Nouveaux espoirs contre les résistances

Le Fuzeon est en route!

André-Constantin Passiour
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Un médicament de la nouvelle classe des "inhibiteurs de fusion", le Fuzeon (T-20), pourrait être offert, dès le printemps prochain, aux États-Unis. Traitement encore à l'étude, le Fuzeon serait très prometteur pour soigner les patients vivant avec un virus résistant du VIH/sida. S'il nourrit bien des espérances, son administration et son prix, en revanche, soulèvent bien des inquiétudes chez les groupes venant en aide aux personnes atteintes. Il y a quelques semaines, l'agence américaine d'approbation des médicaments, la Food and Drug Administration (FDA), a accepté d'accorder au Fuzeon un processus de révision prioritaire et rapide de six mois. Ce qui signifie en clair que le traitement serait commercialisé vers la fin de l'hiver ou au printemps. Produit des compagnies pharmaceutiques Hoffman-La Roche et Trimeris Inc., le T-20 (Fuzeon) appartient à une classe de médicaments anti-VIH que l'on nomme inhibiteurs de fusion, parce qu'ils empêchent les copies du virus de fusionner avec des cellules CD4 et d’infecter ainsi des cellules saines. Le procédé est, bien entendu, plus complexe. En fait, le Fuzeon s'attache à une protéine située sur la surface du VIH, le gp41. Une fois que s'accomplit cette opération, le virus ne peut s'attaquer avec succès à une cellule et fusionner avec elle. D'où le nom de ce type de médicaments.

Les patients de plus en plus nombreux montrant des signes de résistance aux médicaments actuels ou encore les séropositifs infectés par un virus résistant pourraient bénéficier du Fuzeon. Dans sa livraison d'août dernier, le New England Journal of Medecine publiait une étude récente selon laquelle le nombre de gens ayant développé une résistance aurait triplé entre 1995 et 2000 pour atteindre les 12,4%. Une autre étude menée par le ministère des Affaires des Anciens combattants était encore plus tranchante: 78% des 1647 personnes testées étaient résistantes à un ou plusieurs médicaments de trithérapies.

Lorsque l'on tient compte du fait qu'il y a entre 850 000 et 950 000 séropositifs aux États-Unis et que l'on ignore jusqu'à présent combien exactement ont développé une résistance, on comprend pourquoi, à la lumière des enquêtes, autant les groupes communautaires sida que les différentes instances de la santé s'inquiètent du phénomène.

Jusqu'à maintenant, en résumé, les patients résistants qui ont pris du Fuzeon en combinaison avec d'autres traitements avaient deux fois plus de chance de voir leur charge virale baisser à un niveau indétectable que ceux dont le régime ne comprenait pas du T-20. Ces essais cliniques prouvent ainsi l'efficacité du médicament lorsque des résistances apparaissent.

Plusieurs problèmes entourent cependant la sortie de ce traitement. Contrairement aux autres médicaments anti-VIH, le T-20 (Enfuvirtide) n'est pas une pilule qu'il suffit d'ingurgiter, c'est un liquide complexe à base d'acide aminé qu'il faut s'injecter, comme de l'insuline, deux fois par jour, une fois le matin et l'autre dose douze heures plus tard. Chaque dose contient 90 mg et doit être injectée directement sous la peau à l'aide d'une seringue hypodermique. Lorsque l'on parle de faciliter la prise de médicaments pour en optimiser l'effet et soutenir la fidélité, ici, ce n'est pas le cas.

Comme on peut aisément l'imaginer, en raison de sa complexité, le Fuzeon n'est pas si facile que cela à fabriquer. Hoffman-La Roche a indiqué pouvoir produire suffisamment de doses pour environ 25 000 patients seulement, d'ici la fin de 2003, et ne pourra en fabriquer plus que pour 40 000 patients en tout, en l'an 2004. Personne ne sait encore quelle direction prendra la demande, mais si elle est exponentielle, la firme pharmaceutique semble dire qu'elle ne sera pas en mesure de remplir les commandes.
Autre tuile: le coût. On ne connaît pas exactement encore le prix du Fuzeon, mais certains spécialistes croient qu'il pourrait se situer entre 10 000 $ et 15 000$ (US bien sûr) par an et par patient, dépassant ainsi le coût moyen annuel des traitements qui avoisine les 7 500$. Surtout que, comme on le sait, le T-20 est administré conjointement avec d'autres molécules.

Les fondations et les programmes venant en aide aux PVVIH moins fortunées s'inquiètent déjà de la manière dont ils vont s'y prendre avec leurs moyens limités pour procurer ce nouveau traitement aux patients. "Pour l'instant, personne ne sait comment elles [les fondations] vont réussir à payer pour le médicament", a dit à l'Associated Press Bill Arnold, président du ADAP Working Group, une organisation américaine qui lutte pour des prix raisonnables de traitements et contre les profits gargantuesques des compagnies pharmaceutiques.
Si la FDA américaine a entrepris une procédure accélérée de certification du médicament, il n'y a aucune nouvelle de ce côté-ci de la frontière. Le Fuzeon ne sera donc pas offert au Canada avant un bon bout de temps...