Un certain bonheur...

Symphonie d’automne

Mado Lamotte
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Ce matin, j’me suis réveillée avec une étrange envie de faire plaisir à quelqu’un. Serait-ce l’atmosphère de sympathie qui a plané sur l’Amérique, à la suite des fêtes commémoratives du 11 septembre dernier, ou seraient-ce plutôt les 2500 emails d’amour et d’amitié que je reçois chaque jour qui occasionnent ce soudain besoin d’être gentille? Ne vous en faites pas, je ne vous causerai pas du 11 septembre, car vous en avez sûrement assez entendu parler ces derniers temps, et parce qu’il y a bien d’autres malheurs dans le monde sur lesquels on devrait s’acharner, n’en déplaise aux Américains, plutôt que de dépenser inutilement des millions pour commémorer un événement qui aurait dû changer les mentalités mais qui, force est de le constater, n’a rien changé du tout. Un an plus tard, une bonne partie de la planète est toujours en guerre, et Georges Bush se prend toujours pour le roi du monde!

Une chose est sûre, il est très difficile de rester indifférent au malheur qui a frappé l’Amérique mais, au risque de passer pour une sans-cœur, j’en ai comme un peu soupé de tout ce battage médiatique qui, à mon avis, n’a fait qu’entretenir le sempiternel complexe de supériorité de la nation américaine. Viarge, ça fait des décennies que les deux-tiers de la planète crèvent de faim ou se tirent dessus; et est-ce qu’on se morfond en compassion pour autant? Malheureusement, non! Et il suffit d’écouter un discours de Bush sur le Bien et le Mal pour comprendre que ce n’est pas demain la veille que les leaders américains remettront en question leur suprématie mondiale. Vous savez, mes chéris, j’me méfie toujours d’un homme qui prêche pour la justice avec une bible dans une main et un fusil dans l’autre. Et ce qui m’attriste dans tout ça, c’est qu’il y a eu encore des milliers d’êtres humains qui ont dû payer de leur vie pour satisfaire la soif de vengeance des uns et des autres.

Mais qui suis-je pour dicter leur conduite à des êtres pourvus d’intelligence et de jugement? Alors, je disais donc: aujourd’hui, j’ai envie d’être fine! Ouen, tout un défi à relever! Comme la belle Amélie Poulain, j’me sens l’âme généreuse et le coeur bienveillant envers les plus démunis de ce monde. C’est pas mêlant, si j’m’étais pas retenue à temps, j’aurais passé la journée à semer le bonheur autour de moi.

Ç’a commencé très tôt ce matin (vers midi et demie pour être plus précise), à l’épicerie, quand j’ai dit à la caissière bête comme ses pieds qu’elle avait oublié de me charger ma pinte de lait, et ça s’est poursuivi tout de suite après, quand j’ai couru après le gars qui m’a quasiment gâroché la porte dans face au guichet automatique, pour lui remettre sa carte qu’il avait oubliée dans la machine.

Ensuite, j’ai appelé ma mère pour lui dire que j’ai pas été malade après avoir mangé sa lasagne de la veille. Puis j’ai écouté une chronique de Michel Girouard d’une traite, sans même sortir mon dictionnaire français-anglais.
Sur la rue, j’ai salué une madame qui promenait son p’tit "shitsu" (crisse de chien laite), sans aucune pensée meurtrière, j’ai montré la direction du parc Jarry à des Français qui cherchaient le Stade Olympique (ben quoi, d’habitude j’les envoie au Cosmodome ou j’leur dis que le Stade s’est écroulé lors de la dernière tempête de verglas!) et, pour finir, j’ai souri à un beau garçon qui était en train de dessiner des oreilles et un nez de cochon sur un poster de Bruno Pelletier.

Hey, j’ai même écouté une chanson de Céline au complet sans changer de magasin pendant que j’me cherchais un beau chandail en tricot rose pour agrémenter mon visage souriant.

Mais c’est quand je me suis retrouvée accotée sur le mur en face de la Place Montréal Trust (y’a-tu vraiment du monde qui magasine dans cette horreur-là?) hypnotisée par la flûte de pan et les tam-tams péruviens que j’me suis dit: "Assez, c’est assez! Sacre ton camp de là Madeleine, si tu veux pas r’virée krishna ou témoin de Jéhovah dans les quinze prochaines minutes!"

Non, mais y’a toujours ben des limites à être gentille! Y’a rien qui me tape plus sur les nerfs que cette espèce de musique de club Med qui fait bander les p’tits couples du 450 qui viennent magasiner au nouveau complexe des Ailes de la Morgue sur la Sainte-Catherine dans l’Ouest. (Des bouleaux morts avec des boules disco, quossé ça, c’te décor-là! Plus laid comme déco. Encore une fois, y’aura rien pour battre le premier étage de chez La Baie.)
Je continue donc ma marche vers l’Est dans l’espoir de venir à la rescousse d’un pauvre jeune de la campagne perdu dans l’immensité de la ville.

Tiens, r’garde donc si c’est original, tous les magasins affichent encore leur vente de la rentrée. R’venez-en, viarge! ça fait un mois que les étudiants sont retournés sur les bancs d’école! Voulez-vous ben me dire ce qu’ils attendent pour décorer leurs vitrines aux couleurs de l’Halloween, d’habitude c’est chose faite au lendemain de la fête du Travail? C’est vrai qu’il a fait tellement beau en septembre que ça donnait pas le goût à personne de gâcher un été qui s’éternise avec un décor déprimant de feuilles mortes et de pierres tombales en papier mâché! J’avoue tout de même que si mère nature nous gâte de cette belle température jusqu’en décembre, ça me dérangera pas pantoute de parler de rentrée jusqu’en décembre.

Rentrée scolaire, rentrée parlementaire, rentrée culturelle, et rentrez chez vous, les touristes. Mais surtout, qui dit rentrée dit aussi arrivée massive de chair fraîche venue des régions. Enfin de parfaits inconnus qui ne risquent pas de me reconnaître dans les couloirs du sauna du Plateau. Code régional 819, mon corps est tout à vous, mes chéris!

Même si j’ai laissé loin derrière moi mes souvenirs d’écolière, je me rappelle encore comme si c’était hier toute l’excitation que me procuraient les premiers jours de classe. J’pense qu’y’avait rien qui me rendait plus heureuse que de magasiner une journée entière avec ma mère chez Simpson aux Galeries d’Anjou, pour renouveler ma garde-robe scolaire. Pis je vous parle même pas des heures de bonheur intense à renifler les pages de mes nouveaux livres d’école. Y’en a que c’était la colle qui les faisait flipper, moi, c’étaient les pages usées des romans d’Agatha Christie empruntés à la bibliothèque du collège qui m’envoyaient au septième ciel. Et moi qui avais la chance inouïe d’aller dans une école de garçons, j’peux-tu vous dire que j’avais hâte en crisse de découvrir ce qui avait poussé pendant l’été dans le pantalon de mes partenaires de vestiaire. Mais l’école, ça peut aussi être pénible en maudit, surtout quand ça s’appelle "cégep", pis qu’on t’impose des cours de philosophie donnés par un vieux schnock qui ne semblait pas s’être rendu compte que les années 50 sont terminées depuis 30 ans. Le cégep n’aura finalement servi qu’à me prouver que je n’étais pas faite pour les essais de Montaigne et la comptabilité, comme l’auraient souhaité mes chers parents qui n’arrivent toujours pas à faire la différence entre le métier de drag queen et de danseuse du Super Sexe.

Quoiqu’à voir la nouvelle cuvée de drags qui débarquent tout droit de la rue Ontario ces derniers temps, je ne blâme pas ma bonne vieille maman d’être complètement mélangée. J’aurais bien aimé terminer en vous causant de la nouvelle rentrée de notre chère télévision qui n’en finit plus de fêter ses 50 ans, mais, au moment où j’écris ces lignes, la seule bonne nouvelle dont je suis au courant, c’est que Véro, qui ressemble de plus en plus à ses madames de Cité-Rock Matante, quittera La Fureur à la fin 2003.

Tout ce que je peux vous dire, c’est que j’ai hâte en maudit que Dame Edna et les Kids in the Hall arrivent sur Pridevision, parce que ce sont pas les reprises de Papa a raison à Radio-Canada ni les cochonneries de La boutique TVA qui vont me convaincre de rouvrir mon poste de télé!
Joyeux été des Indiens, mes amours!

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