Salmigondis

Francis Lagacé
Commentaires
Peu importe la saison, peu importe les fêtes, il vient toujours un temps où il faut apprêter les restes. Connaissez-vous bien des chroniqueurs qui se donnent la peine de vous suggérer l’accompagnement de ces reliefs? Certes, les vins de semaine, dont on dit qu’ils conviendront à merveille aux plats rustiques et domestiques, sont appropriés dans ces cas-là. Il en faut, car il n’est pas bien sage de servir du Château Latour avec ses croquettes de pommes de terre. Quelques vins tout usage
Le Casaleiro Reserva 1999, appellation régionale Ribatejano, de la maison Dom Teodósio, nous accueille avec une couleur rubis foncé. Au nez, on retrouve le caramel, signe de probable chaptalisation (ajout de sucre avant ou pendant la fermentation, ce qui permet d’obtenir le taux d’alcool désiré), allié à un effluve de viande de bœuf, indice de la présence de fer, à quoi s’ajoute une infime touche de clou de girofle. En bouche, l’alcool est très présent, les tanins un peu rugueux sans être amples, ce qui donne une sensation de goudron. Mais cela n’est pas désagréable et s’allie à une touche de cannelle. Pour tous vos ragoûts et plats de semaine. (No 610162; 11,30 $) C

Le Château de Valcombe, costières de Nîmes, est le vin passe-partout idéal. Le 2001 est étonnant avec ses 14,5 % d’alcool. De belle couleur rubis, son nez est enrobé de fugace SO2 et d’un peu de fumée. Ces odeurs disparaissent à l’aération alors que se dévoile un peu de syrah (on pense à un fruit réglissé), mais l’alcool domine. En bouche, on a un tanin souple, une belle rondeur, du sel, de la syrah et de l’alcool. (No 279463; 11 $) C

Dans le blanc, le Tutiac 2001, appellation Premières Côtes de Blaye, en Gironde, a une belle couleur jus de lime. Le nez est à l’avenant et s’y ajoutent des touches d’amande et de menthe fraîche. La bouche rappelle le fruit frais, équilibrée par des nuances minérales et poivrées. Assez court et vif, il est très correct. (No 624320; 12,70 $) C+

En bas de laine
L’un de mes confrères chroniqueurs estime, contrairement à la plupart des auteurs français, que l’odeur de laine mouillée se trouve plus souvent chez les vins blancs que chez les rouges. Il argue de sa fréquentation du hockey et de son usage pérenne des mitaines. Eh bien, "je désaccorde", comme diraient certains de mes étudiants. Moi-même élevé dans la laine et les forts de neige, j’ai fréquenté le hockey en patins et en bottines. Mon expérience me dicte pourtant que les vins rouges surtout peuvent présenter les effluves de la laine mouillée, sensation beaucoup moins prégnante que celle qui vous assaille dans un métro automnal lorsque la pluie a fait ses ravages.

Ainsi le Marqués de Cáceres 1998 d’appellation rioja affiche cette laineuse couverture (olfactive, s’entend) au-dessus de pruneaux macérés. D’un beau rubis foncé, il révèle en bouche des tanins soyeux, des touches de vanille, un épice légère sur un cuir souple soutenu par l’alcool (13 %). Un compagnon sympathique des viandes rouges. (No 103887; 16,30 $) B-

Toujours chez les costauds, l’Antipodean rouge 1998 nous vient de down under, comme ils disent, dans la vallée de Barossa. Ce vin original combine quatre cépages : mourvèdre, touriga, syrah et grenache. Sa couleur jus de betterave ne laisse pas deviner que des notes de tabac cubain et de musc effleureront vos narines. En bouche, si l’alcool paraît au premier abord, on se réjouit de découvrir ensuite la réglisse, le poivre, des tanins présents, mais pas trop agressifs, et une bonne longueur. À servir un peu rafraîchi (autour de 16º). (No 883561; 19,35 $) B

Envahissez l’Île-des-Sœurs, mes biens chers frères, car il s’y trouve en grande quantité du Château de Gourgazaud Reserve 1999, ce Minervois La Livinière au nez de vanille, de fruits confits et de cuir. La bouche est comblée par la vanille, le chocolat, le tanin musclé, les pruneaux et une acidité qui promet encore quelques années de longévité. (No 972646; 18,85 $) A-

Pour fêter
Vous voulez accompagner un gentil clafoutis aux poires? Vous voulez un digestif pas trop agressif? Ou alors, vous aimez les apéros liquoreux? Le Coup de foudre de la Cidrerie du Village (non pas le nôtre, mais celui de Rougemont) est un cidre liquoreux titrant 18 % d’alcool. Belle robe ambre jaune suivie d’un nez de pomme en sirop avec des nuances de cire d’abeille, de noisette et de gâteau blanc. La bouche se fait ronde, ajoutant à la pomme une glycérine moelleuse et légèrement relevée comme une pincée de gingembre. Servir à 10º. (Se vend 24,25 $ les 500 ml chez le producteur) B

Quel champagne boire pour célébrer les fêtes de fin d’année? Certains prétendent que le Moët et Chandon est le meilleur, d’autres ne jurent que par le Veuve Clicquot. Enfin, le Laurent Perrier et le Perrier-Jouët ont aussi leurs adeptes, sans oublier le Pommery. Il faut y aller selon sa bourse et ses préférences. Le Moët et Chandon est le plus tranchant, il en coupe la respiration. Le Clicquot a un petit piquant qui rappelle la pomme. Le Laurent Perrier a une belle souplesse. Essayez-les tous ou, si vous n’en avez pas les moyens, rabattez-vous sur les excellents cidres mousseux du Côteau-Saint-Jacques ou du Clos de la Montagne.

Le mois prochain, si vous êtes sages, j’aurai peut-être à vous parler de l’Australie.

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