À propos de certaines dépendances...

De l’alcool, du pot et des hommes

Mado Lamotte
Commentaires
Je sais pas comment je fais pour vous écrire en ce moment, mes chéris, parce que votre matante préférée est pas mal zombie. Depuis que j’ai mon cabaret, ce n’est plus par dizaines, mais par centaines que les shooters atterrissent au fond de mon estomac. Si je veux pas mourir d’une cirrhose au foie et si je veux, comme la Poune, être capable de vous faire rire jusqu’à 90 ans, il va falloir que je slaque sur la vodka, pis que je boive un peu plus de Shirley Temple. Mais y’a rien à faire, le 7up, j’haïs ça ben raide, pis en plus, ça donne des boutons et ça fait roter. Je devrais peut-être suivre les conseils de cette chère Nana, l’experte en ingurgitation excessive d’alcool: "Madeleine, tu dois boire un verre d’eau entre chaque shooter, ce qui a pour effet de dissoudre l’alcool avant qu’il atteigne ton estomac sans endommager ta flore intestinale." Oui, Nana, tout ce que tu dis! Je pense que j’vas plutôt faire comme ma chum, Mme Simone, et remplacer les litres d’alcool par une couple de bons joints de pot. Ce qui m’amène à me poser la très sérieuse question sur laquelle nos élus débattent depuis quelque temps : on légalise-tu ou on légalise pas la marijuana? Si vous me posez la question, je dis: "Ben oui, c’t’affaire, on légalise au plus sacrant!" Surtout quand on sait que des millions de Canadiens se gèlent la face, j’me dis : arrêtons de faire l’autruche et légalisons une fois pour toutes qu’on passe à autre chose. Il faudrait au moins commencer par décriminaliser la consommation personnelle au plus crisse, car c’est vraiment ridicule de se retrouver avec un casier judiciaire pour avoir eu en sa possession un tout p’tit gramme de pot inoffensif. J’entends déjà ma chère mère de 75 ans s’exclamer: "Inoffensif? Ben voyons, Mado, y’a rien de plus nocif pour la santé!" Ah oui, maman? Et l’alcool justement? Et le tabac? Et le café? Et le monoxyde de carbone? Et les OMG? Et le bacon? Et Francis Reddy? C’est pas nocif pour la santé, ça d’abord? Pis à part ça, comment peux-tu dire que c’est mauvais pour la santé, alors que tu n’as jamais fumé de pot de ta sainte vie? À ce que je sache, c’est quand j’ai bu un 40 onces de vodka que chu malade comme une chienne pis que chu su’l cul pendant deux jours, pas quand j’ai trop fumé de pot! Évidemment, je peux pas blâmer ma p’tite maman chérie, car tout ce qu’elle connaît de la mari, c’est ce que les médias en disent. Elle ne sait même pas que, consommé avec modération, le pot est pas mal moins dommageable pour la santé que l’alcool et le tabac. Qu’est-ce que j’en sais? Je consomme de tout, moi, monsieur, et j’ai pas besoin d’un rapport d’experts pour savoir ce qui est bon ou mauvais pour moi. Je suis à l’écoute de mon corps et, croyez-moi, quand il me dit: "là, ça va faire les abus, ma noire, parce que tu vas péter au frette", ben j’modère, cibole (en tout cas, j’essaie)! Viarge, j’me suis pas fait chier pendant huit ans dans un collège privé pour ne retenir de mon éducation supérieure que la conjugaison de rosa en latin et la formule chimique du bicarbonate de soude. On m’a appris à me servir de mon jugement, et j’m’en sers pas juste quand c’est légal. C’est drôle mais on ne se gêne pas pour nous rapporter les dernières statistiques sur les morts dues à la trop grande consommation de cigarettes, par exemple. Et à part augmenter les taxes ou mettre des photos de dents pourries sur les paquets pour décourager le monde de fumer, est-ce que le gouvernement a jamais pensé à rendre le produit illégal? Ben non, ce sont des morts bien trop payantes pour l’État, voyons donc! Le problème avec la marijuana, c’est qu’on aura beaucoup de difficulté à taxer les récoltes personnelles et, en plus, comme on lui a collé l’étiquette de "drogue douce", c’est plus difficile de convaincre monsieur et madame tout l’monde que c’est pas plus dangereux pour la santé que de fumer un paquet de Craven A par jour. Pourtant, c’est souvent ce même monde-là qui n’hésitera pas à se gaver de pilules et de produits chimiques pour régler le moindre petit bobo. Absurde, n’est-ce pas? Jusqu’à ce que Jean-Luc Mongrain et Louise Deschâtelets, les gourous du p’tit peuple, vantent les bienfaits d’un bon p’tit joint de pot à l’occasion, il y aura toujours des gens mal informés qui s’opposeront à sa légalisation. Il faudrait que Maman Dion nous concocte une bonne petite recette de biscuits au pot pour qu’on se tape une couple de fous rires dans les chaumières et que ceux qui disent encore que la mari est une abomination du diable réalisent que c’est ben moins pire que ce qu’on en dit. Si les médecins en prescrivent à certains malades pour calmer leur douleur, c’est sûrement pas pour leur faire du tort. En tout cas, on dira c’qu’on voudra, l’alcool et la drogue, pour moi, c’est du pareil au même, il faut consommer avec modération et surtout savoir quand s’arrêter. Ceux qui sortent cinq soirs par semaine savent très bien de quoi je parle. Mais qu’est-ce qui me prend de m’intéresser à votre santé tout à coup? C’est que c’était le Black & Blue la semaine dernière et, comme à chaque année, je ne voulais pas y aller parce que je trouve ça de plus en plus plate et comme à chaque année, même si j’étais épuisée morte, j’y suis allée quand même, et surtout, comme à chaque année, j’ai abusé de substances illicites, et c’est pour ça que chu su’l cul, pis que j’ai les entrailles en compote. Pour mon public d’adolescents et de petits messieurs de Rouyn qui me lisent, le Black & Blue, c’est comme cinq jours de l’An qui se suivent, et ça prend un mois à s’en remettre. En fait, pour être plus précise, imaginez que vous passez 24 heures dans un club Med frostés ben raide, sur votre alcool préféré mélangé à des Tylenols ou des Prozacs, pis qu’vous vous faites tripoter par les plus beaux mecs de la planète, et ça va vous donner une petite idée de ce que j’ai vécu encore une fois cette année. Ah pis, j’vous ai-tu dit que mes deux p’tits pitts de Londres, que j’avais rencontrés il y a trois ans, étaient de retour en ville pour l’événement? Ça veux-tu dire que j’ai encore baisé comme une salope pendant quarante-huit heures sans arrêt? Ben non, voyons donc! Ils étaient supposés être venus pour me voir et triper avec moi, mais c’est beau si je les ai vus 5 minutes pendant toute la semaine qu’ils ont passée ici. Après ça, on me demande pourquoi j’passe mon temps à bitcher les Anglais! C’est pas à cause des Torontois ou des Anglais de l’ouest (ils sont ben trop ennuyants pour que je m’intéresse à eux), c’est à cause des touristes qui viennent se répandre dans MA VILLE et qui repartent en laissant des taches sur mes draps de satin et un grand vide dans mon cœur.

Ouiiiiiiin! Chu tannée d’être une planche à repasser qu’on remise au placard après usage. Chu pas juste un trou, viarge! Pis arrêtez de me dire "you’re so good, you’re hot baby", si c’est pour me donner mon 4% avant même que j’aie fini de m’essuyer. Ils sont ben tous pareils, les maudits hommes. Aussitôt joui, aussitôt partis! De toute façon, je ne fais jamais confiance à un homme qui me dit "je t’aime" après la première baise. Le cul, c’est pas de l’amour, mes chéris. Et si vous voulez mon avis, après toutes mes années de débauche et de rencontres d’un soir, je peux vous dire que l’amour se rencontre rarement dans un couloir de sauna, un buisson de parc ou une toilette de centre d’achats. Ah pis, dans le fond, je sais pas de quoi j’me plains, parce que j’avoue que chu pas ben mieux. C’est pas d’aujourd’hui que je décampe une fois rassasiée en laissant le gars tremper dans son jus. La vraie révolution sexuelle, mesdames, c’est pas juste de s’asseoir sur son homme ou de le prendre par en arrière, c’est aussi le droit de se faire plaisir sans promesse de lendemains. Mais bon, ça semble toujours plus facile à dire qu’à faire, car il m’arrive encore, après avoir joui, de me dire : "ça y est, je l’ai trouvé, c’est lui, l’homme de ma vie!". C’est toujours pareil, cibole, dès que quelqu’un nous fait sentir "spéciale", on se surprend à retomber dans le panneau, même après s’être dit mille fois : "on ne m’y reprendra plus". Ah, les hommes! Ah, l’alcool! Ah, la drogue! ‘Sti que ça fucke le moral des fois. Pis à part de ça, voulez-vous ben me dire ce qui me prend de vous parler de tout ça? Ça doit être le changement de température ou ben la déprime qui suit la surconsommation d’ecstasy. J’vous l’dis, mes tout-p’tits, continuez de regarder Sex and the City et de vous crosser sur Internet. Ça demande pas beaucoup d’efforts de réflexion, et une fois que vous avez joui, vous pouvez dormir tranquille sans vous inquiéter de savoir s’il va y avoir encore quelqu’un dans le lit à votre réveil. "Shirley! Viens te coller sur maman, pis envoye, liche-moé la face, ch’t’en manque d’affection!"
[email protected]
http://www.mado.qc.ca