Métier : Pharmacien indépendant

Denis-Daniel Boullé
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Charles Trenet chantait "Dans les pharmacies au Canada", des pharmacies qui tenaient plus du magasin général que de l'officine de l'apothicaire. Et c'est vrai que certaines d'entre elles sont devenues de grandes chaînes à travers la province et que beaucoup de grandes surfaces ont ouvert leur propre comptoir de médicaments. La relation avec le pharmacien recherchée par le client reste cependant l'apanage des pharmacies indépendantes qui cultivent ce lien privilégié entre le professionnel de la santé et le patient. Dans le Village, deux pharmacies indépendantes, l'Apothicaire, rue Amherst, et celle de la Clinique Actuel, coin de Maisonneuve et Amherst, misent sur le service personnalisé et le temps à consacrer aux clients. L'Apothicaire a ouvert ses portes en septembre 2002. Après avoir travaillé onze ans à l'hôpital Saint-Luc, comme pharmacien, Jean-François Boyer recherchait un contact plus direct avec le public. Le Village lui a semblé l'endroit tout indiqué. D'une part, parce que les pharmacies n'y sont pas légion; d'autre part, parce qu'il pouvait garder un contact plus étroit avec ses confrères et les médecins de Saint-Luc. Et puis, en tant que gai, Jean-François Boyer pense que beaucoup de gais vivant dans le quartier seront moins gênés d'exposer leurs bobos à un pharmacien qui n'aura aucun préjugé. C'est la clientèle de quartier que vise L'Apothicaire, les habitués qui préféreront être reconnus par leur pharmacien plutôt que d'être réduits à une prescription dans une file d'attente. Depuis l'ouverture, la clientèle augmente de 20 % chaque mois, ce qui prouve à Jean-François Boyer que le défi était relevable. Un petit salon plus confidentiel à l'arrière est réservé pour les contrôles nécessaires, comme la pression, ou encore pour de plus amples informations sur la prise d'un traitement. "Nous voulons offrir une qualité de services pour se démarquer des grosses pharmacies", précise Jean-François Boyer. Une grosse différence, puisque la grande majorité de la clientèle – hétéros et homos confondus – vit dans le quartier et ne fait pas qu’y passer. "Nous avons bien sûr des gais, mais aussi des personnes âgées et quelques familles qui apprécient l'ambiance conviviale et amicale", conclut le pharmacien.

Même approche humaine à la pharmacie de la Clinique Actuel. Martin Duquette a fait le choix du Village après avoir eu sa propre pharmacie pendant dix ans dans Ahuntsic. "J'avais besoin de changement. Après quelques mois de vacances, je suis retourné comme employé dans plusieurs pharmacies. Quand l'occasion s'est présentée, j'ai acheté la pharmacie sur René-Lévesque. Comme celle sur Sherbrooke faisait partie du lot, j'ai racheté les deux", confie Martin Duquette. La grande particularité de la pharmacie de la clinique Actuel, c’est que la clientèle est constituée en grande majorité par des patients séropositifs. Elle a donc développé une grande expertise quant à la connaissance des médicaments luttant contre le virus. "C'est tout un défi puisqu'en fait, il n'est pas nécessaire d’avoir une formation particulière, explique Martin Duquette, mais on participe aux colloques, on travaille en étroite collaboration aussi bien avec les médecins qu'avec les laboratoires et on peut donc mieux conseiller les clients, en plus d'avoir toujours en réserve les médicaments que souvent d'autres pharmacies doivent commander." Martin Duquette pense que beaucoup de séropositifs préfèrent les petites pharmacies pour la confidentialité qu'elles peuvent apporter, étant sûrs d'être servis par les mêmes personnes. Tout comme pour Jean-François Boyer, le choix du Village s'est fait presque naturellement pour Martin Duquette. "Je connais bien le milieu gai et, en tant que gai, je savais que la relation serait plus naturelle avec la clientèle gaie qui ne serait pas jugée en venant me voir pour des médicaments contre une MTS, tout comme pour me parler de choses plus personnelles." Le lien de confiance devient aussi une assurance que le client respectera plus facilement l'observance de la prise de médicaments, puisque le pharmacien renforce les indications données par le médecin.

  Pour les deux pharmaciens, un constat s'impose : les gais ne forment pas une clientèle distincte du reste du public et ils ne sont pas plus ni moins exigeants que les autres. Il n'en demeure pas moins que beaucoup d'entre eux cherchent la confidentialité quant aux traitements qu'ils pourraient recevoir et donc une attention particulière de la part du pharmacien. L'approche plus humaine développée par Jean-François Boyer avec l'Apothicaire et par Martin Duquette contribuent sûrement à créer une confiance et une sécurité qui jouent un rôle psychologique important.

L’Apothicaire- Pharmacie Jean-François Boyer

1623, rue Amherst, Montréal. Tél. : (514) 526-6777.

Les pharmacies Martin Duquette

1001, de Maisonneuve Est, bureau 1130, Montréal. Tél. : (514) 528-0877

430, rue Sherbrooke Est, Montréal. Tél. : (514) 842-7065