Souvenirs de voyage...

Une Italienne en Australie

Mado Lamotte
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Je l’sais, j’ai pas été fine avec vous autres le mois dernier, j’ai manqué mon rendez-vous mensuel, et ce, en plein pendant le temps de l’année où vous avez le plus besoin de moi pour vous faire rire et vous faire oublier qu’il reste encore six mois avant le retour des journées chaudes. Vous voulez savoir où j’étais partie trotter encore? Lisez ce qui suit et je suis certaine que vous me pardonnerez mon absence involontaire. Ou ben chu folle, ou ben chu masochiste, mais j’vous dis qu’il faut vraiment avoir besoin de vacances pour se taper les 20 heures d’avion et les 16 heures de décalage horaire qui nous séparent de l’Australie. Mais, grâce aux bons soins du beau Eric d’Air Canada, j’ai passé une partie du trajet en 1re classe à me bourrer la face de champagne, de saumon fumé et de truffes au chocolat. C’était la première fois que je voyageais parmi les snobs et les sacoches Louis Vuitton, mais j’vous assure que ça sera pas la dernière. Avoir mon hôtesse privée qui me chouchoute comme si j’étais le dernier être humain sur Terre, ça c’est le genre de traitement royal qu’une femme de mon rang mérite. Viarge, ça fait dix ans qu’on me présente comme la reine du Village partout où j’vas, y serait à peu près temps que j’assume mon rôle, pis que j’investisse mon argent ailleurs que dans les saunas et les clubs de danseurs.

Alors donc, mes p’tits chéris, à peine un an et demi après la première fois où j’ai mis les pieds ici, je suis retournée au pays des kangourous, des koalas, des beaux surfeurs et des clones de Kylie Minogue. Mais voulez-vous ben me dire ce qui m’a prise d’aller me ramasser à l’autre bout du monde pour mes vacances d’automne? Cuba ou le Mexique, c’était pas assez loin pour moi? S’il n’avait été question que de me faire bronzer les boules à l’air en sirotant des margueritas entourée de jeunes gigolos qui ne se seraient pas fait prier longtemps pour me brouter la pelouse en échange d’une poignée de peanuts, c’est certain que j’aurais choisi une destination un peu plus près de chez nous, mais si j’ai choisi l’Australie, en plein pendant les Jeux gais de Sydney, c’est purement à titre d’observatrice en vue des prochains jeux qui auront lieu chez nous en 2006.
Mais comptez pas sur moi pour vous faire un compte rendu détaillé des Jeux, parce que vous savez sûrement déjà que les athlètes de Montréal sont revenus avec une vingtaine de médailles et de beaux exploits à raconter. De toute façon, je n’ai pu assister à aucune de ces glorieuses victoires. En fait, pour être honnête, j’ai rien vu pantoute des Jeux. Mais j’ai tout de même assisté aux cérémonies d’ouverture (géniales) et de clôture (ennuyantes) et j’ai fait acte de présence à la plupart des cocktails, soirées et autres partys organisés pendant les Jeux. Et ce qu’il y a de bien avec les Jeux gais, c’est que c’est pas juste du sport. Il y a aussi un grand volet culturel où des artistes locaux et internationaux ont la chance de faire valoir leur talent artistique devant des visiteurs venus de partout sur la planète.

De mon côté, j’ai opté pour l’exotisme et je suis allée voir des trucs que je ne risque pas de voir chez nous. J’ai donc fait un tour de ville pas conventionnel du tout, donné par des drag queens toutes aussi laides les unes que les autres, j’ai été instruite sur le comportement homosexuel de certains animaux au zoo de Taronga, j’ai marché aux côtés des Sisters of the Order of the Perpetual Indulgence dans leur pèlerinage très passionnant à travers les saunas de la ville, qu’elles appellent tout simplement Our Chapels of Love, j’ai assisté à un spectacle son et lumière dans une toilette publique du Taylor Square, j’ai écouté avec grand intérêt la sixième symphonie de Beethoven (ma préférée) jouée par un orchestre de musiciens tout nus (oui, oui, vous avez bien lu, tout nus, tout nus, pas de bas) et j’ai vu une exposition de sculptures assez éclectiques sur le bord de la mer où se côtoyaient entre autres bizarreries, un jardin de boules disco, une réplique du pont de Sydney faite en baguettes chinoises et une face de pierrot emprisonnée à l’intérieur d’une machine à laver géante.

Évidemment, qui dit Jeux gais dit aussi partys à tous les soirs, alors pas besoin de vous dire que j’me suis fait aller le bassin, pis j’me suis shaké le cul plus d’une fois. Pis là, j’vous parle même pas des après-midi à me faire bronzer topless (c’est permis ici) en reluquant les beaux surfeurs à Bondi Beach ou en compagnie des moumounes à p’tites bizounes (les stéroïdes, ça fait peut-être grossir les totons, mais ça fait rapetisser d’autre chose aussi) sur la plage de Tamarama (rebaptisée Glamarama par les gens d’ici ). Hey pis, j’ai même donné un show devant nos athlètes montréalais et des centaines d’autres venant d’Australie et d’ailleurs. Mais c’est plus compliqué de se faire comprendre par 22 nations différentes, viarge! On m’avait pas dit que je devais donner un speech devant l’ONU. J’ai beau parler trois langues et être capable de dire bonjour en 10 autres mais chu pas le pape, cibole! chu juste une drag queen. Ben, malgré la chienne qui m’a pognée dix minutes avant le show, j’ai quand même réussi à faire rire tout ce beau monde-là et à leur faire chanter Minifée et Gigi l’Amoroso a cappella. Pas pire pour une p’tite drag queen qui est pas prise au sérieux par les médias montréalais! Si j’avais pas à m’occuper d’un cabaret, j’vous dis que j’aurais pas hésité longtemps à m’établir là-bas. Les Australiens sont peut-être pas les plus beaux hommes au monde, mais ils savent reconnaître le talent d’une quétaine quand ils en voient une. Après tout, n’est-ce pas eux qui nous ont donné Priscilla, Olivia et l’ostie de chasseur de Crocodile?
Après les Jeux, question de refaire le plein d’énergie après la semaine de débauche intense que j’ai passée à Sydney, je suis partie en solitaire faire le tour des plages magnifiques du New South Wales. En fait, je n’étais pas tout à fait seule car, comme je ne conduis pas, y fallait quelqu’un d’assez brave pour prendre le volant à droite et conduire à gauche sur la route à une voie du Pacific Highway (stie de système routier mongole! Ça vous tenterait pas d’ajouter une couple de voies, c’est une autoroute, pas un rang dans le fond d’un bois, viarge! Pis roulez donc du même bord que tout l’monde, gang de twits!). Je me suis donc imposée aux derniers Montréalais qui traînaient encore en ville après les Jeux et qui s’apprêtaient, tout comme moi, à remonter vers le nord, le long de l’océan Pacifique, de Port Stephens jusqu’à Byron Bay. J’ai donc pris place à l’arrière de la Toyota Corolla louée par Mme Brossard de Saint-Hubert qui était accompagnée par un beau jeune mâle amérindien qu’elle insistait pour appeler son chauffeur, mais entre vous et moi, y était pas plus chauffeur que moé chu amérindienne. Mais vous dire le fun qu’on a eu, mes tout-p’tits, ça s’dit pas. Plus de party que c’te monde-là, ça s’peut quasiment pas! J’vous mens pas, j’ai eu plus de fun aux funérailles de ma belle-mère italienne le mois dernier que pendant les cinq jours ennuyants que j’ai passés avec eux autres. Moi qui pensais voir du pays et faire de la plage, ben j’ai passé la semaine à jouer au cribble pis à boire de la crème de menthe dans une roulotte sur le bord d’un lac artificiel à deux pas de la mer et, à mon grand désarroi, juste à côté d’une plage nudiste. J’irai jamais prétendre que chu aussi prude qu’un prof de catéchèse, mais j’vous dis qu’il faut avoir le cœur solide quand tu vois défiler la trâlée de Raymonde pis de Rolland qui trimbalent fièrement leurs bourrelets et leurs vergetures au gré du vent, la graine à l’air pis la noune au soleil. Pis comme si c’était pas assez, j’ai été obligée de faire du social avec les conquêtes que le chauffeur de la Brossard nous ramenait tous les soirs, parce que, comme tout jeune hétéro de 20 ans qui bave devant n’importe quoi qu’y’a du 36 D dans un t-shirt pis une craque dans une paire de jeans, notre mâle en chaleur voulait vivre à fond ses premières vacances à l’extérieur de sa réserve. Moi qui haïs recevoir du monde que je connais pas, ben y’a fallu que j’fasse le clown pour faire rire des pitounes en camisole parce que notre bel Iroquois était toujours trop stone pour leur faire la conversation. Et vous pensez que j’étais au bout de mes peines? Je sais pas si vous êtes au courant, mais il mouille à peu près cinq jours par année en Australie, et les chances que ça arrive la même semaine sont de une sur un million. Pis devinez c’est qui la chanceuse sur qui c’est tombé? Si vous pensez que j’ai capitulé, c’est mal me connaitre. Orage pas orage, j’ai passé mes après-midi étendue dans la bouette, à côté des tentes de tout nus, pis mes soirées au chic cinéma du camping à regarder des films aussi épais que les gens du coin, précédés de diapositives qui annoncent les marchands de la région dignes des plus belles images du canal Télé-Achats. Vraiment, mes tout-p’tits, y’a pas à dire, j’ai passé des vacances extraordinaires! Y manquait juste un jeu de dards pis une machine à karaoké pour que je m’installe là-bas pour de bon. C’est épouvantable comme la vie peut être injuste des fois!

Joyeux Nouel et Bonne Année, mes tout-p’tits!