Témoignage sur la cyberdépendance

"Je suis accroc aux chats"

Yves Lafontaine
Commentaires
Éric, 28 ans, graphiste et concepteur web. Depuis environ trois ans, il est devenu véritablement addict des chats, au point que c’est devenu son principal outil de rencontres. Vous l’avez peut-être croisé — ses pseudonymes réguliers sont "BlondMtl", "Josh28" et "VillerayNow". Combien d’heures passes-tu sur les chats?
De trois à quatre heures par jour en moyenne, mais, le week-end, je peux rester connecté de 8 à 16 heures! Je ne vois pas le temps passer! Mais je ne suis pas le seul. Quand je reste connecté aussi longtemps, il y a plusieurs dizaines de personnes qui font de même sur plusieurs chats.
Tu fais beaucoup de rencontres?

Environ une par jour. Parfois deux ou trois dans la même journée et puis, après, aucune pendant une ou deux semaines.

Avant Internet, comment faisais-tu pour rencontrer?
J’ai utilisé les lignes téléphoniques, mais je trouvais que ça coûtait trop cher. Et avec le Net, il y a le côté visuel en plus. Le contact se fait plus facilement — du moins, pour moi — même si, parfois, tu retombes sur les mêmes personnes qui ont juste changé de nickname (pseudonyme). Le problème principal, ce sont les gars qui mentent ou qui disent n’importe quoi. Ceux qui s’inventent une vie.

Toi, tu ne mens jamais sur le net?
Oui, ça m’est arrivé une fois. J’ai dit à un gars que j’étais très musclé, que j’étais membré pas mal plus que je ne le suis vraiment et que j’avais 21 ans. On a chaté un bon vingt minutes. À un moment donné, je l’ai planté là... Je pense que je me suis vengé de tous ceux qui m’avaient posé un lapin. Je sais, c’est moche...

Tes trucs pour rencontrer?
Avant toute chose, il faut avoir de bonnes photos. Mais attention, pas n’importe lesquelles. Pas du type dans un party de famille, avec une nièce... Au début, un ami photographe avait pris des photos de moi avec une caméra numérique. En jouant sur le contraste, il avait accentué mes pecs. On ne me voyait pas complètement nu. Mais, depuis, je me suis acheté une caméra numérique et je suis moins pudique...

Et quel genre de photos as-tu de toi?
Celles qui sont accessibles via le site que j’inscris dans ma description sont plus suggestives qu’explicites. Je suis habillé, autrement dit. De toute façon, je n’aime pas les pics de queues seulement ou des trous de balles en gros plan. Avec l’angle souvent, les queues qui semblent très grosses sont en fait "assez normales". Quand je veux rencontrer, je demande toujours pour voir des pics du visage et du corps (habillé ou non). Si le gars a des pics de lui nu, c’est un plus, mais il ne faut pas que ce soit ce qu’il me montre en premier. Je tiens aussi à parler au gars par téléphone avant un rendez-vous, surtout si je dois me déplacer. Ça arrive que le gars ne corresponde pas exactement aux photos, mais je n’ai jamais eu de très grosses déceptions à cause de ça. J’ai eu beaucoup plus de mauvaises surprises en utilisant les lignes de rencontres.

Des souvenirs marquants?
Une rencontre à deux, qui s’est terminée à quatre. Le temps que j’arrive chez lui, le gars avait donné rendez-vous à d’autres gars. Une orgie, ma première. Il était prévu qu’on soit une vingtaine, nous nous sommes retrouvés à sept ou huit. Et personne filait top ce soir-là... Il m’est arrivé de me faire quatre gars en vingt-quatre heures. Je fixe souvent plusieurs rendez-vous, car tous ne se présentent pas ncessairement.

Est-ce que tu pourrais te passer des chats?
Si tu ne me mets pas devant un ordi branché sur le Net, oui! Je me suis déjà dit que c’était une drogue, mais je ne sais pas ce qu’il faut faire pour arrêter. À la base, je cherche toujours du cul. Après, des affinités peuvent se créer. Il y a quatre gars que je revois régulièrement. Mais je préfère voir des gars différents la plupart du temps. Une fois, je suis resté avec le même gars pendant trois mois. J’ai pensé pouvoir me passer du Net, mais, finalement, je n’y suis pas parvenu. J’ai souvent l’impression que je fais ça par automatisme, ou même par ennui. Tu vas sur le site pour voir qui est là, s’il y a du nouveau monde, et puis tu te laisses entraîner. C’est comme passer devant un magasin de bonbons. La tentation est forte.