Escapade de quelques jours

Le nouveau Toronto

Yves Lafontaine
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Toronto la prude a changé. Ce n’est pas la même ville qui, il y a quelques années, se couchait à l’heure des poules, roulait ses trottoirs à 20h, menaçait d’arrêter Madonna et son Girlie Show pour "grossière indécence", interdisait le spectacle du groupe The Barenaked Ladies (en français : les femmes toutes nues) uniquement à cause de son nom et où l’on avait plus la chance de grignoter une pizza congelée que des mets exotiques. Non Toronto a changé et c’est tant mieux.

Une invitation de l’Office de tourisme de Toronto à joindre un groupe de journalistes gais est parvenu à notre bureau, en mai dernier. C’était la première fois que l’organisme de promotion touristique de la ville reine posait un tel geste (alors qu’à Montréal, cela fait maintenant plus de cinq ans qu’on organise de tels voyages, à l’attention des journalistes gais. Une dizaine de représentants de médias gais, des quatre coins de l’Amérique du Nord, ont répondu à l’appel et ont pu constater combien Toronto a changé et ce qu’elle a offrir aux voyageurs gais.
Évidemment au premier regard, Toronto est toujours Toronto, la métropole du Canada au profil nettement américain où trône la fameuse tour du CN, toujours le plus haut édifice au monde, solidement planté aux abords du lac Ontario. Les pittoresques street-cars électriques sillonnent encore les rues comme à San Francisco. Mais si votre séjour dans la capitale ontarienne remonte à 5 ans, comme moi, ou même 10 ans, il y a à parier que vous serez très surpris.

Toronto ne mérite plus sa réputation de ville-dortoir et la vie continue désormais bien après la fermeture des bureaux. Une rafraîchissante pluie de cafés, restaurants, boutiques, théâtres, bars et discothèques s’est abattue sur la Ville Reine ces dernières années, et Torontois et Torontoises sont les premiers à vouloir en profiter… jusqu’au last call, qui est passé d’une heure à deux heures du matin. Il y a même, pour les oiseaux de nuit qui ne veulent pas rentrer au nid avant l’aurore, des after hours, comme le très branché fly, un bar gai qui ne ferme qu’à 7h du matin les samedis et dimanches... avant de servir le brunch dès 11h!

Que c’est-il passé? Certains Torontois d’adoption, et Montréalais d’origine, expliquent ce changement de mœurs par les milliers immigrants, dont plusieurs milliers de Québécois, qui s’y sont installés au fil des ans. À ce propos, depuis le début de l’année, il ne s’est pas passée une semaine sans qu’un événement culturel d’importance n’ait lieu en rapport avec des Montréalais ou d’ex-Montréalais.

Mais, le "nouveau Toronto" doit sans aucun doute son origine à une donnée démographique exceptionnelle : la ville compte maintenant plus d’immigrant que de gens qui y sont nés. Européens de l’Est et de l’Ouest, Asiatiques, Africains, Sud-Américains : plus de 80 groupes ethniques ont pignons sur rue à Toronto dans les centaines de restaurants exotiques et marchés alimentaires. Des quartiers entiers ont les couleurs et les odeurs de lointaines contrées. Et la communauté gaie ne fait pas exception.

Le quartier gai

Auparavant situés sur la rue Yonge près d’Isabella, les établissement gais se sont lentement déplacés sur Church Street à proximité de Wellesley où l’activité commerciale — à l’instar de la rue Sainte-Catherine à Montréal — s’est développée à un rythme effarant. Les rues avoisinantes, résidentielles pour la plupart, sont un mélange d’élégantes town houses restaurées, de tours à appartements en voie de rénovation et de condos luxueux récemment construits. Le centre communautaire (le "519") profite du soutien de la ville de Toronto. Il occupe un édifice très bien situé sur Church et est entouré d’un très beau parc où l’on a aménagé le Mémorial dédié aux personnes décédées des suites du sida, un oasis de calme, bien que très fréquenté. De chaque côté du 519, quelques bars avec pistes de danses (The Barn et Woody’s/Sailor, toujours aussi populaires et bondés), mais surtout des bars rencontres (Black Eagle, Crews, etc.) quelques saunas (Barracks, New Bijou, Cellar, Club Toronto, Spa on Maitland, tandis que le toujours populaire St. Marc Spa est toujours situé sur Yonge) et plusieurs boutiques spécialisées (Priape, Body Body, la librairie It’s Ain’t the Rosedale Library, pour ne nommer que celles-là) et un grand nombre de restaurants dont le Wilde Oscar (à la fois bar et resto avec terrasse sur la rue) et Zelda à l’incomparable décor kitsch et où Zelda et ses drag trash vous servent avec humour et un brin d’attitude. Ouvert la veille de ma visite, le succès instantanné de ce resto branché risque encore plus d’accélérer la transformation de ce bout de rue où les loyer grimpent constamment. Je me suis fait dire que Zelda payait plus de 25 000$/mois pour son local... et que plusieurs établissements voisins craigaient de voir une nouvelle flambée des prix s’abattre sur eux.

Magazinage

Pour les adeptes du magazinage, Toronto offre vraiment de tout, et pour toutes les bourses. Si votre carte de crédit digère les factures salées, dirigez-vous rue Bloor (entre Yonge et Avenue Road). Les boutiques des grands designers s’y bousculent et jouent du coude, séparées, çà et là, par quelques-unes des meilleures (et surtout des plus chères) tables en ville. Heureusement, ici comme ailleurs, le lèche-vitrine ne coûte rien!


Pour une expérience différente, et plus abordable, la rue Queen est vraiment un must. Mariage hétéroclite de Soho et du boulevard Saint-Laurent, la Queen (à l’ouest de l’édifice de Much Music, jusqu’à Bathurst) a un style bohème qui attire une foule jeune et moins jeune, plutôt branchée. Lush et Planet Earth, deux boutiques au concept très original, avec leurs produits de beauté entièrement naturels, présentés en vrac, vendus au poids et qui se conservent mieux au réfigérateur. Fluevog, la boutique du designer de la Côte Ouest, dont les extravagantes chaussures feront craquer ceux et celles pour qui marcher se fait nécessairement avec style. Friperies, cafés, antiquaire. meubles exclusifs, bars, foule bigarrée : on peut facilement passer une journée entière à explorer cette avenue unique.

Hébergement

Comme toutes les grandes villes, Toronto offre un éventail très complet du côté des hôtels. De l’hôtel bon marché (mais tout de même moins qu’à Montréal...) à l’hôtel de très grand luxe, comme le Kempinsky Sutton Place, vous n’aurez que l’embarras du choix. Personnellement je leur préfère les Bed & breakfast. Ils permettent un contact plus personnalisé et offre la possibilité de résider dans des résidences typiques de la ville.

À mi-chemin entre l’auberge et le bed & breakfast traditionnel, le Ten Cawthra Square (10 Cawthra Square) est situé sur une petite rue tranquille, à une centaine de pas de l’animation de la rue Church et à distance de marche des musées, de Yorkville et de salles de spectacles. Une seconde résidence historique de style Edouardien, situé sur Jarvis (512 Jarvis Street) à moins de 100 m de la première, conjugue charme et confort. Au total 16 chambres spatieuses dotées de téléviseurs et téléphones. Info et réservations : 1-800-259-5474 ou le 1-416-966-3074 ou sur le net www.cawthra. com ([email protected]).

La Maison McGill (110 McGill St.) est aussi un choix judicieux pour qui désire résider en plein cœur du village gai. Info et réservations : 1-877-580-5015 ou sur le net www.interlog.com/ ~mcgillbb.

O’Connor Gallery

Ouverte en 1995 par Dennis O’Connor, cette galerie d’art doit son originalité au fait qu’elle est la seule au Canada à présenter des expositions d’artistes gais et lesbiennes. Carrefour où sont présentés uniquement des œuvres d’artistes d’orientation homosexuelle, elle est quelquefois le lieux de débats chers à la communauté. La galerie a accueilli des artistes de tous les coins du monde et capté l’attention des médias à travers le pays et même à l’étranger. Chaque mois, à travers des expositions en solo, en duo ou en groupe, on y découvre tous les styles d’art visuels : peinture, dessin, sculpture, poterie et photographie. Le figuratif y côtoie l’abstrait. Bien que la galerie présente régulièrement de grands noms internationaux, elle doit aussi sa notoriété parce qu’elle a présenté de nouveaux artistes lors d’expositions de groupes. Fin connaissaur d’art et un fréquent visiteur de Montréal, le propriétaire Denis O’Connor a présenté plusieurs artistes montréalais comme Zilon, Robert Laliberté et Carlos Quiros. À l’automne, Peter Flinsch et fera l’objet d’une exposition solo.

Avis aux trekkies

Le plus important congrès des fans de Star Trek a lieu tous les étés à Toronto. Au programme : vedettes de la série originale et des nouvelles générations, conférences et gadgets…

Le festival des festivals

Comme à Montréal, hiver comme été, Toronto accueille une nuée de festivals, défilés et démonstrations sur tous les thèmes et pour tous les publics. En plus des festivités de la fierté qui se déroulent généralement dans la seconde moitié du mois de juin et auxquelles plus d’un million de personnes participent, dont le maire de la ville, vous avez le choix entre le festival You’re Funny that Way, qui se tient en mai, et qui est devenu, en l’espace de quelques années, le rendez-vous annuel des humoristes gais et lesbiennes de la planète, le festival Inside Out, consacré au cinéma gai et lesbien qui célébrait, en mai dernier, son 10e anniversaire. le Rhubarb festival, un événement théatral d’avant-garde qui se tient au Buddies in Bad Times, un espace qui se cponsacre à la création gaie. Mais le plus gros festival de la ville et le plus gros happening cinématographique en Amérique du Nord, c’est le Toronto International Film Festival. Il attire vers la ville tout le grattin hollywoodien, de Brad Pitt à Uma Thurman. Cette année, c’est le Québécois Denys Arcand qui lance le festival avec son nouveau film Stardom. Du 8 au 17 septembre.


Art Gallery of Ontario

Les amateurs d’art voudront très probablement prendre un bain de culture a l’Art Gallery of Ontario (317 Dundas Street West), l’un des musées les plus prestigieux du continent.


La chaussure au Musée Bata

Toronto possède également un établissement unique au monde, le musée Bata, propriété de la famile du même nom, riche de plus de 10 000 souliers, allant des sandales des riches vénitiens du XVIIe siècle aux bottes extravagantes d’Elton John. À voir!

Ce reportage a été rendu possible grâce à la collaboration de Tourism Toronto, Ten Cawthra Square et Via Rail Canada.