Ben oui, je chiale encore...

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Mado Lamotte
Commentaires
Mère nature est une drag queen, c’est moi qui vous le dis, mes chéris. Avec un bon dosage de soleil et de pluie, de journées suffocantes et de nuits fraîches, elle a su encore une fois transformer ce qui s’annonçait comme un été désastreux en saison estivale tout ce qu’il y a de plus agréable où chaque nouvelle journée ensoleillée était bénie des Dieux. Enfin, le bon Québécois qui chiale tout l’temps sur la température a compris, j’espère, qu’il n’est pas nécessaire de faire 30 degrés tous les jours, de mai à septembre, pour affirmer qu’on a eu un bel été. Il n’y a qu’à regarder un peu plus loin que le bout de notre nez pour voir qu’on n’a pas eu à se plaindre de trop de catastrophes naturelles, cet été, comme ce fut le cas ailleurs en Europe ou en Asie, mis à part les feux de forêt du Saguenay et l’invasion des rues de Montréal par la jeunesse catholique du monde entier. Ça m’attriste de voir tous ces jeunes inconscients aduler un vieillard décrépit qui vit encore dans le passé conservateur de nos parents où l’homosexualité, le droit à l’avortement et la prévention contre le sida n’avaient pas leur place. Alors que la société évolue et que les mentalités changent, les adeptes de la religion catholique ne semblent pas prendre conscience que leur pape véhicule des valeurs éculées d’un temps où l’Église exerçait une influence importante sur le comportement des gens. Ils se sentiront bien arriérés quand les mariages gais et le droit à l’adoption seront devenus choses courantes. Heureusement, on est rendu loin de cette époque où un simple "tu vas aller en enfer" servait à empêcher les enfants de commettre le moindre petit péché. Mais bon, je ne vais quand même pas gâcher une si belle fin d’été en vous causant religion, mes amours. Alors si vous le voulez bien, comme à l’habitude, on parlera chiffons, potins et autres banalités du genre qui vous font oublier, quelques instants, la grisaille de votre quotidien. Comme dirait ma sœur Nicole, quand elle est déprimée: "Enwèye le clown, fais-moi rire!" Au moment où j’écris ces lignes, les chaleurs sont loin d’être terminées, 34 degrés à l’ombre, en plein milieu du mois d’août, c’est-tu assez chaud à votre goût, bout de viarge!

En tout cas, ça ne semble pas impressionner la faune de jeunes éphèbes efféminés du Village qui se pavanent déjà dans les nouvelles créations automnales du Château, de Gap et de Diesel. Alors, mes cocottes, on fait prendre l’air à ses foufounes? Faudrait tout de même que quelqu’un leur dise que le mohawk, la nouvelle coupe à la mode, sur une tête pleine de mèches blondes, ça les rend pas plus virils, surtout quand la tête en question repose sur un p’tit corps frêle de patineur artistique, avec jolie boucle de nombril que laisse entrevoir une blousette transparente aspergée du dernier parfum à la mode, alors que le symbole même de leur virilité est emprisonné dans un p’tit pantalon rayé en feutrine tellement serré qu’on est toujours surpris d’entendre une voix de jeune homme sortir de cette bouche pulpeuse crémée au lipgloss. Pis je vous parle même pas de la gougoune fashion à 100 piastres qui se retrouve au pied manicuré de ces nouveaux fifs de l’an 2000, sinon vous allez penser que je me moque. Loin de moi l’idée de rire de qui que ce soit, parce que je suis passé par là quand j’étais jeune et parce qu’on sait jamais ce qui pourrait se retrouver dans mon lit après un soir d’abus de cognac ou sur le plancher de ma loge en plein buzz de muffin au pot de la Levasseur. C’est presque triste à dire, mais les années 80 sont vraiment de retour, pis pas à peu près, mes enfants. Je descendais la Sainte-Catherine en plein centre-ville l’autre jour, et si ça n’avait pas été du p’tit "yo" en trottinette électrique qui a failli m’écraser, je me serais cru en plein milieu d’un épisode de Chips ou des Charlie’s Angels. Du beau p’tit bleaché avec le toupet par-dessus les oreilles et de la pitoune en talons de suceuse, en veux-tu, y en avait! Plus gros vos cheveux, les filles! Ça parait que Dynasty a joué à TQS le matin, cet été.

Et voulez-vous ben me dire comment vous faites pour voir quelque chose avec vos lunettes fumées grosses comme des fonds de deux litres de Pepsi? Si j’peux vous donner un p’tit conseil, oubliez pas de les enlever avant de vous faire bronzer si vous voulez pas ressembler à un raton laveur. Ha, ha, un raton laveur! Est bonne celle-là! Pis on parlera pas de votre tonne de make up mauve et rose nanane qui ferait pâlir d’envie les vieux fans de Mötley Crue et de Duran Duran. J’pensais qu’il n’y avait que moi et Ronald McDonald qui pouvaient se beurrer le portrait de même.

Et faites attention de pas vous enfarger dans vos boucles d’oreilles qui vous pendent jusqu’aux chevilles. Ça serait dommage de casser un de vos faux ongles de glitter en tombant. Et j’peux-tu vous dire que vos ceintures larges comme des straps de frigidaire sont peut-être bien pratiques pour camoufler les quelques kilos en trop, mais elles sont tout sauf sexy lorsque t’es maigre comme un barreau de chaise.

Moé, quand j’vois une belle anorexique de 6 pieds aux cheveux repassés se brasser l’cul sur la piste de danse d’un club prétentieux du boulevard Saint-Laurent , j’me dis: "R’garde donc le beau rack à linges qui fait sécher ses sous-vêtements!" Pis ça vous tenterait pas de porter des jeans plus serrés, mes jolies? Je l’sais pas si vous l’savez, mais faut que ça respire, cette noune-là! J’peux-tu vous dire qu’y a ben des gynécologues qui vont faire de l’argent cet automne.

Je bitche, je bitche, c’est mon métier, mais ne vous méprenez pas, j’ai l’air de trouver ça épouvantable, cette résurrection des années 80, mais au contraire, je suis une enfant de ces années-là et comme j’en suis jamais vraiment sortie, je dois vous avouer que je suis très heureuse d’être enfin à la mode. J’me rappelle quand je suis allée voir le dernier défilé d’Yso à la SAT, j’étais bandée ben raide sur sa nouvelle collection tout en rose et noir, exactement comme ce que je portais (et porte encore) quand j’étais une jeune adolescente pleine de boutons. Ben oui, j’ai fait de l’acné juvénile, comme Vanessa Williams et Stephanie Seymour, mais malheureusement, dans mon temps, les produits ProActiv n’existaient pas.

Pis pensez-vous que chu pas contente de la nouvelle vague de musique électronique qui surgit de partout ces derniers temps. Même Human League est ressorti des boules à mites, et c’est vraiment pas moche du tout, ce qu’ils ont pondu. Pis Felix Da Housecat, y a tu quelque chose de meilleur que ça? Mes chéris, si vous n’avez qu’un seul CD d’électro-pop à vous acheter cette année, c’est celui-là qu’il vous faut. Y’est peut-être pas ben beau, mais viarge que sa musique est hot! Je souhaite juste que les clubs gais lâchent un peu la house music et embarquent un peu plus dans la nouvelle tendance, parce que si la communauté homosexuelle était en avance sur toutes les modes dans les années 70-80, j’peux vous dire que depuis quelque temps, on est un p’tit peu à côté d’la track.

Si ça continue, mes cocos, on va perdre notre statut de mounes avant-gardistes. Pis j’veux pas vous faire peur, mais quand c’est rendu qu’il faut sortir à Laval pour entendre de la bonne musique, il est grand temps de passer à l’action! (Je lève tout de même ma perruque aux D.J. Serge Duschenes, Stéphane Lippé et Norm Robert qui ont fait du Pride Ball, au Area, un de mes meilleurs moments du gay pride, cette année!)

Allez mes chéris, tous à vos bandes dessinées d’Archie et à vos camisoles en filet vert fluo avant qu’on nous ramène le look "Au Coton" d’Olivia Newton-John et les vestons chromés à la Miami Vice. Si cette mode-là refait surface un jour, j’peux-tu vous dire que j’aurai jamais été aussi contente de faire partie d’une communauté qui est restée enfermée dans les années 90. Jeans délavés, caleçons Calvin Klein sortis des culottes et bédaines à l’air, I’m yours forever!

Plogue
Un peu plus haut, je vous parle du mohawk, la nouvelle coupe à la mode, autant chez les cuirettes de l’Aigle Noir que chez les folles du Bamboo bar, au Unity, mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que le beau Jean-Marc (coupe-moi ça, c’te barbe de ZZ Top-là mon minou!) vient de s’ouvrir un vrai barber shop, digne des salons de barbier les plus in de la planète, juste à côté du Stud. En plus de la traditionnelle coupe iroquoise, il offre les services de massage, de réflexologie et de cirage de bottes, en plus d’un bar à jus et d’une boutique d’accessoires, de vêtements et de CD usagés. Tout ça réuni sous un même toit pour le plus grand bonheur des bears et des matantes de l’Église Vie et Réveil. Un p’tit sushi avec ça?

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