Pour combattre l'homophobie en milieu scolaire

Silence S.V.P.? Non, parlons-en!

Yves Lafontaine
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"J'étais le fif de l'école", avance Thomas. "Les professeurs n'intervenaient pas, même quand ça [les injures] se faisait en classe", ajoute Carl. Thomas n'a pas fini son secondaire. Carl s'était fixé le passage à l'an 2000 pour, ou s'assumer, ou... se tuer. La souffrance et la détresse d'être à part, voilà ce que raconte Silence S.V.P.!, une bande vidéo produite par la CSQ (Centrale des syndicats du Québec) à destination des étudiants, du personnel de l'éducation, des parents et de tous ceux qui voudraient en apprendre un peu plus pour combattre l'homophobie en milieu scolaire. Pour les gais et les lesbiennes, rien de nouveau dans cette vidéo. Toutes et tous, nous avons vécu ou été témoins, à des degrés différents, de l'ostracisme qui vient nous frapper dès que notre orientation sexuelle est connue. Il arrive même que les autres élèves la découvrent avant nous. Nous avons parfois été complices en nous moquant de gars plus efféminés ou de filles moins stéréotypées pour détourner les soupçons. Nous avons connu cette solitude et cet isolement alors que, comme le souligne l'un des témoignages, "on aurait aimé que l'on nous accompagne et surtout qu'on nous laisse enfin respirer".

Chaque témoignage, aussi bien des adultes que des étudiants, des professeurs ou des enfants de gais et de lesbiennes, vient résonner en nous comme plusieurs échos de nos souvenirs dont nous nous sommes accommodés, avec plus ou moins de bonheur, au cours de notre vie d'adulte.

Alain Johnson, ex-directeur de polyvalente, résume l'état dans lequel se retrouve l'adolescent qui découvre son homosexualité : "Le jeune est pris dans un silence, le silence des adultes." Et ce silence est la manifestation la plus insidieuse de l'homophobie, car il rend complice tous ceux et toutes celles qui préfèrent ne pas voir et ne pas entendre ce que subissent les jeunes gais et les jeunes lesbiennes.

Briser le silence relève de l'urgence. Briser le silence devient alors une priorité pour qu'une société comme le Québec, qui prône la tolérance, le respect des différences, soit enfin à la hauteur des lois d'égalité et de protection qu'elle a promulguées.

La bande vidéo de la CSQ devrait être vue par tous les étudiants du Québec au moins une fois dans leur scolarité. Comme le GRIS (Groupe de Recherche et d'Intervention Sociale) devrait pouvoir entrer dans toutes les écoles. Les enseignants et les comités de parents devraient aussi recevoir la meilleure information possible pour un jour s'indigner devant tout geste ou toute parole homophobes, comme ils le font depuis longtemps pour lutter contre le racisme et le sexisme. Le colloque du 18 octobre, organisé par l'Association canadienne de la santé mentale en partenariat avec la CSQ et le Service aux collectivités de l'UQAM, devrait attirer non seulement des gais et des lesbiennes concerné(e)s mais tous les professionnels de l'éducation.

Pour que le jeune gai ou la jeune lesbienne "ne soient plus dans un désert sans oasis", comme le dit Alain Johnson, il faut arrêter de se taire. Se taire, là commence l'homophobie. Se taire, c'est être homophobe.