Diversité

Francis Lagacé
Commentaires
La mondialisation risque d’uniformiser les goûts. Cela inquiète Cyril Forget, directeur du Château Franc-Mayne, qui nous offrait une verticale de deux produits. "C’est quoi, une verticale?" s’interroge le cousin Jérôme, chez qui un mot nouveau trouble une âme lisse comme le miroir d’un étang à moustiques. La verticale est une dégustation de plusieurs millésimes du même vin. En faveur du bordeaux
La crainte de monsieur Forget? Que les vins dits internationaux (lourds, corsés, très boisés) finissent par écraser les produits originaux alliant terroir et savoir-faire.
Certes, les bordeaux sont fort chers, et les consommateurs québécois sont habitués à une offre variée à prix abordables. Toutefois, on ne doit pas jeter le bébé avec l’eau du bain et condamner les bonnes productions de bordeaux qui, entre 20 $ et 30 $, offrent des choix intéressants.

Les millésimes dégustés
Du Château Franc-Mayne, saint-émilion grand cru classé, nous avons tâté les 1998, 1999, 2000, puis un 1989. Dans l’atmosphère mal contrôlée de dégustation à plusieurs et en présence des promoteurs du produit, j’ai noté très sévèrement.
Les 1998 et 1999 m’ont paru plus charmants que le 2000, qui est censé être la réussite du siècle passé. Grâce à leur rondeur et à leur fruit, ils ont obtenu B+. Le 2000 paraît timide. Il est destiné à mûrir, mais, pour l’instant, il manque de sex-appeal. B. Le 1989, de couleur brique foncée, est très souple tout en gardant du muscle et des tanins agréables. Il obtient B+. On parle ici de bouteilles à plus de 60 $ (non offertes au Québec).
Du Montlabert, nous avons peloté les 1998, 1999, 2000, 2000 grand cru et 2001. Le 2000 grand cru, servi trop frais, aurait gagné à l’aération. Sa rondeur et ses tanins lui auraient valu plus que B-. C’est le 2001 qui fut le plus séduisant avec une souplesse empreinte de minéralité. B. Le Montlabert 1999, offert à la SAQ, présente un nez sec et minéral. En bouche, il est solide, tannique et un peu vineux (l’alcool ressort). (No 038547; 23,40 $) B-.

De la variété, en voilà
L’Esprit du Château Capendu (le petit bonhomme) est un corbières d’un pourpre attirant. Nez de fumée et de laine mouillée, il s’aère pour présenter une cordialité costaude (14 % d’alcool) et minérale qui vous réchauffera devant votre plat de lentilles. (No 706218; 16,25 $) C+.

Pour faire swinger vos desserts, le charmant Late Harvest ("vendanges tardives"), de la maison Inniskillin (Niagara), saura tapisser votre bouche d’une saveur de miel et de pomme verte. Peu complexe, mais d’une belle finesse. Taux léger d’alcool (10,5 %); sympathique et facile à boire. (No 398040; 20,95 $ les 375 ml) B+. En solde à 16,95 $ du 8 au 23 mars!

D’Espagne, un torero déterminé dont le nez alcoolé marie des effluves un peu fauves aux fruits des bois. En bouche, cuir, vanille et fruits rouges sont au rendez-vous. Mettre en carafe. (No 904524; 19,50 $) B+. Offert en grandes quantités à la succursale Beaubien.

Le Terre rouge, syrah, les Côtes de l’Ouest, de chez Easton Wines, est une réussite californienne. Ce vin semble avoir trouvé un magasin de prédilection à Pointe-Claire. God knows why et moi non plus. Très costaud personnage (14,5 % d’alcool), pourpre, au nez de chocolat, de fruits noirs et de poivre. En bouche, d’abord corsé, il voit le cacao, la fraise et la réglisse se succéder en un charmant cortège qui s’estompe en poivre. À essayer! (No 897124; 29,70 $) A-.

Le Château Doisy-Daëne 2000 est un bordeaux blanc dont le nez rappelle vaguement le pipi de félin (cette odeur évoque la pêche macérée pour d’autres ou le buis), puis se dévoile des parentés avec le madère, mais sans goût de beurre rance. En bouche, il est très sec, montre son bois et la vanille qui en découle, puis glisse comme un sirop (au sens français du terme) de pêche très mûre pour finir en léger poivre. Dépaysant. (No 145599; 26,25 $) B-.

Le Terres de famille 2000 Pinot noir du Domaine de la Vougeraie a tout le charme des bons bourgognes rouges sans prix excessif. Le nez de fruit rouge et de caramel se poursuit en bouche avec fraise, poivre et chocolat. Souplesse et rondeur caressantes. (No 728394; 25,05 $) B+.

Faveur de fin d’hiver
Dimanche soir, ne songez pas au lendemain, calez-vous dans un fauteuil moelleux et sirotez un Royal Oporto Tawny de 20 ans. L’érable doux, la chaleur confortable et comme un parfum de café se combinent dans cette délectable expérience. Cela paraît cher pour 375 ml, mais ne passez pas à côté d’une telle jouissance. Non seulement la couleur ambrée est aguichante, mais la bouteille a l’air riche. (No 733790; 31,75 $) A-.

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