Pologne

Les homosexuels s'affichent sur les panneaux publicitaires

Yves Lafontaine
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Les homosexuels polonais ont décidé de sortir du placard en affichant leurs photos sur les panneaux publicitaires des grandes villes, une première dans ce pays catholique à 90%. Les photos sont simples : deux personnes de même sexe, souriantes se tiennent par la main. Juste une inscription orne l'affiche: "Qu'ils nous voient!". "La grande majorité des homosexuels polonais ont peur de s'afficher, de sortir du placard", reconnaît Karolina Bregula, photographe et initiatrice de la campagne. "Pendant 4 mois, j'ai cherché des couples qui seraient prêts à poser. Je n'en ai trouvé qu'une trentaine, dit-elle. Plus rares encore sont les couples qui m'ont autorisé à publier leurs noms ou adresses. Finalement, aucun nom ni prénom ne figure sur les affiches.
Selon Tomek, un universitaire de Varsovie, "les homosexuels en Pologne vivent deux sortes de discrimination, la première de la part de l'Etat, qui ne reconnaît pas les couples du même sexe sur le plan légal, et la seconde dans la vie de tous les jours". Selon les associations gaies et lesbiennes, les cas de licenciement abusif pour cause d'homosexualité sont fréquents en Pologne, de même que des attaques verbales ou physiques. "L'idée de la campagne m'est venue après mon séjour de deux ans en Suède. Là-bas, les couples homosexuels vivent librement, font partie de la société, explique Karolina Bregula.
En Pologne, une telle situation est impensable. Les gens regardent les homosexuels comme s'ils étaient des êtres différents. Je voulais changer cet état de choses. Je voulais les montrer dans une situation normale, comme n'importe quelles personnes", souligne-t-elle.
Avant même d'être colées aux panneaux dans la rue, les affiches ont provoqué des protestations des hommes et des partis politiques aussi bien de droite que de gauche. Les maires de Varsovie et de Cracovie (sud) ont refusé qu'elles soient affichées dans leurs villes. Pourtant, grâce à la persévérance des organisateurs, elles y seront montrées sur plusieurs dizaines de panneaux publicitaires. Peu à peu les choses évoluent.
La campagne est soutenue financièrement par la ministre chargée de l'égalité des sexe, Izabella Jaruga-Nowacka. "La Pologne a des retards considérables dans le domaine de la protection des droit de la personne, en particulier des minorités sexuelles", reconnaît la ministre, venue assister au vernissage photo qui accompagne le lancement de la campagne. Selon elle, "les Polonais n'ont toujours pas saisi la chance qu'ils ont de vivre dans une société pluraliste". "Ils ne sont pas moins tolérants que les autres. Leur véritable problème est le fait qu'ils n'ont jamais véritablement discuté de ces questions, alors qu'il est grand temps de le faire. La Pologne entre bientôt dans l'Union européenne", conclue-t-elle