Le dépôt

Francis Lagacé
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On appelle dépôt ces matières qui s’accumulent dans la bouteille ou qui s’y précipitent sous l’effet de certains phénomènes. Ces dépôts obligent parfois à la décantation, opération délicate qui consiste à verser le précieux liquide dans une carafe sans que ne suivent les matières solides, pour éviter qu’il ne soit brouillé. (Le Dépôt, c’est aussi un club de sexe réputé de la rue aux Ours, près de l’angle Saint-Denis, à Paris.) Que faire du dépôt?

Je ne vous parlerai pas du commerce scabreux, chacun étant libre de ses mœurs. La première chose à dire est que dépôt n’est pas défaut. Ce sont souvent les vins les plus riches et les plus concentrés qui présentent des dépôts. Outre l’aspect esthétique (un vin brouillé n’est pas joli à regarder) ou la texture (sensation désagréable sur la langue), la présence de dépôts ne justifie pas en soi le retour d’une bouteille.

Première raison du dépôt : un vin non filtré peut comporter une partie des peaux du raisin, ce qui le rend encore plus riche. C’est le cas notamment des grands portos vintage. Il suffit de bien les décanter.

Autre raison : le choc thermique. Les vins de qualité, non filtrés, lorsqu’ils subissent un froid inattendu connaîtront une précipitation de cristaux de tartre le long de la bouteille. Ces cristaux ne sont en rien dommageables, c’est seulement le corps du vin qui sera un peu moins riche, mais toujours très bon. Là encore, si on ne veut pas retrouver ces cristaux dans son verre, il suffit de décanter la bouteille.

La dernière raison : un vin trop vieux est devenu clair et toutes ses matières se retrouvent dans le fond. Le goût sera alors mince et fluet. On dit de ce vin qu’il est décharné, aqueux (goût d’eau). C’est ce qui arrive si on attend trop longtemps avant d’ouvrir une bouteille. Ce n’est donc pas un défaut du vin ni une erreur du producteur.

Saviez-vous que plusieurs consommateurs nord-américains retournent les bouteilles contenant des dépôts, ce qui incite les producteurs européens à filtrer leurs vins? Plus les consommateurs seront informés, plus ils sauront que les dépôts ne sont pas mauvais signe et plus nous aurons la chance d’avoir des vins non filtrés qui goûteront ici ce qu’ils goûtent dans "les vieux pays".

Deux blancs nouveaux

Le Mâcon-Villages "les Florières" 2000 de la cave de Lugny est d’une couleur claire à reflets verdâtres. Son nez d’amande est typique du chardonnay dont il est constitué à 100 %. On y retrouve des notes minérales. En bouche, il est assez rond, un peu gras, le goût typique d’amande est mâtiné d’une légère touche d’agrumes et de calcaire. Recommandé avec fruits de mer ou viande en sauce blanche. (No 346049; 16,25 $) B-

Le Côteaux du Giennois 2001 du Domaine Balland-Chapuis a une robe d’or brillant. Le nez mêle pamplemousse, fruits exotiques et une touche chimique qui pourra évoquer, pour les plus vieux d’entre nous, l’odeur de la "tonette" de nos voisines ou de nos tantes. En bouche, la texture est grasse, le pamplemousse bien présent est joint à une petite touche d’épices. Fait à 100 % de sauvignon, ce vin sera idéal avec les homards. (No 917641; 18,60 $) B

Diverses régions françaises

D’Alsace nous vient un charmant Riesling 2001 de la maison Dopff & Irion. Couleur de paille, au parfum de tilleul enroulé dans la "tonette", il goûte les bons agrumes épicés. (No 210773; 16,20 $) B

Le Chardonnay-Sauvignon 2000 La Chevalière, vin de pays d’Oc de la maison Michel Laroche, ne peut être bouchonné; il est fermé d’un bouchon de polymère. Couleur jaune clair, il sent le bonbon blanc, les agrumes et les amandes. En bouche, il est très rond, même si un peu court et offre une belle acidité. C’est un mélange réussi de deux cépages. À prendre frais (100 C) avec entrées, fruits de mer, volaille légère, même bruschetta.

Le Château Saint-Martin de la Garrigue blanc 2001, côteaux du Languedoc, ne fait pas honte à son frère rouge. Dans son costume jaune très clair, il a un nez d’arachide fraîche, une bouche minérale où émergent les arachides, le minéral, le litchi et le poivre. Très chaleureux (14 % d’alcool). (No 875328; 18,15 $) B

Rouge traditionnel pour finir

La famille Rothschild est experte en bordeaux bien typés. Le Château Clarke 1999 Listrac-Médoc le confirme. Robe pourpre, nez de viande et de framboise, il est rond, encore vert, salé, poivré, tout en offrant des saveurs de framboise et de vanille qui se développent à mesure que l’aération se fait. On peut laisser vieillir quelques années. (No 480095; 34,25 $) B+ Profitez du printemps et des ventes d’entrepôt, mais ne craignez plus le dépôt!

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