souhaiter que les programmes d'éducation et de sensibilisation naissent prochainement et reçoivent, eux aussi, le soutien gouvernemental. Depuis la loi 32, le Parti Libéral a décidé de ne plus laisser le Parti Québécois être le seul à s'intéresser aux affaires homosexuelles, et c’est tant mieux. Cependant, et malgré les bonnes intentions et promesses du gouvernement Charest, il faut constater que, d'une part, jusqu’à présent, aucun ministre du nouveau cabinet n’a été désigné comme interlocuteur privilégié des communautés gaies et lesbiennes, et que, d'autre part, des coupures sont à prévoir dans l'aide au fonctionnement des organismes communautaires. Il serait dommage que les groupes gais qui sont déjà sous-financés soient les premiers à faire les frais des choix d'austérité du nouveau gouvernement. Ce serait là un bien mauvais départ pour le nouveau gouvernement libéral. La lutte contre l’homophobie concerne tout le monde, et le gouvernement doit non seulement y participer, mais devenir l’un de ses principaux acteurs, parmi les plus convaincants et les plus convaincus.